•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Retraite d’Alex Harvey : un défi pour le financement du ski de fond canadien

Alex Harvey en action à la Coupe du monde de ski de fond de Québec

Alex Harvey en action à la Coupe du monde de ski de fond de Québec

Photo : AFP / MARTIN OUELLET-DIOTTE

Guillaume Piedboeuf

La grande carrière d'Alex Harvey a inspiré une jeune génération de skieurs, mais son départ à la retraite pourrait provoquer un lendemain de veille financier chez Ski de fond Canada.

Sans l'athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges, la fédération devra composer avec une aide financière moindre ces prochaines années.

Alex Harvey ne s’en est pas caché, dimanche, au moment d’officialiser sa retraite. Il est préoccupé par la situation financière de Ski de fond Canada et du Centre national d’entraînement Pierre-Harvey.

C’est certain que c’est inquiétant. En ce moment, il y a plusieurs personnes qui ont de très bonnes idées au niveau du développement, mais ça va prendre des fonds pour ça et il va falloir être patient. On a des skieurs très très prometteurs en ce moment, mais ils ne vont peut-être même pas se qualifier pour les prochains olympiques.

C’est que la retraite du double champion du monde signifie qu’il n’y a actuellement plus de skieurs canadiens en bonne position pour s’approcher d’un podium aux prochains Jeux olympiques d’hiver, à Pékin.

L’équipe canadienne junior est prometteuse, mais les séniors sont aux prises avec un petit creux de vague après que Becky Scott, Chandra Crawford, Devon Kershaw et Alex Harvey se soient succédé parmi l’élite mondiale durant les deux dernières décennies.

À nous le podium : un système imparfait

Or, une partie importante du financement pour développer des futurs olympiens au Canada provient d’À nous le podium.

Le programme fédéral distribue annuellement des millions de dollars aux différentes fédérations sportives. Chaque année, les montants sont bonifiés ou coupés en fonction des espoirs de médailles aux prochains Jeux olympiques.

De la façon dont le système fonctionne, c’est difficile de faire un budget plus qu’un an à l’avance parce que tu n’as aucune prédiction de l’année qui suit. Ce n’est vraiment pas idéal comme scénario, avoue Harvey.

J’espère qu’avec le succès de nos jeunes aux Mondiaux juniors cette année, Sport Canada et À nous podium vont voir qu’il y a quand même un futur prometteur.

Alex Harvey

Son départ à la retraite annoncé avait d’ailleurs déjà commencé à coûter cher à Ski de fond Canada. Sachant qu’Alex Harvey ne continuerait pas jusqu’aux Jeux de Pékin, À nous le podium a coupé, le printemps dernier, plusieurs centaines de milliers de dollars de son aide financière à Ski de fond Canada.

La fédération n’a donc pas eu le choix de couper à son tour dans le budget du Centre national d’entraînement Pierre-Harvey (CNEPH), où un poste d’entraîneur à temps plein a dû être aboli.

Dans les derniers mois, les athlètes et entraîneurs basés à Saint-Ferréol-les-Neiges n’ont pas caché leurs inquiétudes concernant l’avenir du CNEPH, l’un des trois centres nationaux au pays avec ceux de Canmore et Thunder Bay.

Quel avenir pour le Centre national Pierre-Harvey?

Dimanche, l’entraîneur-chef de l’équipe nationale canadienne et du Centre national Pierre-Harvey, Louis Bouchard, a tenté de ne pas se montrer trop pessimiste.

Le Centre Pierre-Harvey, c’est un groupe d’athlètes motivés, les meilleurs de l’Est-du-Pays. En bout de ligne, s’il faut s’entraîner sans ressources, on va le faire. Si les entraîneurs sont capables de faire des compromis, on va le faire. Ça se peut qu’on travaille au minimum, mais la passion est là et, ensuite, le financement peut aussi s’améliorer rapidement.

Louis Bouchard en entrevue après la courseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avec Alex Harvey finissant en deuxième place à sa dernière course, Louis Bouchard, son entraîneur, s'imagine mal comment le skieur aurait pu mieux terminer sa carrière.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Directeur du programme haute performance de Ski de fond Canada, Nicolas Lemyre affirme pour sa part que la structure du CNEPH est robuste et son personnel compétent, « mais c’est sûr qu’il va falloir revoir comment on fait les choses ».

Avec l’investissement qui est fait autant financier qu’au niveau des ressources, est-ce qu’on rejoint les objectifs que l’on s’est fixés, se questionne-t-il.

Transformer la structure de développement

Lui même un ancien skieur du CNEPH dans les années 90, Lemyre s’est ensuite exilé en Norvège où il a enseigné à l’Université d’Oslo en psychologie sportive tout en s’impliquant auprès de la puissante fédération de ski norvégienne.

Rapatrié par Ski de fond Canada en juin dernier, le Québécois de 47 ans veut profiter des prochaines années, où l’aide financière sera plus frugale, pour transformer la structure de développement canadienne.

C’est sûr que ce serait idéal si l’on pouvait garder le même financement que l’on a avec Alex dans l’équipe pour développer la relève, mais le système est fait comme il est fait et il faut composer avec, commence par énoncer Lemyre.

Le fait de ne pas avoir d’athlètes au sommet nous donne une opportunité d’analyser tout ce qu’on a comme ressources et essayer de les utiliser de manière optimale. Souvent, dans les milieux de haute performance, ce genre de processus débouche sur un système plus efficace qui nous permettra d’aller encore plus loin lorsque le financement reviendra.

À court terme, cependant, certains skieurs de l’équipe canadienne auront possiblement à faire l’impasse sur certaines étapes du circuit de la Coupe du Monde pour des raisons financières.

Alexander Bolshunov, Alex Harvey et Johannes Hoesflot KlaeboAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexander Bolshunov, Alex Harvey et Johannes Hoesflot Klaebo

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

L’élite mondiale de plus en plus jeune

N’empêche, Nicolas Lemyre croit que la disette financière pourrait être de courte durée. Les skieurs canadiens prometteurs de 16 à 19 ans ne sont peut-être pas si loin d’aspirer à des médailles olympiques, argue-t-il.

Il cite en exemple les succès précoces de skieurs comme Johannes Klaebo et Frida Karlsson. À 22 ans, le premier est le meilleur skieur au monde depuis deux ans. La deuxième vient de remporter une médaille d’argent aux championnats du monde seniors à seulement 19 ans.

Beaucoup des meilleurs skieurs du circuit sont au début de la vingtaine. L’ancien modèle où l’on devait attendre à 27 ans pour voir si un skieur appartenait à l’élite est peut-être désuet.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Ski de fond