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L'arnaqueur du logement sévit toujours à Montréal

Le reportage de François Dallaire
François Dallaire

Une réfugiée saoudienne qui cherchait un appartement à Montréal a été victime d'un arnaqueur maintes fois condamné par la Régie du logement.

Salwa Alzahrani a trouvé refuge au Canada au printemps dernier. À la recherche d’un logement et à la suggestion d’une autre réfugiée saoudienne, elle contacte Christian Levasseur, fondateur de la compagnie Roominex, qui propose la location de chambres à Montréal.

Après avoir visité quelques logements, elle opte pour une chambre dans un appartement du centre-ville, une adresse qu’elle devra partager avec d’autres locataires. Bien qu’il s’agisse d’une colocation, le loyer du premier mois est élevé : 949 $.

Lors du déménagement, soit quelques valises, elle découvre que sa chambre est encore en chantier. De plus, l’un des locataires refuse qu’elle emménage dans l’appartement. La police intervient, mais les agents ont laissé les locataires régler ce problème entre eux.

Lorsque le président de Roominex intervient, il choisit d’expulser la ressortissante saoudienne et garde son argent. Salwa Alzahrani a filmé la scène sur son téléphone cellulaire. « Vous aurez votre argent quand vous me remettrez les clés. Je reviens avec mon chéquier et je veux voir vos bagages au rez-de-chaussée », dit Christian Levasseur sur cette vidéo.

« Il m’a dit qu’il allait me payer par chèque, mais comme je ne lui faisais plus confiance, j’ai demandé qu'il me rembourse en argent comptant », nous a expliqué Salwa Alzahrani. Elle n’a jamais revu la couleur de son argent.

C'était un choc pour moi, je ne m’attendais pas à ce qu'une chose pareille arrive au Canada.

Salwa Alzahrani
Christian Levasseur.Christian Levasseur Photo : Facebook

« C’est extrêmement malhonnête »

Christian Levasseur n’est pas propriétaire, mais locataire des logements. Son modèle d’affaires consiste à sous-louer les chambres de ses logements, une par une. Il empoche le loyer de ses chambreurs, mais lui-même ne paie pas toujours son loyer.

L’organisme d’éducation et d’information logement de Côte-des-Neiges (OEIL) accumule les plaintes contre Christian Levasseur depuis deux ans.

C'est extrêmement malhonnête, selon la présidente de l’organisme, Kimmyanne Brown. « Il met ses sous-locataires dans le trouble, parce que si le locateur obtient une résiliation de bail, les sous-locataires sont obligés de quitter le logement. Et eux, ils ont payé, et pas un petit montant! »

La clientèle de Christian Levasseur est constituée notamment d’étudiants étrangers et de demandeurs d’asile comme Salwa. « Les préjudices financiers qu'il a fait subir à tout ce monde-là, c’est effroyable », souligne Kimmyanne Brown.

Le reportage de François Dallaire et France Larocque est diffusé le 2 avril à l’émission La facture sur ICI TÉLÉ.

Plusieurs poursuites contre Christian Levasseur

À la Régie du logement, les plaintes et les jugements s’additionnent contre Christian Levasseur.

Certains propriétaires, comme Mathieu St-Germain, ne savaient même pas que leur logement serait transformé en maison de chambres. Alerté par une voisine, Mathieu St-Germain a découvert que Christian Levasseur n’habitait pas son logement, que des locataires inconnus s’y trouvaient, que des cadenas avaient été placés sur les portes des chambres et même qu’un mur avait été construit entre le salon et la cuisine.

Mathieu St-Germain.Mathieu St-Germain Photo : Radio-Canada / La facture

J'ai trouvé sur place une affiche qui expliquait les règlements de la compagnie Roominex, et il avait construit un mur pour ajouter deux chambres à coucher!

Mathieu St-Germain, propriétaire

Six mois plus tard, la Régie du logement ordonne l’expulsion de tous les occupants. Au moment de l’éviction, cinq chambreurs habitaient son logement. « Il m’a mis en confiance, il m'a amadoué, je me suis fait avoir, solide. Je me suis vraiment fait avoir! » lance Mathieu St-Germain.

Une cuisine sale et mal entretenue.Le logement de Mathieu St-Germain a été transformé en maison de chambres à son insu par Christian Levasseur. Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Mathieu St-Germain

Christian Levasseur ou sa compagnie Roominex font face à plusieurs poursuites civiles intentées par différentes entreprises pour un total de plus de 250 000 $. Il fait face aussi à des accusations de méfaits et de vol.

Malgré le nombre de plaintes à la Régie du logement, rien ne semble arrêter Christian Levasseur. Plusieurs sites Internet portent sa signature, comme Standard Stays, Sanno, first.ca. L’OEIL souhaite que la police prenne le relais.

Kimmyanne Brown.Kimmyanne Brown, présidente de l’Organisme d’éducation et d’information logement de Côte-des-Neiges (OEIL) Photo : Radio-Canada / La facture

Toujours en attente d’une décision du ministère de l’Immigration, Salwa Alzahrani ignore dans quelle ville elle réalisera son rêve canadien.

Quant à Christian Levasseur, introuvable même pour des huissiers, il donne maintenant comme adresse un espace partagé au 3 place Ville-Marie, bien pratique pour qui cherche l’anonymat.

Au Canada, « la vie n'est pas rose »

Salwa Alzahrani a publié sa mésaventure avec Christian Levasseur sur certains réseaux sociaux. Son histoire a été relayée en Arabie saoudite et commentée par certains médias saoudiens. L’un d’entre eux a même mis en garde les jeunes filles qui seraient tentées d’imiter le geste de Salwa. « Que les filles tirent une leçon de cette histoire. Cette fille qui faisait les louanges de la liberté au Canada a échoué à sa première expérience de vie là-bas. Elle a eu un choc, car elle a découvert que la vie là-bas n’est pas rose comme les filles ici le pensent. La patrie est beaucoup mieux pour vous. »

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