•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La police contrôle les Noirs six fois plus que les Blancs à Halifax

L'écusson des policiers d'Halifax, sur la manche d'un policier.

Les citoyens noirs de la région d’Halifax sont six fois plus sujets que les Blancs à des contrôles policiers de routine.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Radio-Canada

Les citoyens noirs de la région d'Halifax sont six fois plus sujets que les Blancs à des contrôles policiers de routine, conclut le rapport d'un criminologue dévoilé mercredi.

C’est le double de ce qu’estimait l’enquête de CBC qui avait déclenché cette étude.

Un contrôle policier de routine consiste à aborder un citoyen dans la rue ou dans un véhicule pour vérifier son identité ou le questionner, même lorsque le policier instigateur de cette interaction n’enquête sur aucun délit en particulier.

L’étude réalisée par Scot Wortley, professeur de criminologie à l’Université de Toronto, permet de chiffrer l’ampleur de cette pratique par les forces policières sur le territoire de la Municipalité régionale d’Halifax.

Dans un rapport de 180 pages, Scot Wortley explique que les Noirs sont 6,1 fois plus sujets que les Blancs à ces contrôles et 5,3 fois plus sujets à des contrôles que le reste de la population (incluant les minorités).

Le criminaliste Scot Wortley présente les conclusions de son étude sur le profilage racial et les contrôles policiers de routine le 27 mars 2019 à Halifax.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le criminologue Scot Wortley présente ses conclusions le 27 mars 2019 à Halifax.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Il a aussi découvert que les policiers à Halifax ont recours à ces pratiques davantage que les policiers à Montréal, Ottawa ou Toronto.

Criminalisation des Noirs

Selon Scot Wortley, les contrôles de routine contribuent à la criminalisation des jeunes Afro-Néo-Écossais.

Le rapport Wortley indique que 30 % des hommes noirs à Halifax et 6,8 % des hommes blancs ont déjà été accusés d’un crime.

Selon Scot Wortley, pour un même comportement, les Noirs sont plus susceptibles que les Blancs de faire face à des accusations. Des accusations liées à la marijuana, par exemple, étaient portées contre un Noir quatre fois plus souvent que contre un Blanc, alors que les statistiques n’indiquent pas une consommation de cannabis plus élevée par les Noirs.

Érosion de la confiance envers la police

En plus d’avoir un effet disproportionné sur certains groupes, les contrôles de routine contribuent à une érosion de la confiance envers les forces de l’ordre et affaiblissent la perception du public envers le système de justice criminelle tout entier, dit M. Wortley.

Selon lui, tout avantage que peut avoir cette pratique pour prévenir le crime est clairement éclipsé par les conséquences négatives de ce profilage effectué par les policiers.

Les Afro-Néo-Écossais interrogés dans le cadre de cette étude ont rapporté avoir peur de la police, et se sentent ciblés par les policiers. Ils disent être traités avec agressivité et grossièreté par les membres des forces de l’ordre.

Ils disent aussi ne pas avoir observé d’amélioration notable dans le traitement des Noirs par les policiers dans les 20 dernières années.

Les minorités toujours surreprésentées

Cette étude a été commandée en 2017 par la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse.

De gauche à droite, le taux de contrôle annuel (2006 à 2016) des personnes sud-asiatiques, asiatiques, autochtones, blanches, arabes/ouest-asiatiques, et noires.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De gauche à droite, le taux de contrôle annuel (2006 à 2016) des personnes sud-asiatiques, asiatiques, autochtones, blanches, arabes/ouest-asiatiques, et noires.

Photo : CBC / Jack Julian

Selon le service de police régional d’Halifax, environ 37 000 personnes ont été contrôlées de 2005 à 2016. Les Noirs étaient l’objet de 11 % des contrôles (environ 4100 au total), même s’ils ne représentent que 3,6 % de la population de la Nouvelle-Écosse selon le recensement de 2011.

En janvier 2017, un rapport de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Halifax affirmait que 41 % des 1246 contrôles de routine effectués dans les 10 premiers mois de 2016 avaient ciblé des Noirs.

Dans son rapport, Scot Wortley observe que les contrôles routiers sont devenus moins fréquents à Halifax ces dernières années, mais que la surreprésentation des minorités n’a pas diminué.

Lumières d'une voiture de police suivant un automobiliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Halifax, les Noirs sont 6,1 fois plus sujets que les Blancs à des contrôles policiers de routine, et 5,3 fois plus sujets à ces contrôles que le reste de la population.

Photo : Getty Images / Andrey Popov

Recommandations

Scot Wortley suggère deux avenues : d’interdire les contrôles policiers de routine, ou du moins de les encadrer et les réglementer étroitement.

Il recommande une série de règles pour limiter les contrôles arbitraires. Selon le criminologue, les raisons pour lesquelles les policiers désirent effectuer un contrôle doivent être balisées et clairement communiquées aux citoyens. Il suggère aussi qu’un « reçu » soit remis au citoyen, indiquant la raison ayant justifié l’interaction et identifiant les policiers impliqués.

Il met également en garde contre la « culpabilité par association ». Beaucoup de gens connaissent de près ou de loin quelqu’un qui a déjà été accusé d’avoir commis une infraction, particulièrement dans les communautés défavorisées, explique-t-il. D’avoir un lien de parenté ou de vivre dans la même collectivité qu’une personne qui a un dossier criminel n’est pas un crime, souligne-t-il.

M. Wortley souligne par ailleurs que de carrément interdire les contrôles pourrait avoir pour effet qu’ils continuent, mais soient dissimulés par les policiers.

Avec les informations de La Presse canadienne et CBC

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Nouvelle-Écosse

Forces de l'ordre