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Québec renforce sa réglementation sur l'école à la maison

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a déposé un projet de règlement qui vise à imposer un contenu minimal d'apprentissage plus strict sur l'enseignement à la maison.

Ces nouvelles dispositions bonifient celles adoptées sous les libéraux. L'enseignement du français, des mathématiques, de l'anglais, de l'univers social ainsi que des sciences et technologies sera désormais obligatoire.

Les enfants devront également réussir des épreuves ministérielles afin de recevoir un diplôme reconnu par le ministère de l'Éducation.

Le projet de règlement exigera aussi la présence de l'enfant à des rencontres dans le but de permettre un meilleur suivi et un dépistage plus efficace des difficultés d'apprentissage.

« Actuellement, vous pouvez choisir de faire des sciences ou pas, vous pouvez choisir de voir les notions de mathématiques ou pas [...], c'est totalement inacceptable », s'est exclamé Jean-François Roberge.

Le gouvernement Legault souhaite lutter contre le phénomène des écoles religieuses illégales pour qu'elles respectent l'imposition de « contenus d'apprentissage minimalistes ».

Il a souvent été question, au cours des dernières années, du cas de la secte juive Lev Tahor qui a attiré l'attention des autorités.

[On veut] scolariser les jeunes sans empêcher les gens de transmettre leur foi, c'est important de le dire, ce n'est pas une action contre la transmission de la foi ou contre la religion.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Lors d'une allocution à l'Assemblée nationale, le ministre Jean-François Roberge a déclaré que le projet de règlement permettra à chaque enfant de « développer son plein potentiel ».

Il a aussi évoqué le fait que « des milliers d’enfants pourraient être dans [une] situation inacceptable, selon les estimations fournies à mon ministère par différents experts et intervenants ».

Ces nouvelles règles entreront en vigueur le 1er juillet 2019 en vue d'une mise en application dès la prochaine année scolaire.

« Ces modifications [...] s’inscrivent parfaitement dans notre volonté de mettre l’intérêt des élèves au-dessus de toute autre considération », croit Jean-François Roberge.

Le ministre de l'Éducation estime qu'environ 5000 enfants seront touchés par ce projet de règlement.

Un recul « navrant »

Du côté de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), qui représente environ 3000 d'entre eux, on estime que ce projet de loi écorche la flexibilité que les parents cherchent lorsqu'ils choisissent de faire l'école à la maison.

Le projet du ministre est « un recul effroyable », affirme Noémi Berlus, directrice de l'AQED.

« On a énormément de membres qui font l’école à la maison parce que leurs enfants sont anxieux, parce que l’atmosphère compétitive [de l’école] n’est pas favorable à l’apprentissage, explique Mme Berlus. Là, on s’en vient mettre ces éléments-là à la maison. Il y a beaucoup plus de façons d’évaluer les enfants, de leur permettre de s’épanouir, que d’utiliser un programme fixe et des examens. »

D'ailleurs, elle souligne que les familles qui font l'école à la maison sont déjà tenues d'enseigner certaines matières, comme le français, l'anglais et les mathématiques. Elles peuvent cependant choisir la manière dont elles le font. « Avec le nouveau règlement, on vient préciser que ça doit être fait exactement de la même façon qu’à l’école », déplore-t-elle.

Les parents veulent exposer leurs enfants à toutes ces matières-là, mais ils veulent le faire à leur manière pour que ça réponde aux besoins de leurs enfants.

Noémi Berlus, directrice de l'AQED

Pour Dono Bei, un père de Chambly qui fait l'école à la maison à ses deux enfants de 6 et 8 ans depuis septembre dernier, il s'agit de transmettre l'envie d'apprendre. « Je ne suis pas dans la concurrence, je ne suis pas dans la performance, dit-il. Je ne veux pas que mes enfants performent. Je veux qu’ils aiment apprendre, j’aimerais qu’ils adorent apprendre. »

« Je ne crois pas que les parents qui font ça le font avec le but de faire un échec à leur enfant », explique-t-il, déplorant le fait que les règles se resserrent pour une majorité, en raison d'une « petite minorité » qui se concentre sur une éducation religieuse très stricte.

« C'est facile de dire que c'est trop souple quand on n'a pas de modèle », ajoute-t-il, en soulignant que la question peut se poser « dans les deux sens ». « Combien y a-t-il de pourcentage de décrochage dans les écoles? Est-ce qu’on pourrait aussi [remettre en question] l’excès de rigueur? »

Il faut faire preuve d'ouverture, dit l'opposition

Les partis d'opposition à Québec se sont montrés plutôt favorables à ce projet de règlement, mais avec certaines nuances.

La porte-parole du PLQ en matière d'éducation, Marwa Rizqy, a appelé le gouvernement à faire preuve « d'ouverture pour s'assurer de répondre aux besoins tant des élèves que des parents ».

Québec solidaire a exhorté la CAQ à ne pas mettre toutes les personnes touchées par ces mesures « dans le même panier ».

Le Parti québécois a quant à lui exhorté le ministre Roberge à se pencher sur le financement des écoles privées de confession religieuse.

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