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Au Mexique, la discrimination systémique contre les indigènes

Catherine Héau-Lambert en train de parler au micro.

L'ethnologue et sociologue Catherine Héau-Lambert interviewée par Michel Désautels

Photo : Radio-Canada / Yves de Vathaire

Michel Désautels

Depuis la révolution mexicaine, les écarts entre les conditions de vie des Autochtones et des classes blanches ne font que s'accentuer. Et l'avenir ne s'annonce guère meilleur, constate l'ethnologue et sociologue Catherine Héau-Lambert, dans le cadre de notre série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière.

Pour bien comprendre le Mexique d’aujourd’hui, il faut remonter dans le temps. Sans aller jusqu’à analyser des millénaires de peuplement indigène, il nous faut au moins réaliser que la conquête espagnole a décimé la plupart des communautés indigènes du pays, occupant le territoire et repoussant dans les zones géographiques les moins hospitalières la grande majorité d’entre elles.

Au moment de l’indépendance au début du 19e siècle, la jeune République adopte comme leitmotiv « Nous sommes une société métisse », affirmant que l’époque où l’on avait d’une part les Espagnols et d’autre part les indigènes est bien terminée.

S’il est vrai que le brassage génétique est très présent, dans les faits, la distinction entre les deux composantes de la société et la discrimination envers les Autochtones s’installeront comme jamais dans la fibre du pays.

L'entrevue de Michel Désautels avec Catherine Héau-Lambert est présentée le 31 mars à l'émission Désautels le dimanche sur ICI PREMIÈRE, dans le cadre de la série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière.

Se heurter au plafond de béton

L’ethnologue et sociologue Catherine Héau-Lambert vit au Mexique depuis 45 ans. Elle enseigne à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire (ENAH) de Mexico. Ses recherches nombreuses sur le terrain et ses travaux universitaires lui permettent de tracer un portrait aussi clair qu’affligeant de la condition des indigènes du pays.

Elle affirme sans hésiter que la discrimination est systémique, que les pratiques de tous les gouvernements depuis la révolution n’ont fait qu’accentuer les écarts entre les conditions de vie des Autochtones et des classes « blanches ». Et l’avenir ne s’annonce guère meilleur, puisque le système d’éducation publique hors des grands centres est déficient, les écoles primaires et secondaires n’arrivant pas à former adéquatement les jeunes indigènes.

Résultat : il est pratiquement impossible de monter dans l’ascenseur social pour sortir de sa condition lorsqu’on est Autochtone. En fait, ils ne sont pas confrontés à un plafond de verre, mais bien à un plafond de béton.

Les intentions du nouveau président

L’arrivée au pouvoir fin 2018 d’Andres Manuel Lopez Obrador, président de gauche qui multiplie les signes de rapprochement avec les indigènes, peut-elle changer les choses?

Il faut signaler qu’il a bien l’intention de porter ce débat sur la scène internationale. Ces derniers jours, il s’est fait remarquer en demandant au roi d’Espagne et au pape François de s’excuser formellement pour le traitement fait aux indigènes mexicains au moment de la conquête. Cette requête a été accueillie froidement à Madrid. Le Vatican n’a pas réagi.

En écoutant Mme Héau-Lambert, vous verrez à quel point l’enthousiasme n’a pas quitté cette femme, qui continue de distiller sa science à ses nombreux étudiants. Une guide qui continue de s’étonner que certains d’entre eux cachent leurs racines indigènes plutôt que de s’en enorgueillir.

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