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Être Autochtone, loin des mythes

Un homme vêtu d'un costume traditionnel autochtone près du fleuve Saint-Laurent, à Essipit.

L'ethnologue huronne-wendate Isabelle Picard revient sur l'image préconçue qu'ont certains Canadiens des peuples autochtones.

Photo : Conseil de la Première Nation des Innus d'Essipit

Radio-Canada

À l'occasion de la Semaine d'actions contre le racisme, une ethnologue huronne-wendate, Isabelle Picard, jette un regard sur la perception, souvent erronée, des Autochtones. Elle revient sur plusieurs préjugés et stéréotypes associés à ces derniers.

Isabelle Picard le sait, lorsqu’on est Autochtone, « dès qu’on rencontre quelqu’un de nouveau, on doit faire de l’éducation ».

« Ça nous fait toujours bien plaisir, sauf quand l’autre personne est bourrée de préjugés », nuance-t-elle.

Isabelle Picard revient sur cinq d'entre eux, parmi les plus communs.

« Vous ne payez pas d'impôts et de taxes »

Elle précise, premièrement, que les Inuits et les Métis paient des impôts.

« Pour ce qui est des Premières Nations (Indiens inscrits), ils n’en paient pas sur les réserves », ajoute-t-elle.

Elle précise qu’au Québec les taxes ne sont pas appliquées seulement quand les biens sont livrés dans une réserve. En Ontario, la taxe provinciale ne s'applique nulle part avec la carte de bande, mais ce n’est pas le cas pour la TPS.

« Chouette! me direz-vous, mais dans les faits, c'est un frein au développement économique des communautés, puisqu'on ne peut emprunter à la banque pour le démarrage d'une entreprise, par exemple. Ça n'aide pas à créer des emplois », souligne-t-elle.

« Vous avez votre chèque à la fin du mois »

« Il n'y a pas de chèque mensuel qu'on reçoit juste pour le fait d'être Autochtone. C’est une croyance populaire », dit d'emblée Isabelle Picard.

Elle précise que des aides sociales sont versées pour compenser la difficulté d’avoir accès à un emploi lorsqu’on vit dans les communautés.

« C’est le même montant que tous les Canadiens dans la même situation », indique-t-elle.

Et qu'en est-il du chèque reçu annuellement pour les nations qui sont sous un traité numéroté? « On parle d'un montant annuel allant de 3 à 15 $. »

« Vous avez des maisons gratuites et vous ne payez pas votre électricité »

« Je reçois mon compte d'Hydro chaque mois en ville ou sur la réserve », explique l’ethnologue.

Elle précise que, dans quelques cas, le gouvernement, pour avoir accès à un territoire, a fortement incité les Autochtones qui s'y trouvaient à s'installer à plusieurs kilomètres de chez eux, dans des maisons bâties pour eux, dans une « mise en réserve forcée ».

« Ces maisons de réserve sont un peu toutes sur le même modèle : pas isolées, à même la terre, petites pour de grosses familles, à peine finies à l'intérieur », précise-t-elle.

« Toi, c'est pas pareil, tu t'es adaptée »

Isabelle Picard rappelle, ici, que les Autochtones se conjuguent au pluriel. Il n’existe donc pas de modèle unique.

Nous sommes des milliers à être des " pas pareils ".

Isabelle Picard, ethnologue huronne-wendate

« Près de 60 % des Autochtones au Canada vivent hors réserve. Là, ils étudient, ils travaillent, ils vivent au rythme des villes comme tout le monde. Ce ne sont pas tous les Autochtones qui vivent dans les communautés », insiste-t-elle.

« Ce n'est pas parce que je fais des conférences que je ne m'évade pas dans le bois dès que je le peux pour aller à la pêche, que je ne cuisine pas de banique ou ne pratique pas ma propre spiritualité ou cérémonie chez moi ou quand cela est possible », souligne Isabelle Picard.

« On a gagné la guerre »

« Parfois, j’entends : “C'est correct qu'on vous ait mis dans des réserves et qu'il y ai eu la Loi sur les Indiens, on a gagné la guerre” », raconte l’ethnologue.

Elle rappelle qu’il n’y a pas eu de guerre avec les populations autochtones. « Le Canada a plutôt été fondé sur le Terra nullius, “Terre sans maître”, alors que les Européens disaient avoir découvert un territoire », souligne-t-elle.

Elle ajoute que les Européens ont choisi d’ignorer les primohabitants des terres canadiennes en les qualifiant de « sauvages [pour justifier] moralement et juridiquement la dépossession du territoire, l'assimilation forcée et, quelque part, la soumission des peuples autochtones ».

Ainsi, s’il y a bien eu quelques batailles, la notion de guerre, quant à elle, est erronée.

Manitoba

Autochtones