•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Surpopulation, violence, santé mentale : un syndicat dénonce l’état de « crise » du système correctionnel ontarien

Les mains d'un détenu.

Le gouvernement ontarien reste les bras croisés concernant la situation dans le système correctionnal de la province, dit le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario.

Photo : La Presse canadienne

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les agents de première ligne du système correctionnel ont réclamé jeudi plus de financement provincial face à la recrudescence de la violence, les crises sanitaires et la détérioration des conditions de détention dans les prisons de l'Ontario.

Avertissement : ce texte comprend des images qui pourraient choquer certains internautes.

Jeudi, le président du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO), Warren Smokey Thomas, était à l’Assemblée législative de l’Ontario pour dénoncer la crise que traverse, selon lui, le système correctionnel ontarien.

Trois représentants du SEFPO sont assis à un bureau dans le studio de l'Assemblée législative de l'Ontario et s'adressent aux journalistes,Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chris Jackel, gardien au centre correctionnel Central North de la sécurité maximale à Penetanguishene (à gauche), le président du syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO), Warren Smokey Thomas (au centre) et Janet Laverty, présidente de la section locale 108 du SEFPO (à droite).

Photo : Radio-Canada / Pelin Sidki

Nous avons besoin de plus de personnel. Nous avons besoin d’une mise à niveau de l’équipement. Nous avons besoin d’une amélioration de la formation. Nous avons besoin d’une amélioration des services psychologiques pour le personnel et d’une infrastructure améliorée, a déclaré Chris Jackel, gardien au centre correctionnel à sécurité maximale Central North à Penetanguishene et vice-président du comité sur les relations avec les employés du SEFPO.

Selon lui, la violence, en nette augmentation, est un des problèmes majeurs.

Il y a 10 ans, nous avions deux ou trois agressions contre le personnel, nous pensions que c’était beaucoup, maintenant on a plus affaire à deux ou trois par jour.

Chris Jackel, vice-président du comité sur les relations avec les employés du SEFPO
Du papier toilette et de l'urine recouvrent la porte, le sol et les murs de cette cellule d'isolement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il arrive, dans certaines prisons, que les détenus utilisent des excréments pour saccager les cellules ou pour attaquer le personnel de la prison, selon Chris Jackel.

Photo : SEFPO

Les conditions sanitaires sont également critiques selon lui, et la surpopulation constatée dans plusieurs institutions, notamment à Thunder Bay, Niagara Falls et Hamilton, ne fait qu’accroître ce problème.

Des problèmes de santé mentale non traités

Autre point également soulevé par le syndicat : la santé mentale des prisonniers. La moitié des détenus souffre de problèmes de santé mentale et/ou de problèmes de dépendance, a déclaré le président du SEFPO, dénonçant le manque de ressources pour suivre ces personnes.

Et la santé mentale est aussi une préoccupation majeure pour les employés.

Janet Laverty, présidente de la section locale 108 du SEFPO, a déclaré aux journalistes que l’augmentation des agressions contre le personnel avait provoqué chez de nombreux agents de correction des troubles de stress post-traumatique ainsi que d’autres symptômes psychologiques.

Elle a pris l’exemple du centre de détention de Niagara, où plus de 50 % des travailleurs de première ligne ont demandé leur mutation au cours des dernières années, évoquant des conditions de travail accablantes au sein de l’institution.

M. Jackel a évoqué toute une série de rapports publiés par divers comités et organes de surveillance des services correctionnels et des droits de l’homme, qui ont formulé diverses recommandations, mais qui n’ont jamais été mises en œuvre.

Ces rapports amassent la poussière. Les 9000 hommes et femmes des services correctionnels ont besoin de plus que des rapports. Nous avons besoin d’aide.

Chris Jackel, vice-président du comité sur les relations avec les employés du SEFPO

Le gouvernement et la ministre Jones sous le feu des critiques

M. Thomas dit avoir invité le premier ministre Doug Ford à venir visiter un centre de détention avec lui, pour qu’il puisse entendre l’état de la situation directement de la bouche des premiers concernés.

Il apprendrait plus sur le système correctionnel en une heure qu’en dix heures de breffage avec les bureaucrates du ministère, a-t-il déclaré. Doug Ford n’a toujours pas accepté l’invitation, a-t-on précisé.

M. Thomas a également largement blâmé la ministre des Services correctionnels, Sylvia Jones, en conférence de presse.

Il avance que celle-ci échoue à adapter ses équipes et ses institutions à l’évolution de la population carcérale, devenue plus complexe ces dernières années à cause des problèmes de santé mentale, de dépendance, de gangs et de violence armée.

Sylvia Jones devrait être retirée de ses fonctions, a même lancé M. Thomas.

Selon lui, Mme Jones n’aurait elle non plus pas accepté de faire une visite avec le président du syndicat. Les directeurs d’établissement ont pourtant plus tendance à cacher les problèmes que les représentants des employés, estime-t-il.

Des visites difficiles à cause de son emploi du temps de ministre

J’ai visité le centre de détention d’Elgin-Middlesex à London, mon équipe a visité beaucoup d’établissements, j’en ai deux autres de planifiées dans les prochaines semaines, s’est défendu la ministre Jones.

La ministre des Services correctionnels de l'Ontario, de micros et de caméras à la sortie de la période des questions de l'Assemblée législative de l'Ontario.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre des Services correctionnels de l'Ontario, Sylvia Jones, répond aux questions des journalistes.

Photo : Radio-Canada / Pelin Sidki

C’est difficile, s’est-elle cependant justifiée, nous sommes ici [à Queen’s Park] quatre jours par semaine et j’ai tout de même besoin d’être dans ma circonscription.

Un argument que réfute l’ancienne ministre responsable des services correctionnels, la députée libérale d’Orléans, Marie-France Lalonde : c’est important que la ministre trouve du temps et elle a le temps. Je trouve ça très décevant.

À savoir si la ministre préconise la construction de nouvelles prisons (comme il était question à Thunder Bay et Ottawa) et si le budget que présentera le ministre des Finances, Vic Fedeli, le 11 avril prochain, ira dans ce sens, elle préfère rester évasive, mais ne ferme pas la porte à cette possibilité.

Je ne présupposerai jamais ce que Monsieur Fedeli annoncera le 11 avril, je peux simplement vous dire que je suis très impatiente de l’annoncer, a-t-elle confié aux médias jeudi midi.

Le syndicat espère que ce budget reflétera leurs demandes et montrera un changement significatif dans les programmes correctionnels jugés irresponsables.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !