•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Le diocèse de Montréal veut-il vraiment savoir?

Des clochers d'églises et des gratte-ciel à Montréal.
La juge à la retraite de la Cour supérieure Anne-Marie Trahan enquêtera pour le compte du diocèse de Montréal, mais n’aura pas le mandat d’enquêter sur les communautés religieuses sur le territoire du diocèse. Photo: Radio-Canada/Simon-Marc Charron
Alain Crevier

C'était attendu depuis tellement longtemps. Le diocèse de Montréal annonçait hier que les dossiers des prêtres de son territoire allaient être passés au peigne fin afin que soient identifiés ces honteux personnages, ces criminels qui ont agressé des mineurs. A priori, on ne peut que se réjouir de la manœuvre. 2019, nous y voici enfin.

Mgr Lépine nous apprend donc que la juge à la retraite de la Cour supérieure Anne-Marie Trahan a été engagée et disposera de l’indépendance nécessaire et du personnel essentiel à une enquête qui porte sur près de 70 ans. C’est une longue période, 70 ans! Particulièrement dans l’histoire du Québec. On y reviendra.

L’arrivée de madame Trahan apporte une note de crédibilité à l’introspection de l’Église. C’est précieux. Parce que ce qui caractérise l’attitude de l’Église catholique ces dernières années, c’est précisément son manque flagrant de transparence et de crédibilité.

On a souligné, avec raison je crois, les carences du projet d’enquête. Par exemple, le fait que madame Trahan n’aura pas le mandat d’enquêter sur les communautés religieuses sur le territoire du diocèse de Montréal. Pourtant, une part des ténébreuses histoires se trouve justement là, dans les écoles et les collèges, les dortoirs et les camps de vacances des communautés religieuses. Le futur rapport Trahan ne pourra donc offrir à l’Église comme à la société qu’un portrait très partiel du cauchemar.

Certaines victimes n’ont pas manqué de dire bien haut le peu de confiance qu’elles accordent à l’Église, qui engage une catholique pratiquante pour faire la lumière sur ces scandales. Tout ça ressemble à une enquête privée. De fait, les conclusions de l’enquête seront-elles publiques? Certains experts ont maintes fois affirmé que jusqu’ici, les seules à avoir fait bouger les choses, ce sont les victimes : en traînant l’Église et les communautés religieuses devant les tribunaux.

Il faut bien le reconnaître, jusqu’ici, la justice de l’Église a fait cruellement défaut aux victimes en faisant appel aux délais de prescription pour leur barrer la route dans leur quête de justice. Dieu soit loué, comme l’a échappé le cardinal Barbarin, il y a les délais de prescription. De sorte qu’aujourd’hui, bien des victimes misent sur une commission d’enquête… ce que la ministre de la Justice du Québec, Sonia Lebel, leur a encore une fois refusé hier.

Et enfin, une énorme question. Cette enquête, qui passera au peigne fin les milliers de prêtres ayant oeuvré dans le diocèse de Montréal depuis 1950, s’intéressera-t-elle aussi – et dans quelle mesure – à tous ceux qui savaient et qui ont préféré se taire? Parfois de simples prêtres, des évêques, des archevêques ou des cardinaux? Seront-ils eux aussi au cœur de cet examen? Sinon, l’exercice est futile.

N’empêche, voici donc que ce grand diocèse de Montréal se met au travail. Il faut saluer l’initiative. Sans doute. Mais cela aussitôt dit, une pensée surgit : ce n’était donc pas chose faite, après toutes ces années de scandales ignobles? Au fil des ans, personne dans l’Église n’a pensé faire l’inventaire de ces criminels? Identifier, poser des questions, faire des vérifications, documenter l’inacceptable? Ne serait-ce que pour connaître les ravages de ce cancer? Connaître avec précision, au-delà des rumeurs accablantes, la réalité, l’étendue des dégâts pour l’institution et les victimes? C’est quand même inouï!

Oui, mais c’est très précisément ça, le problème. Ce n’est pas qu’on ne savait pas. C’est qu’on ne voulait pas savoir.

Croyances et religions

Société