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Bouteflika lâché par l'armée algérienne

Le reportage de Sylvain Desjardins
Radio-Canada

Le chef d'état-major de l'armée algérienne demande à ce que le président Abdelaziz Bouteflika soit déclaré inapte à gouverner, afin de « sortir de la crise » engendrée par les manifestations pacifiques contre son maintien au pouvoir qui secouent le pays depuis plus d'un mois.

Dans un discours retransmis à la télévision nationale, le général Ahmed Gaïd Salah a réclamé plus spécifiquement que soit engagée la procédure prévue par l'article 102 de la Constitution, qui explique la procédure à suivre lorsque le chef de l'État « pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions ».

L'article en question stipule qu'il revient au Conseil constitutionnel du pays de vérifier cet état de fait et, le cas échéant, de proposer « à l'unanimité au Parlement de déclarer l'état d'empêchement ». Saisi de cette proposition, le Parlement, constitué de deux chambres, doit l'approuver aux deux tiers de ses membres.

Une fois cette approbation donnée, la Constitution prévoit que le pouvoir est confié « pour une période maximale de 45 jours » au président du Conseil de la Nation, la chambre haute du Parlement. Cette fonction est assumée depuis maintenant près de 17 ans par Abdelkader Bensalah.

Si l'inaptitude du président se poursuit au terme de cette période de 45 jours, son poste doit être déclaré vacant « par démission de plein droit ». Le mandat du président du Conseil de la Nation est alors prolongé « pour une durée de 90 jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées ».

Le président du Conseil constitutionnel est Tayeb Belaiz, un conseiller du président Bouteflika qui est considéré comme l'un de ses fidèles, à l'instar du général Ahmed Gaïd Salah.

Affaibli depuis 2013 par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral qui ont rendu ses apparitions publiques rarissimes, le président Bouteflika, âgé de 82 ans, est confronté à une fronde populaire sans précédent depuis son arrivée à la tête de l'État, en 1999.

Dans ce contexte, il devient nécessaire, voire impératif, d’adopter une solution pour sortir de la crise qui répond aux revendications légitimes du peuple algérien et qui garantit le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’État.

le général Ahmed Gaïd Salah, dans un communiqué du ministère de la Défense

Une autre stratégie pour gagner du temps

Seuls quelques klaxons ont accueilli l'annonce du général Ahmed Gaïd Salah à Alger, selon des journalistes de l'AFP.

Les manifestations contre le président, menées par la jeunesse algérienne, trouvent leur source dans la volonté d'Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Elles se sont poursuivies après que le président eut décidé de ne pas aller de l'avant, mais de prolonger son mandat actuel en attendant qu'une nouvelle Constitution soit adoptée.

« Il n'y aura pas de cinquième mandat [...], mon état de santé et mon âge ne m'assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l'assise des fondations d'une nouvelle République », avait-il déclaré dans un message transmis par l'agence officielle APS.

La Constitution algérienne ne prévoit pourtant une telle prorogation qu’en situation de guerre, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. Cette ultime solution proposée par le camp Bouteflika a été totalement rejetée par les manifestants.

Une marée de gens, dont beaucoup portent les couleurs de l'Algérie, se tient dans une rue.Des manifestants sont descendus dans les rues d'Alger mardi pour exiger le départ de Bouteflika, parmi d'autres réformes. Photo : Reuters / Ramzi Boudina

La rue algéroise est aussi demeurée circonspecte devant les propos du général Gaïd Salah en rapport avec l'article 102. Cette annonce « ne va pas régler la crise », a notamment soutenu Oumeima Khellaf, 24 ans, étudiante en tourisme.

Le peuple ne réclame pas uniquement le départ de Bouteflika, mais de tout le système.

Oumeima Khellaf, un étudiant d'Alger

Pour Mohand Chertouk, électricien de 36 ans, il s'agit « juste d'une tentative de gagner du temps ». Le départ de Bouteflika peut constituer un début de solution, mais il faut ensuite « un changement profond, sinon la crise va perdurer ».

Amine Iken, étudiant en gestion financière de 23 ans, estime aussi que « le pouvoir cherche juste à gagner du temps en tentant de calmer la rue ». Mais « les manifestations ne vont pas s'arrêter, car le peuple veut le départ de tout le système et pas seulement de Bouteflika », dit-il.

Même son de cloche parmi la classe politique, qui estime généralement que l'article 102 ne peut, à lui seul, régler la crise qui agite les rues de l'Algérie depuis maintenant plusieurs semaines.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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