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Bonnardel ne lâche rien devant l'industrie du taxi

Retour sur les hauts et les bas des permis de taxi avec Mathieu Prost.
Radio-Canada

S'il s'est dit « sensible » aux « cas humains » des chauffeurs de taxi faisant face à la perspective de perdre beaucoup d'argent, le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, a néanmoins opposé une fin de non-recevoir à toute bonification de l'enveloppe de 500 millions déjà offerte, à l'issue d'une rencontre avec les représentants de l'industrie, mardi.

Les discussions n'ont de toute évidence pas contribué à rapprocher les parties, qui sont restées campées sur leurs positions.

« On va déposer le projet de loi. On ne reculera pas », a-t-il martelé à la suite de la réunion d'une heure, qui s'est tenue dans les bureaux de son ministère, à Montréal. Il s'est toutefois dit prêt à l’améliorer.

L'immeuble où s'est tenue la rencontre était sous haute surveillance, mardi.L'immeuble où s'est tenue la rencontre était sous haute surveillance, mardi. Photo : Radio-Canada

Évoquant d’emblée une « rencontre courtoise, franche et polie » et une « très bonne discussion », il a insisté sur l’importance de « maintenir un canal de communication » entre son ministère et les conducteurs de taxi.

Il a précisé que son sous-ministre et les représentants de l’industrie se rencontreraient au cours des prochains jours pour discuter des modalités de répartition des 250 millions que propose le gouvernement caquiste dans son projet de loi, censé déréglementer l'industrie du taxi et régulariser Uber. Cette somme viendrait s'ajouter aux 250 millions déjà offerts par les libéraux.

Il faut « pérenniser l’industrie », a répété le ministre Bonnardel à plusieurs reprises.

Le ministre Bonnardel a tenu un point de presse après la rencontre, mardi. Le ministre Bonnardel a tenu un point de presse après la rencontre, mardi. Photo : Radio-Canada

Au moment où il rencontrait les représentants de l'industrie, il recevait l'appui du premier ministre, qui était à Québec.

« On est prêts à discuter avec les chauffeurs de taxi de la façon dont le 500 millions sera réparti entre les 7000 personnes. Je pense que les contribuables qui payent ce 500 millions font un effort considérable. C’est une offre qui est finale », a déclaré François Legault.

« Je trouve ça très généreux », a-t-il ajouté.

Le ministre Bonnardel avait déjà indiqué la veille que le montant proposé était une offre finale.

L'industrie se montre menaçante

Déplorant de ne pas avoir réussi à « raisonner » le ministre Bonnardel, le président du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec (RITQ), Abdallah Homsy, a dénoncé une « injustice » et un « projet inhumain », qui ne pouvait pas « passer dans une société comme le Québec ».

Les chauffeurs sont en faveur d'une modernisation de l'industrie, pas de sa mise à mort, a aussi déclaré devant les journalistes celui qui agit officieusement à titre de porte-parole de l’industrie du taxi.

« Je ne pense pas que le citoyen a donné le mandat à ce gouvernement de nous raser », a ajouté M. Homsy.

La situation risque de s’envenimer, a-t-il dit, sans donner de précisions, accusant le gouvernement de « s’attaquer à 9000 familles ».

L’énergie du désespoir, c’est très dangereux. Quand un être humain est poussé à protéger sa famille, il peut être un adversaire redoutable.

Abdallah Homsy, président du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec

« C’est M. Legault qui va être tenu responsable », a-t-il lancé.

Au moment de la rencontre entre le ministre Bonnardel et leurs représentants, des chauffeurs de taxi ont manifesté leur désaccord avec le projet de loi devant l'immeuble où elle se déroulait, brandissant des pancartes où on pouvait lire des messages comme « Le gouvernement est responsable de ma misère » ou « Bonnardel fout le bordel ».

Peu de temps après la rencontre, le RITQ a publié un communiqué dans lequel il martelait notamment un point qu'il ne cesse de rappeler depuis le dépôt du projet de loi. « [Le ministre] a expliqué [aux dirigeants de l’industrie du taxi] que les 250 M$ en compensation n’ont aucun lien avec le projet de loi 17, mais plutôt avec la perte de valeur entre 2014 et 2018. Il n’offre donc pas un cent pour la destruction de l’industrie », est-il écrit.

Des chauffeurs de taxi ont profité de la rencontre entre les représentants de l'industrie et le ministre Bonnardel pour faire connaître leur mécontentement. Des chauffeurs de taxi ont profité de la rencontre entre les représentants de l'industrie et le ministre Bonnardel pour faire connaître leur mécontentement. Photo : Radio-Canada

Ça brasse à Québec

À Québec, des dizaines de chauffeurs de taxi ont de nouveau perturbé la circulation, mardi matin.

Quelque 200 véhicules partis de l’arrondissement de Sainte-Foy ont entrepris vers 7 h de se diriger à très basse vitesse vers le parlement, en empruntant notamment le boulevard Laurier. Informés de leur trajet, des policiers ont bloqué les voies d’accès au boulevard pour leur laisser le passage.

Arrivés à destination, les chauffeurs ont mis le feu à des enseignes de taxi. Certains ont même lancé leurs pantalons dans les flammes pour exprimer « qu'ils perdent tout » avec la réforme planifiée. Ils ont ensuite repris la route en direction de l'aéroport Jean-Lesage. Ils devaient cesser leur manifestation et reprendre le travail à 13 h.

Ils sont particulièrement frustrés du fait que le gouvernement Legault refuse de les indemniser pleinement pour la valeur de leur permis de taxi, une obligation légale appelée à disparaître si le projet de loi 17 reçoit l’assentiment de l’Assemblée nationale.

Mon permis, c’est comme ma maison. Quelqu’un qui touche à ça, il va payer cher. Ce n’est pas des menaces, c’est des avertissements, parce que je suis prêt à tout.

Un chauffeur de taxi rencontré mardi matin à Montréal

Bon nombre d’entre eux ont versé des sommes avoisinant les 150 000 $ ou les 200 000 $ pour se procurer ces permis, quitte à s’endetter, et ils se retrouvent devant la perspective que cet investissement ne vaille plus rien si le projet de loi est adopté au terme du processus législatif habituel.

L’industrie du taxi du Québec recense environ 9000 détenteurs de permis de taxi au Québec et 12 000 chauffeurs. Elle soutient que la Commission des transports du Québec évaluait la valeur totale de ces permis à 1,3 milliard de dollars en décembre 2014, lorsqu'Uber a entrepris de s'implanter dans la province.

Avec les informations de Pascal Poinlane

Politique