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Les coûts humains et sociaux de l'usage excessif d'alcool

Une femme tient un verre d'alcool à la main, la tête posée sur la table.

La consommation excessive d'alcool a des effets néfastes sur la santé.

Photo : getty images/istockphoto / nixki

Barbara Ann Gauthier

En janvier dernier, le nouveau Guide alimentaire canadien a surpris en consacrant, pour la première fois de son histoire, une section sur les risques liés à une consommation chronique d'alcool. Voici un rappel des coûts humains et sociaux de l'usage excessif de cette substance.

Le Guide soutient que « le fardeau substantiel des maladies associées à la consommation d’alcool représente l’une des principales préoccupations de santé à l’échelon mondial ».

C’est à plus de 14 milliards de dollars que s’élèvent les coûts reliés à la consommation d’alcool au Canada, selon l’étude Coûts et méfaits de l’usage de substances au Canada (Nouvelle fenêtre) menée par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, publiée en 2018.

Cela inclut soins de santé, justice pénale et perte de productivité. C’est plus que le tabac, le cannabis et les opioïdes. De ces 14 milliards, environ 4,2 milliards sont directement liés aux coûts en soins de santé.

Alcool et cancer

Déjà en 1988, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rapportait que la consommation d’alcool était un facteur de risque pour de nombreux types de cancer. C’est en 2012 que le lien de causalité entre alcool et cancer a été établi définitivement.

« L’OMS a classé l’alcool comme [étant] cancérigène. On sait maintenant que l’alcool cause sept types de cancers. Donc, on ne parle pas juste d’une association, mais on parle d’une causalité », précise Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politiques au Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.

Ces cancers sont ceux :

  • du foie;
  • du sein;
  • du côlon;
  • du larynx;
  • du rectum;
  • de l’oesophage;
  • de la cavité buccale.

« Plus on boit, plus nos risques de cancer augmentent et, bien sûr, les cancers de l’appareil digestif sont les plus à risque », ajoute Louise Nadeau, professeure de psychologie et chercheuse en toxicomanie à l’Université de Montréal et présidente d’Éduc’alcool.

Par ailleurs, les probabilités de développer certains types de maladies augmentent en fonction des quantités et de la fréquence de la consommation d’alcool.

« Dès un verre, le risque de décès prématuré lié au cancer du sein augmente de 13 %. Mais il faut bien comprendre, on parle de risque relatif », explique Catherine Paradis.

Autrement dit, on sait qu’une femme sur 45 va mourir d’un cancer du sein. À deux verres par jour, les risques augmentent de 27 % d’être cette femme.

Pas plus de 3 verres pour les hommes, pas plus de 2 verres pour les femmes

Les directives de consommation d’alcool à faible risque ont été établies avec l’objectif d’identifier un seuil où les méfaits et les bénéfices de l’alcool s’annulent. Le message retenu est clair : pas plus de trois verres par jour pour les hommes, pas plus de deux pour les femmes. Or, depuis quelques années, on observe une hausse marquée des décès et des hospitalisations liés à l’alcool chez les femmes. La consommation excessive d’alcool chez les jeunes femmes est plus marquée au Québec qu’ailleurs au Canada.

« Une femme ne peut pas consommer autant qu’un homme. Ce n’est pas sexiste, c’est biologique. L’égalité des genres, ça ne passe pas par le même nombre de shooters pris dans une soirée », ajoute Catherine Paradis.

Ce sont les quantités excessives d’alcool consommées qui demeurent le plus gros problème.

Selon nos experts, notre évaluation du « verre standard » est souvent erronée, ce qui nous amène à consommer au-delà des limites à faible risque.

« Une des grandes choses qu’on oublie, c’est le verre standard. Mais le verre standard, ce n’est pas beaucoup », ajoute Louise Nadeau.

Un verre de bière, c’est 340 ml. Un verre de vin, c’est 140 ml.

On voit différents verres remplis de différentes boissons alcoolisées, et les taux d'alcool et quantités correspondants.

Les quantités d'alcool qui correspondent à une consommation.

Photo : Éduc’alcool

Des bénéfices pour la santé, bien relatifs…

Il est vrai qu’il existe des bénéfices liés à l’alcool notamment pour les maladies coronariennes. « Mais ça, c’est chez des adultes de 40 ans et plus », précise Catherine Paradis.

Les coûts sociaux de la consommation excessive d’alcool

Les conséquences liées à la surconsommation d’alcool ne se limitent pas aux maladies chroniques. Quand on a bu 4 ou 5 consommations en une heure, on est plus à risque d’avoir des comportements violents, de conduire avec les facultés affaiblies et d’avoir des accidents, de faire des chutes.

Le tiers des commotions cérébrales au Canada sont liées à la consommation d’alcool.

Louise Nadeau

Dans une perspective de santé publique, nos experts soutiennent qu’avec les données disponibles sur les méfaits liés à l’alcool, il serait peut-être temps de réviser lois et règlements au Canada.

« Si nos gouvernements, nos ministères, nos organismes réglementaires décidaient dans une perspective de bien commun de s’attaquer à l’alcool, il est évident que, sur le plan scientifique, on a beaucoup de données robustes qui justifieraient des amendements et des modifications des règlements et de nos lois liés à l’alcool », conclut Catherine Paradis.

Le reportage de Denis Gagné et Isabelle Vallée a été diffusé à l’émission L’épicerie, à ICI Radio-Canada Télé.

Santé