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« C’est un jour triste » : le dernier rapport de Dianne Saxe, commissaire à l’environnement de l’Ontario

Diane Saxe répond au micro de Radio-Canada à l'intérieur du bâtiment de l'Assemblée législative de l'Ontario.

Dianne Saxe a déposé le 27 mars son dernier rapport en tant que commissaire à l'environnement de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-tremblay

Rozenn Nicolle

La commissaire à l'environnement de l'Ontario (CEO), Dianne Saxe, a livré mercredi son dernier rapport alors que son poste a été aboli en novembre dernier par le gouvernement Ford. Dans son ultime document, elle fustige les reculs de l'Ontario en matière d'énergie et de climat, s'inquiète de voir passer une partie de ses responsabilités sous l'autorité de la vérificatrice générale et en appelle aux Ontariens.

Effrayants et inadaptés, tels ont été les mots de Dianne Saxe pour évoquer les présentes politiques publiques de l’Ontario. Elle explique dans ses conclusions que la consommation d’énergie de la province dépend à 75 % de l’importation de combustibles fossiles, entraînant des dépenses de 16 à 24 milliards par année dans la province.

Si nous augmentions notre efficacité énergétique de seulement 10%, les Ontariens pourraient économiser de 1,6 à 2 milliards de dollars par an.

Extrait du rapport de la commissaire à l'environnement

Selon la commissaire, l’économie d’énergie rentable pourrait réduire la consommation d’énergie de l’Ontario de 30 %.

Mme Saxe a notamment évoqué les différents programmes d’économie d’énergie coupés par le gouvernement, comme le programme de financement des vérifications (pour aider à payer l’audit des petites entreprises pour évaluer la rentabilité énergétique de leurs locaux), le programme des nouvelles constructions à haute performance énergétique ou encore l’incitatif pour réfrigération commerciale.

Elle reconnaît que certaines petites mesures sont toujours en place, mais que globalement la province recule.

L’Ontario faisait plein de choses bien, mais a arrêté de les faire

Diane Saxe, commissaire à l'environnement de l'Ontario

Le plan de croissance de la région du Golden Horsehoe a également été cité comme exemple de croissance mal avisée.

Le rapport explique que l’étalement géographique favorise la consommation d'énergie fossile avec de nouvelles banlieues de faible densité qui sont situées loin des emplois, des commerces, des écoles et des transports en commun, et qui par conséquent fait augmenter la circulation et la congestion routière.

Les 4 recommandations du rapport

  1. Diminuer l’importation de combustibles fossiles grâce à l’économie d’énergie et des sources d’énergie alternatives.
  2. Mettre en place des programmes d’économie d’énergie pour atteindre la réduction prévue de 3,2 mégatonnes d’émissions de gaz à effet de serre.
  3. Réduire les besoins énergétiques des vieilles maisons, notamment grâce à des programmes incitant les améliorations écoénergétiques.
  4. Développer des politiques pour éviter l’étalement géographique de la population, la congestion, et fournir des logements et des emplois là où existent des réseaux de transport en commun.

Le ministre de l’Environnement de l’Ontario, Rod Phillips, défend les positions prises par son gouvernement, et assure que l’objectif de réduction des gaz à effet de serre de 30 % fixé par le gouvernement fédéral sera atteint, et ce sans taxe sur le carbone, a-t-il rappelé

Une grande perte, selon l’opposition

Le dernier rapport de la commissaire attriste les partis d'opposition qui ont salué le travail qu'elle a accompli au cours des dernières années.

Elle était capable de travailler entre les différents silos gouvernementaux. Son rapport parle au ministère de l’Environnement, mais aussi au ministère des Affaires municipales, note la députée libérale d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, qui est venue assister à la dernière intervention de Mme Saxe.

La députée provinciale d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des RosiersAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La députée provinciale d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers

Photo : Radio-Canada / Claudine Brulé

On n’aura pas accès à la même qualité d’information, on n’aura pas accès à la même expertise, et on n’aura pas accès, évidemment, à cette capacité intergouvernementale, regrette-t-elle.

Même son de cloche du côté du Parti vert et du NPD.

Nous perdons une agente indépendante de l’Assemblée législative de l’Ontario qui rapporte des faits, comme ceux présentés aujourd’hui, a commenté le député de Guelph et chef du Parti vert, Mike Schreiner. Le gouvernement actuel privilégie, lui, les combats idéologiques aux données scientifiques, a-t-il ajouté.

Doug Ford a mis un terme à ce poste de chien de garde, car il ne veut pas être tenu responsable de ce qu’il fait à notre province, a pour sa part affirmé le porte-parole du NPD en matière d’environnement, Ian Arthur, dans un communiqué.

Lundi, mon bureau ne sera plus

À partir de vendredi, douze personnes, incluant Mme Saxe, perdront leur emploi au sein du bureau de la commissaire à l’environnement de l’Ontario. Un peu moins d’une vingtaine d’autres employés seront, eux, transférés sous l’autorité de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk.

La commissaire à l'environnement ne croit toutefois pas que Mme Lysyk aura un mandat précis par rapport aux questions environnementales.

Je ne pense pas que la vérificatrice générale défendra l’environnement de la façon dont je le fais

Dianne Saxe, commissaire à l'environnement de l'Ontario

Questionnée sur une possible collaboration entre elle et Mme Lysyk, Diane Saxe a confié que des échanges avaient eu lieu, mais qu’elles n’avaient pas réussi à trouver un terrain d’entente.

En entrevue avec Radio-Canada, Mme Saxe a dit que dès lundi elle travaillera à son compte avec quelques collaborateurs et proposera son expertise et ses connaissances à qui souhaitent les lui demander.

Ce n’est cependant pas sans émotion que Dianne Saxe a quitté le bâtiment de l’Assemblée législative jeudi. Interrogée sur son état d’esprit après cette dernière présentation, la commissaire a retenu une larme. C’est un jour bien triste, a-t-elle conclu.

Toronto

Politique provinciale