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La Chine étend l'interdiction des importations de canola canadien à l’entreprise Viterra

Le reportage de Maxime Bertrand
Radio-Canada

La Chine a étendu, mardi, son interdiction d'importer du canola canadien aux produits de l'entreprise Viterra. Il s'agit de la plus récente interdiction en relation avec un conflit commercial plus vaste opposant les deux pays.

Viterra est le deuxième grand exportateur dont les produits font formellement l'objet d'une interdiction. Pékin a d’abord stoppé les expéditions du principal exportateur, Richardson International, au début du mois.

L'interdiction visant l'entreprise Viterra, basée en Saskatchewan, et des sociétés liées, a été annoncée par l'administration générale des douanes de Chine sur son site Web et est entrée en vigueur immédiatement.

Cela survient quelques jours à peine après qu'un groupe de l'industrie a déclaré que les importateurs chinois généralement n’étaient plus disposés à acheter des graines de canola canadiennes pour le moment.

La nouvelle de mardi vient davantage concrétiser ce discours, explique le président du Conseil canadien du canola, Jim Everson. « Nos exportateurs nous ont dit qu’il n’y avait plus de vente de grains en cours, que les importateurs chinois n'achètent plus, dorénavant, le canola canadien. Ça, c’est ce dont on parlait la semaine dernière et c’est une grande inquiétude. »

« Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est que les douanes chinoises ont pris de nouvelles mesures réglementaires contre une autre compagnie. »

Un homme, l'air déterminé, dans un bureau. Derrière lui, le logo du Conseil canadien du canola.Jim Everson est le président du Conseil canadien du canola. Photo : Radio-Canada / Jeff Stapleton

Bientôt une délégation en Chine?

Le premier ministre Justin Trudeau, de passage à Winnipeg mardi où il rencontrait justement les dirigeants de Richardson International, est « préoccupé » par la situation, qu’il dit prendre « très au sérieux ». « C'est certain que oui, on est en train de vivre des moments de défis diplomatiques avec la Chine et on [sait] que les échanges commerciaux entre la Chine et le Canada sont importants pour notre économie et sont importants pour la Chine aussi. »

Les deux pays sont aux prises avec un différend impliquant la directrice financière du géant des télécommunications chinois Huawei, qui fait face à des accusations criminelles aux États-Unis.

Les autorités douanières chinoises soutiennent, pour justifier leur décision par rapport au canola, qu’elles ont découvert des parasites dangereux dans les importations de canola en provenance du Canada.

La compagnie Richardson a déjà déclaré que son canola répond aux exigences réglementaires.

Gros plan sur Justin Trudeau, devant un lutrin, en conférence de presse, dans un local industriel.Justin Trudeau rencontre mardi à Winnipeg des dirigeants de la compagnie Richardson. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Dans leur déclaration mardi, les douanes chinoises ont indiqué que les ports de Dalian et de Nanning avaient à nouveau détecté plusieurs parasites dans des échantillons prélevés dans des cargaisons expédiées par Viterra Inc.

« Nous prenons au sérieux les préoccupations en matière de qualité et préconisons une approche scientifique rigoureuse pour tester nos exportations », a répondu un porte-parole de la compagnie Viterra dans une déclaration écrite mardi.

Interrogé à savoir si le Canada enverrait bientôt une délégation en Chine, le premier ministre Trudeau répond que cela fait partie des plans.

On sait que des représentations au niveau d'une délégation de haut niveau, ce serait utile dans ce processus, particulièrement pour souligner la science et les processus qu'on a en place ici au Canada.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Je veux souligner que le ministre Jim Carr, la ministre Marie-Claude Bibeau et Chrystia Freeland, qui a un père qui est fermier de canola justement, sont engagés directement dans cet enjeu. On veut voir des résolutions, on veut avancer. »

L’entreprise Viterra espère une résolution rapide à un problème qui « nuit à l’industrie et aux fermiers canadiens ». « Nous travaillons de près avec le gouvernement fédéral et le Conseil canadien du canola pour avoir plus d’informations sur la situation », ajoute-t-elle.

Les producteurs confiants de la qualité de leur produit

Yves Lapointe, producteur agricole à Sainte-Agathe dans le sud du Manitoba, rejette ces arguments sur la qualité du produit. Selon lui, la situation actuelle est purement politique et cette crise l’inquiète, d'autant plus qu'il lui reste encore un tiers de sa production de canola de l'an dernier à vendre.

Il en avait gardé une réserve, espérant obtenir un meilleur prix. « J'ai dirigé mes efforts à vendre mon autre grain qui valait plus à ce moment-là. Le blé, le blé d'Inde, les marges étaient meilleures. Mais maintenant que le canola continue à baisser, ça va peut-être changer mes rotations de récolte pour l'année prochaine », dit-il.

L'agriculteur fait principalement affaire avec Viterra qui a une usine de transformation située juste à côté de chez lui. Il demande aux politiciens d’agir rapidement pour sortir de l’impasse. « Le premier ministre devrait aider sa population à résoudre ce problème. »

Une installation agricole, avec le logo de Viterra.Les installations de Viterra à Sainte-Agathe, dans le sud du Manitoba. Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Jim Everson, du Conseil canadien du canola, se dit « perplexe » face aux inquiétudes soulevées « soudainement » par les Chinois.

Nous avons tout à fait confiance dans la qualité du canola canadien.

Jim Everson, président du Conseil canadien du canola

La Chine représente environ 40 % des exportations de graines, d'huile et de tourteaux de canola du Canada, selon le Conseil.

« Le marché chinois est plus important que les trois autres marchés suivants combinés, soit les États-Unis, le Mexique et le Japon », ajoute M. Everson.

L'usine de Viterra à Bécancour au Québec est responsable du traitement du canola et du soja, alors que celle de Sainte-Agathe, au Manitoba, transforme le canola en huile. La compagnie détient aussi une usine en Alberta.

Avec les informations de Camille Gris Roy, Patrick Foucault, Bartley Kives, et Reuters

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