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Aucun détecteur de monoxyde de carbone à l’École des Découvreurs au moment de la fuite

L'école des Découvreurs a été rouverte 48 heures après l'incident.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Catherine Gauthier

Des documents obtenus par Radio-Canada montrent qu'il n'y avait pas de détecteur de monoxyde de carbone à l'École des Découvreurs lorsque 35 élèves et 8 membres du personnel ont été transportés en ambulance, le 14 janvier dernier, après avoir été intoxiqués par ce gaz. La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) avait pourtant affirmé le contraire dans les jours suivants.

Le rapport d’entretien daté du 25 octobre 2018 et commandé par la CSMB démontre l’absence de détecteur de monoxyde de carbone dans l’école située dans l’arrondissement de LaSalle, à Montréal.

Le jour de l’inspection des détecteurs de gaz, un technicien de Détekta Solutions a vérifié l’équipement de la chaufferie. Sur place, il a constaté qu’il n’y avait qu’un détecteur. Il s’agissait d’un détecteur de méthane; il était défectueux et n’était pas relié à une centrale.

Centco, un autre entrepreneur embauché en octobre 2018 pour l’entretien du système de chauffage et à qui nous avons parlé, a lui aussi constaté que l’École des Découvreurs n’était pas munie de détecteur de monoxyde de carbone.

C’est d’ailleurs ce qu’avait constaté le chef aux opérations du Service de sécurité incendie de Montréal, Francis Leduc, le jour même de la fuite. « Ce qu’on vient de m’apprendre, c’est qu’il y a un détecteur de gaz, mais pas de monoxyde de carbone », disait-il tout juste après l’évacuation du bâtiment.

Mme Lamarche-Venne en entrevue dans son bureau, devant un montage de dessins d'élèves.

Diane Lamarche-Venne, présidente de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

Photo : Radio-Canada

Le lendemain de la fuite, qui avait entraîné des nausées et des pertes de conscience chez plusieurs personnes qui avaient dû subir des traitements en chambre hyperbare, la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne, se voulait rassurante sur nos ondes.

« Oui, il y avait bel et bien un détecteur de monoxyde de carbone et il y avait également un détecteur de méthane. Ces équipements ont été vérifiés, comme on le fait à l’habitude, à la mi-octobre, et tout fonctionnait. » Cette explication est aussi donnée dans le communiqué officiel pour annoncer la réouverture de l’école, quelques heures plus tard.

Appelée à réagir, la CSMB garde sa version des faits. À la question « Y avait-il un détecteur de monoxyde de carbone? », la porte-parole répond par courriel « qu’il y avait bel et bien un détecteur à l’École des Découvreurs au moment de l’incident ». Elle ajoute qu’au moment de l’inspection « le détecteur était [alors] en état de marche ».

Enquête en cours

La Commission scolaire a décliné toutes nos demandes d’entrevue, puisque l’enquête policière est toujours en cours.

En effet, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ouvert une enquête, après le dépôt d’une plainte d’un parent. Nos sources nous confirment d’ailleurs que le SPVM a lui aussi en main des documents qui démontrent qu’il n’y avait pas de détecteur de monoxyde de carbone à l’École des Découvreurs.

Dix enseignants toujours absents

Dans les locaux de l’école évacuée, les premiers répondants ont détecté le 14 janvier un taux de monoxyde de carbone vingt-cinq fois plus élevé que la norme. D’ailleurs, dix enseignants sont encore en congé de maladie, incapable de travailler.

« Les symptômes qui étaient là il y a un mois sont encore là, dit la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal, Mélanie Hubert. Des étourdissements, des problèmes cognitifs, et à cela s’ajoute l’état de santé psychologique des gens, qui commence à être fragilisé. »

Quant aux enfants, la Direction régionale de la santé publique de Montréal leur assure un suivi médical rigoureux. Des médecins de l’Hôpital Sainte-Justine ont évalué 240 des 276 élèves lors d’une clinique mobile tenue à l’école, à la fin du mois de février. Parmi eux, 99 ont dû voir un pédiatre par mesure préventive.

Le monoxyde de carbone est un gaz sournois et dangereux. « Il est inodore, incolore, dit Jean-Guy Ranger, conseiller principal chez Prudent groupe conseil et ancien chef de division du Service de sécurité incendie de la Ville de Longueuil. Ça peut causer jusqu’à la mort. »

Il est vrai qu’avant la fuite du 14 janvier, la loi ne forçait pas les commissions scolaires à équiper leurs établissements de tels détecteurs. Mais la Régie du bâtiment « en recommande l’installation dans tous les bâtiments publics et résidentiels où un combustible liquide ou gazeux est utilisé. »

Toutefois, depuis l’incident, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a obligé toutes les commissions scolaires et les écoles à se munir d’un détecteur de monoxyde de carbone, en plus de leur demander d’adopter un mécanisme d’inspection annuelle, pour s’assurer qu’il soit fonctionnel.

Les conclusions du rapport du SPVM n’ont toujours pas été soumises au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Grand Montréal

Éducation