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Le journaliste Bob Woodward met en garde contre les dérapages de Trump

Un homme aux cheveux blancs qui porte des lunettes s'adresse aux médias lors d'une table ronde.

Le journaliste Bob Woodward était de passage à Montréal pour parler de son livre Peur : Trump à la Maison-Blanche.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« J'ai cherché très fort des preuves de collusion entre l'équipe de Donald Trump et la Russie et je n'en ai pas trouvé. » Ce constat sans équivoque, c'est celui du mythique journaliste d'enquête américain Bob Woodward, qui était à Montréal jeudi pour promouvoir son livre Peur : Trump à la Maison-Blanche.

« Ça ne signifie pas qu’il n’y a pas de preuves », a toutefois nuancé le reporter, invité par CFA Montréal (Chartered Financial Analysts), devant les 600 personnes venues l’entendre dans un hôtel montréalais.

Les conclusions contenues dans le rapport du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur une possible collusion avec l’équipe du milliardaire, déposé vendredi dernier, n’ont donc pas surpris le vieux routier de 76 ans.

Véritable légende du journalisme d’enquête, lauréat de deux prix Pulitzer, Bob Woodward jouit d’une crédibilité sans faille. C’est lui qui, en 1972 – à 29 ans –, a mis au jour avec son collègue du Washington Post Carl Bernstein le scandale du Watergate ayant ultimement contraint le président Richard Nixon à démissionner.

Il faut comprendre que le Watergate a placé la barre très haut pour établir qu’un président devrait quitter son poste.

Une citation de : Bob Woodward

L'implication de Nixon et de ses collaborateurs ne laissait place à aucune ambiguïté, rappelle-t-il, évoquant les enregistrements audio réalisés en secret à la demande de Nixon lui-même.

Si certains – notamment parmi ses confrères – ont été étonnés que le procureur général, William Barr, ne dépose pas non plus des accusations d’obstruction à la justice, en dépit du refus du procureur spécial d'émettre une recommandation tranchée, Bob Woodward le comprend.

« Si vous êtes l’autorité devant ultimement décider s’il faut déposer des poursuites contre quelqu’un et qu’un rapport dit : “Nous n’avons pas conclu qu’il a commis un crime”, comment peut-on le poursuivre? Ça y met un terme. Vous ne déposerez pas d’accusations. »

Il est quand même rare qu’un procureur n’innocente pas la personne sur qui il enquêtait, précise-t-il.

Le rapport devrait-il être rendu public? « Non! » a-t-il ironisé, avant d'enchaîner : « Évidemment qu’il devrait l’être, et immédiatement. »

D'après lui, un juge pourrait ordonner sa publication « au nom de l’intérêt public ».

Si le rapport Mueller est pour Donald Trump une « victoire encore plus significative » qu’on ne le réalise, le président n’est pas nécessairement au bout de ses peines, souligne M. Woodward, car lui, ses collaborateurs et son empire font l’objet de plusieurs enquêtes menées par des procureurs fédéraux, notamment à New York.

« Gardez vos ceintures de sécurité et mettez un harnais, car on ne sait jamais quelles surprises auront un impact », a lancé Bob Woodward.

En quelques heures, le vétéran du journalisme a mené un véritable blitz médiatique. Avant sa conférence, ponctuée d'humour, il a rencontré un groupe restreint de journalistes, a accordé une entrevue à l’émission 24/60, puis a terminé sa soirée sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle.

Bob Woodward sera à l’émission Tout le monde en parle, diffusée à ICI RADIO-CANADA TÉLÉ, dimanche prochain à 20 h.

De Nixon à Trump

Vue rapprochée d'exemplaires du livre « Fear », sur lesquels on voit le président Trump.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le livre « Fear » dresse le portrait d'un Trump inculte, colérique et paranoïaque.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

S’immisçant depuis des décennies dans les entrailles présidentielles, révélant grâce à ses informateurs les jeux de coulisses derrière les décisions politiques, les scandales et les guerres, celui qui agit aujourd'hui comme rédacteur adjoint du Washington Post a écrit et coécrit 19 livres portant notamment sur divers présidents, dont Les hommes du président.

