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Le glyphosate contribue à la hausse des niveaux de phosphore dans l’environnement

Un épandage de glyphosate dans un champ.

Un impact environnemental du glyphosate, déjà associé à des effets néfastes sur la santé, a été négligé, préviennent des chercheurs montréalais

Photo : Radio-Canada

Daniel Blanchette Pelletier

L'épandage massif de glyphosate génère une quantité non négligeable de phosphore dans l'environnement, une conséquence ignorée de cet herbicide déjà associé à des effets néfastes sur la santé, préviennent des chercheurs montréalais.

« La plupart des gens ne savent pas que le glyphosate est un pesticide organophosphoré », affirme Marie-Pier Hébert, l’auteure principale de l’étude.

La plupart des pesticides ne contiennent pas de phosphore, alors que la molécule de glyphosate en est composée à 18 %.

« On applique de plus en plus de glyphosate depuis les dernières décennies. C’est l’herbicide le plus populaire au monde, mais ça vient avec un problème qu’on n’a pas vu venir », poursuit l’étudiante au doctorat en sciences environnementales à l’Université McGill.

Cet apport croissant en phosphore attribué au glyphosate s’ajoute aux quantités déjà importantes retrouvées dans les sols à cause de l’épandage d’engrais, la source principale de phosphore entropique dans les zones agricoles.

Un champ

L'épandage de glyphosate est particulière problématique pour l'environnement dans les sols déjà bien engraissés des cultures de maïs, de soja et de coton.

Photo : Vincent Fugère

« Les sols agricoles sont déjà saturés en phosphore. Peu importe la quantité ajoutée, la majorité va donc terminer dans les cours d’eau », déplore Marie-Pier Hébert, dont les travaux se retrouvent dans la publication de la Société américaine d'écologie (Nouvelle fenêtre).

Le ruissellement génère alors une accumulation de phosphore dans les cours d’eau, ce qui augmente la prolifération d’algues, favorise la croissance des macrophytes et bouleverse ultimement tout un écosystème, détaille l’étudiante au doctorat.

Utilisation croissante du glyphosate

Pour en arriver à sa conclusion, la chercheuse montréalaise a comptabilisé la quantité de glyphosate appliquée chaque année aux États-Unis depuis l’introduction du produit phare de Monsanto sur le marché en 1974, puis l’a comparée à celle d’autres sources de phosphore.

« On a comptabilisé non seulement la quantité de phosphore qu’on a avec le glyphosate, mais également la relation que ça avait par rapport à la quantité de phosphore qu’on avait sous forme d’engrais », précise-t-elle.

L’étudiante s’est basée sur les chiffres du United States Geological Survey et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Marie-Pier Hébert aurait voulu faire le calcul pour le Québec et le Canada, mais, contrairement aux États-Unis, l’accès aux données auprès des ministères est restreint. Celles-ci ne sont pas disponibles en accès libre et encore moins faciles à obtenir en base de données brute.

Le désherbant Roundup de Monsanto

La multinationale Monsanto fabrique notamment l'herbicide Roundup.

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Depuis 20 ans, la quantité de glyphosate épandue dans les champs a été multipliée par quinze.

Cela représente un niveau de phosphore semblable à celui qui avait justifié l'interdiction de l'élément chimique dans les détergents à lessive dans les années 1970.

« Ça commence à être suffisamment élevé », prévient Marie-Pier Hébert, pour qu'on songe à revoir la réglementation. Actuellement, pour limiter la « pollution phosphorique », on se concentre plutôt sur les engrais riches en phosphore, qui demeurent les plus problématiques pour l’environnement.

S’il y a du phosphore dans le glyphosate, et qu’on ne comptabilise pas cette source-là dans nos programmes de gestion des bassins versants, n’est-on pas en train de manquer quelque chose d’important?

Marie-Pier Hébert, étudiante au doctorat
Une carte des États-UnisAgrandir l’image

Masse de phosphore appliquée en glyphosate par unité de surface de terres agricoles aux États-Unis en 2014 : plus le bleu est foncé, plus l'épandage est massif.

Photo : Tirée de l'étude « The overlooked impact of rising glyphosate use on phosphorus loading in agricultural watersheds »

La solution?

Marie-Pier Hébert croit que son étude appelle à une prise de conscience.

La chercheuse propose que le glyphosate soit comptabilisé dans les plans d’action gouvernementaux pour réguler les quantités de phosphore appliquées en milieu agricole, particulièrement dans les zones de culture du maïs, du soja et du coton.

En ce moment, les agronomes établissent des recommandations pour l’application d’engrais selon la quantité de phosphore présente dans le sol. Ils devraient faire la même chose pour la quantité de glyphosate maximale à appliquer, selon elle.

Sur papier, c’est une bonne idée, estime Marie-Pier Hébert, qui croit cependant que les agriculteurs s’y opposeraient. En réduisant les quantités maximales de glyphosate et d’engrais à appliquer, ces mesures auraient un impact négatif sur les récoltes.

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