•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Santé Canada rouvre le dossier des implants mammaires

Une infirmière tient dans sa main un implant mammaire.

Un implant mammaire

Photo : iStock / Poplasen

Madeleine Roy

Santé Canada entreprend un nouvel examen de la sécurité des implants mammaires. Cela survient à la suite de pressions exercées par une poignée d'activistes canadiennes et d'une série de reportages réalisés par Enquête, CBC, le Toronto Star et le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ).

Lundi, quatre militantes canadiennes ont témoigné dans le cadre d’audiences publiques organisées par le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) portant sur les risques potentiels à long terme des implants mammaires.

« Je suis devant vous aujourd'hui parce que des femmes sont en train de mourir à cause de leurs implants », a dit la Québécoise Julie Elliott, qui soutient avoir développé la « maladie des implants mammaires ».

« Le sentiment de trahison qu’on ressent, quand on a ce cancer associé aux implants, est amplifié par la campagne de relations publiques arrogante de l’industrie », a ajouté l’Ontarienne Terri McGreggor.

Les deux femmes étaient accompagnées de l’Albertaine Dawn Criss, aussi victime du cancer associé aux implants mammaires, et de la Britanno-Colombienne Nicole Daruda, qui a fondé la plus grande communauté virtuelle de victimes d’implants mammaires sur Facebook, comptant 70 000 femmes.

Les quatre femmes lors de leur passage au Maryland.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Julie Elliott, Dawn Criss, Terri McGregor et Nicole Daruda après leur témoignage aux audiences publiques organisées par le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques

Photo : Rob Cribb / Toronto Star

La « maladie des implants mammaires »

Les quatre Canadiennes sont arrivées dans la capitale américaine galvanisées. Au terme d’une rencontre privée ayant eu lieu vendredi dernier, Santé Canada leur avait annoncé son intention de faire une nouvelle analyse des risques potentiels des implants mammaires.

Au-delà des risques de cancer, Santé Canada s’est engagé à regarder de plus près la panoplie de symptômes d’ordre immunitaire rapportés par de nombreuses femmes qui disent souffrir de la « maladie des implants mammaires ».

C’était inespéré pour les militantes. En novembre dernier, le docteur Éric Bensimon, président de l’Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, avait déclaré à Enquête que le dossier de la maladie des implants mammaires était fermé depuis au moins 15 ans. Qu’on avait déterminé qu’il n’y avait pas de lien entre les symptômes des femmes et leurs implants.

« On en a fait du chemin en quelques mois. On a vraiment été entendues. C’est toute une victoire », estime Julie Elliott.

Le retrait des implants à surface texturée

Tout au long de la journée d’audiences de la FDA, il a été demandé à maintes reprises de retirer du marché tous les implants à surface texturée qui sont associés à presque l'ensemble des cas de lymphome anaplasique à grandes cellules, le cancer des implants mammaires.

Il a aussi été mentionné qu’une telle action causerait un préjudice aux femmes qui optent pour la reconstruction après une mastectomie. Les implants texturés conviennent mieux à ces patientes parce qu’ils sont plus stables dans la poitrine.

Le consentement éclairé

L’un des grands constats de la journée de lundi est que les femmes ne reçoivent pas toute l’information qu’elles devraient recevoir avant de consentir à la pose d’implants mammaires.

On ne leur parle pas des taux de réopération assez élevés – surtout dans les cas de reconstruction à la suite d’un cancer du sein –, des risques de développer des symptômes de maladies auto-immunes, du fait que les implants peuvent crever sans qu’on s’en aperçoive, et qu’on doit les remplacer après un certain nombre d’années.

Plusieurs personnes qui ont pris la parole ont proposé des mesures obligatoires visant à s’assurer que chaque femme reçoit toute l’information nécessaire sur les risques et les bénéfices, de façon à lui permettre de donner un véritable consentement éclairé.

Un registre national

Patientes, médecins et scientifiques présents dans la salle d’audience s’entendaient sur une chose : la pertinence, pour chaque pays, de se doter d’un registre des implants mammaires qui permettrait de récolter de précieuses données et de mieux mesurer les risques et les bénéfices à long terme des implants.

On a évoqué la possibilité que chaque implant soit muni d’un code-barres et qu'il soit inscrit au registre dès l'implantation, afin que chaque symptôme, complication, réopération ou explantation soit colligé. Une tâche colossale, quand on pense qu’aux États-Unis seulement, on procède à quelque 300 000 augmentations mammaires et près de 100 000 reconstructions mammaires chaque année. Bon nombre de panélistes ont exprimé leurs doutes sur la faisabilité de l’entreprise.

Les audiences du Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques se poursuivent mardi.

Dossier implants

En novembre dernier, Radio-Canada, CBC et le Toronto Star – en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation – ont publié plusieurs reportages sur les dispositifs médicaux, dont les implants mammaires.

À lire aussi :

Retrouvez tous les contenus de l'émission Enquête

Santé publique

Santé