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  • Envoyé spécial
  • Les « anges gardiens » d’Edward Snowden restés à Hong Kong appellent le Canada à l’aide

    Les explications de Frédéric Arnould
    Thomas Gerbet

    Viols, tortures, persécutions politiques.... Ils ont vécu les pires sévices dans le pays qu'ils ont fui, le Sri Lanka. Si ces cinq sans-papiers sont expulsés par Hong Kong en représailles à l'aide fournie au lanceur d'alerte Edward Snowden, ils craignent d'être tués. Ils supplient Ottawa d'accélérer l'étude de leurs dossiers.

    Il est minuit moins une et Ajith Pushpakumara le sent bien. Quand il marche dans les rues de Hong Kong, l’homme de 47 ans regarde avec une crainte apparente autour de lui.

    « Je suis très inquiet, je n’arrive pas à dormir, raconte Ajith. Quand vais-je être expulsé? Que va-t-il arriver à ma vie? »

    L’ancien soldat a déserté l’armée de son pays et craint d’y être exécuté. Les services secrets du Sri Lanka se sont même déplacés à Hong Kong pour tenter de le retrouver, après la médiatisation de l'aide qu'il a fournie à Edward Snowden en 2013.

    Quand il intègre l’armée sri-lankaise à l’âge de 18 ans, Ajith, comme beaucoup de jeunes recrues, est abusé par ses supérieurs, parfois sexuellement. Un jour qu’un camarade est laissé pour mort après un viol, il déserte.

    Sa cavale sera de courte durée. Il est repris et subit des tortures : coups, simulation de noyade, privation de sommeil...

    En 2003, il doit son salut à l’aide de sa famille qui paie un homme qui s’engage à l’amener au Canada. Mais le passeur l’abandonne à Hong Kong et s’échappe avec l’argent. Ajith n’a jamais revu sa fille depuis cette année-là, il y a 16 ans.

    L'avocat montréalais Guillaume Cliche-Rivard s'entretient avec Ajith, un des réfugiés qui a aidé Edward Snowden. L'avocat montréalais Guillaume Cliche-Rivard s'entretient avec Ajith, un des réfugiés qui a aidé Edward Snowden. Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

    À Hong Kong, Ajith survit sans papiers, mais son existence va sérieusement se complexifier à la suite de la cavale du lanceur d’alerte Edward Snowden.

    Le réfugié sri-lankais accepte la demande de son avocat Robert Tibbo d’héberger Edward Snowden durant une nuit. Il lui sert aussi de garde du corps lors de ses déplacements.

    Comme les autres « anges gardiens » de Snowden, les autorités hongkongaises rejettent sa demande d’asile et lui coupent l’aide sociale au début de 2017. Ajith se dit toutefois « heureux de l’avoir aidé » et il survit grâce au soutien financier de l’ONG montréalaise For the refugees.

    Même si son dossier de demande d’asile est toujours à l’étude au Canada, il n’a pas eu autant de chance que Vanessa Rodel et sa fille Keana qui ont obtenu la résidence permanente lundi soir.

    Pour le Canada, une mère monoparentale soulève moins d’enjeux sécuritaires qu’un ancien militaire.

    Guillaume Cliche-Rivard, avocat For the regfugees.

    La durée de traitement moyenne d’une demande d’asile au Canada est de 54 mois. Les demandes de tous les « anges gardiens » ont été déposées il y a 27 mois, mais seules celles de Vanessa et de sa fille Keane ont été autorisées pour le moment.

    Une famille en détresse

    Supun tient son fils Dinath dans les bras, aux côtés de sa femme Nadeeka, juste après avoir appris le rejet de leur demande d'asile à Hong Kong, en 2017.Supun tient son fils Dinath dans les bras, aux côtés de sa femme Nadeeka, juste après avoir appris le rejet de leur demande d'asile à Hong Kong, en 2017. Photo : Getty Images / Nora Tam/South China Morning Post

    Alors qu’Ajith est toujours en procédure d’appel du refus de Hong Kong de lui accorder l’asile, l’appel de Supun Kellapathaen a été bel et bien rejeté.

    Le père de famille de 34 ans peut être arrêté et expulsé à tout moment. « C’est une question de semaines, voire de jours », croit l’avocat montréalais qui le conseille, Guillaume Cliche-Rivard.

    Supun a fui le Sri Lanka en 2005 après avoir été brutalisé par un gang et menacé de mort en raison de son soutien au principal parti d’opposition.

    Sa femme Nadeeka, 34 ans également, a fui en 2007. Au Sri Lanka, l’homme avec qui elle vivait n’avait pas les mêmes opinions politiques qu’elle. Il la battait, l’agressait. La jeune femme a emprunté de l’argent à un bandit pour prendre un avion pour Hong Kong. Elle n’a jamais réglé sa dette.

    Les deux réfugiés sri-lankais se sont rencontrés à Hong Kong et ont eu une fille et un fils apatrides, Sethumdi, 7 ans et Dinath, 2 ans.

    En conférence de presse, mardi, à Toronto, Vanessa Rodel a révélé que Supun Kellapathaen est également le père de sa fille Keana. Elle a demandé à Ottawa de lui accorder l'asile, avec ses deux filles.

    « Je ne veux pas qu’ils soient laissés de côté, parce que la situation est vraiment mauvaise à Hong Kong. J’espère qu’ils comprennent que la situation est difficile pour eux », a-t-elle dit.

    Un avocat de l'organisme For the Refugees a martelé le même message. « Le Canada [...] a déjà été très généreux en accordant sa protection à deux personnes. Il faut se demander maintenant : est-ce qu’on va permettre à ces enfants-là d’être réunis ou est-ce qu’on va laisser une famille être séparée à jamais? »

    L'avocat de Supun Kellapathaen, Guillaume Cliche-Rivard, abonde dans le même sens. « On s’entend qu’une fille doit pouvoir grandir avec son père, même chose avec ses demies-soeurs. [...] Les liens familiaux c'est tout ce qu’il reste à ces gens-là », dit-il.

    Sethumdi, la fille de Supun et Nadeeka, attend à l'extérieur d'une salle d'audience où ses parents font appel du rejet de leur demande d'asile à Hong Kong, en juin 2018.Sethumdi, la fille de Supun et Nadeeka, attend à l'extérieur d'une salle d'audience où ses parents font appel du rejet de leur demande d'asile à Hong Kong, en juin 2018. Photo : AFP / Philip Fong

    Si vous comprenez qu’on peut y arriver pour un dossier, vous comprenez que tous ces gens méritent d’être protégés.

    Edward Snowden, en entrevue à Radio-Canada

    Le gouvernement Trudeau indique que les dossiers de demandes d’asile sont toujours en traitement et il ne prévoit pas d’intervention politique pour les accélérer.

    Une ambulance vient chercher Supun pour l'hospitaliser.Une ambulance vient chercher Supun pour l'hospitaliser. Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

    Alors que nous avions rendez-vous avec Supun et sa famille, nous avons été accueillis par une ambulance. L'homme a été hospitalisé pour détresse psychologique. Pour le père de famille, l’angoisse de l’attente est de plus en plus invivable.

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