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Envoyée spéciale

Les élections en Thaïlande, pas toujours justes ni libres

Une boîte de scrutin.

Une boîte de scrutin lors des législatives en Thaïlande le 24 mars 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Une trentaine d'observateurs internationaux, déployés en Thaïlande pendant une quarantaine de jours pour les législatives de dimanche dernier, constatent que plusieurs dispositions de l'organisation électorale ont eu un parti pris en faveur du parti promilitaire.

Le rapport préliminaire de 12 pages des observateurs d’ANFREL (Asian Network For Free Elections), dévoilé en conférence de presse à Bangkok, regorge d’exemples.

Ils constatent notamment que la campagne électorale a été très courte pour les partis d’opposition. La junte a levé très tard l’interdiction de battre le pavé, alors que le premier ministre, le général Prayuth Chan-ocha, le faisait déjà depuis des mois.

Ils notent que de pleins pouvoirs ont été donnés aux 250 sénateurs nommés par la junte, en vertu d’une Constitution réécrite par les militaires, une chambre haute qui est amenée à avoir un rôle déterminant dans le choix du prochain premier ministre.

Les observateurs font état d’incidents d’intimidation sur le terrain. Ils affirment qu’il y a eu des tentatives d’acheter des votes, notamment en ouvrant subitement les coffres pour financer généreusement, juste avant le scrutin, un programme de sécurité sociale nommé Pracharat.

« Et Pracharat fait partie du nom du parti proche du pouvoir militaire installé à présent », fait remarquer Amaël Vier, un observateur d’ANFREL.

« Donc, ils jouent beaucoup sur cette proximité de nom, ils jouent beaucoup sur cette capacité de pouvoir continuer à approvisionner le budget pendant la campagne électorale. Et ça, ça contribue à un climat qui n’est pas complètement équitable pendant la campagne », poursuit M. Vier.

De nombreux journalistes écoutent les conférenciers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La conférence tenue par les observateurs internationaux des législatives en Thaïlande, tenues le 24 mars 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Autant d’incidents qui viennent miner la confiance des électeurs dans le système, selon les observateurs internationaux. Tout comme le dépouillement des votes qui s’éternise. Ou encore, le cafouillage lors du dévoilement des premiers résultats.

Une population divisée

Cela dit, ANFREL ne croit pas que toutes ces défaillances aient influé sur le résultat comme tel du scrutin. Du moins, pas pour l’instant.

« En ce moment, on n’a pas d’indication qui montrerait que ça a une influence quelconque sur les résultats. Mais on attend vraiment de voir les résultats finaux qui vont être publiés le 9 mai. D’ici là, ceux qui disent que l’on peut croire ou non aux résultats se trompent. Tout simplement parce qu’on n’a pas les chiffres », précise Amaël Vier.

Un avis qui n’est pas partagé par tous. En route vers ses cours de l’après-midi, une jeune étudiante en relations internationales de 19 ans n’a qu’un mot à la bouche. Fraude. Elle veut qu’il y ait un recomptage. Des propos souvent entendus ces jours-ci.

Gros plan sur le visage d'une jeune femme.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette Thaïlandaise croit qu'il y a eu fraude lors des législatives de dimanche dernier.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Mais plus loin, un homme qui profite de sa pause du midi pour consulter ses messages et les nouvelles trouve qu’il faut respecter le résultat du scrutin. « C’est bon, nous avons eu nos élections. Le peuple a parlé », dit-il.

Un homme installé sur une moto avec un cellulaire en main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ce Thaïlandais estime qu'il faut respecter les résultats électoraux du 24 mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Deux positions qui reflètent la division de la population, que rappelle ce scrutin très serré entre les camps prodémocratie et promilitaire

ANFREL souligne que la journée même du scrutin s’est déroulée plutôt pacifiquement, malgré quelques incidents. En rappelant que dimanche, les Thaïlandais ont franchi un pas important en renouant avec le processus électoral.

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