Il est cependant réfréné dans ses ardeurs, a-t-il blagué. « Ma femme insiste pour qu’on ne prononce pas le nom de Trump dans notre maison », a-t-il dit, ajoutant qu’il demandait parfois des « autorisations spéciales ».

Bob Woodward compare le président Trump à celui qui l’a précédé près de 50 ans plus tôt, lui aussi ciblé par des enquêtes et comme lui avide de pouvoir.

« Le vrai pouvoir est – je ne veux même pas utiliser le mot – la peur », a déjà confié en 2016 Donald Trump à Bob Woodward, une confidence dont découle le titre de son dernier livre.

Nixon était consumé par la haine, il ne lâchait pas prise sur les choses. C’est le poison qui a détruit sa présidence.

Une citation de : Bob Woodward

« Trump ne lâche pas prise non plus, mais il faudra plus de temps pour savoir s’il est véritablement mû par la haine », croit le journaliste.

Avant la publication de son livre, il a reçu un appel du président Trump. « Richard Nixon, lui, n’aurait jamais fait cet appel », souligne-t-il.

La menace nord-coréenne

Donald Trump et Kim Jong-un se serrent la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un se serrent la main avant d'amorcer leur sommet de deux jours au Vietnam.

Photo : Getty Images / SAUL LOEB

Le portrait que trace Bob Woodward dans Peur est particulièrement accablant. C’est celui d’un homme colérique, ignorant, peu respectueux de ses collaborateurs au sein d’une Maison-Blanche dysfonctionnelle, conflictuelle et dans laquelle ses collaborateurs multiplient les manoeuvres de coulisses pour éviter les pires dérapages.

La réunion au Pentagone avec ses conseillers en matière de sécurité nationale, en janvier 2018, est le passage du livre le plus révélateur de la présidence Trump, juge l'auteur.

Convaincu que les alliances militaires, entre autres avec la Corée du Sud, constituent une perte de temps et d’argent, Donald Trump se fermait aux arguments de ses conseillers, certain de mieux comprendre qu'eux les enjeux.

Les généraux ont dû lui expliquer que c’est cet investissement qui permettait de préserver la paix mondiale depuis 70 ans.

Selon Bob Woodward, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, qui était « frustré », a renchéri : « Nous faisons tout cela pour éviter la troisième guerre mondiale. »

J’ai été estomaqué que le secrétaire à la Défense doive expliquer cela au président. Selon moi, éviter la troisième guerre mondiale est la première responsabilité d’un président.

Une citation de : Bob Woodward

Malgré l’« amour » que le président Trump dit maintenant vouer au dirigeant de Corée du Nord, Kim Jong-un, ce pays au potentiel nucléaire est la principale menace que doivent affronter les États-Unis, estime Bob Woodward.

Et la situation pourrait dégénérer rapidement.

Avant le réchauffement de leur relation, ayant mené à deux sommets, les deux dirigeants ont été engagés dans une escalade verbale pendant des mois.

Après avoir menacé Pyongyang de déclencher « le feu et la fureur », puis s'être vanté d'avoir « un plus gros bouton nucléaire », le président Trump comptait annoncer sur Twitter le rapatriement des familles de soldats américains basés en Corée du Sud, révèle M. Woodward. Un geste qui aurait été perçu comme une déclaration de guerre par le régime nord-coréen, précise-t-il.

Si le pire a pu être évité, les risques d’un affrontement demeurent, selon lui.

« Il y a dans le cercle de Trump des gens qui le pressent d’attaquer la Corée du Nord, car ils pensent qu’il vaut mieux avoir une guerre là-bas qu’ici. »

« Ça devrait vous effrayer que cette option fasse partie des débats », a-t-il résumé.

Une décision en ce sens « changerait la vie de tout le monde. Comparativement, les attaques du 11 Septembre paraîtraient comme une note de bas de page », conclut-il.

Donald Trump, président des États-Unis

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