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analyse

Le rapport Mueller, les démocrates et le risque de s’acharner

La démocrate Nancy Pelosi sort d'un caucus de son parti  à Washington, entourée de plusieurs personnes.
La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a affirmé la semaine dernière que le président Trump ne valait pas la peine d'être destitué. Photo: Reuters / Joshua Roberts
Raphaël Bouvier-Auclair

L'enquête Mueller terminée, les démocrates font maintenant face à un défi de taille. Comment maintenir la pression sur le président Trump tout en évitant de se faire accuser d'acharnement et de s'aliéner une partie de l'électorat?

« C'est un coup d'État partisan qui deviendra une infamie dans l'histoire de notre nation. »

Cette citation n’est pas celle d’un élu républicain en 2019. C’est un démocrate qui a tenu ces propos, il y a 20 ans.

Sur le plancher de la Chambre des représentants, en 1999, l’élu new-yorkais Jerry Nadler se portait ainsi à la défense du président Bill Clinton, qui faisait l’objet d’un processus de destitution. M. Nadler et ses collègues étaient nombreux à dénoncer un acharnement républicain à l’endroit d’un président démocrate.

Aujourd’hui, c’est ce même Jerry Nadler qui, à la tête de la commission judiciaire de la Chambre, a la responsabilité de mener des enquêtes sur le président Trump.

Après la publication par le procureur général des conclusions du rapport Mueller, M. Nadler a rapidement annoncé qu’il allait « se battre pour plus de transparence ».

Les démocrates ne manquent pas de souligner que si le procureur spécial n’a pas établi de preuve de collusion, il ne tranche pas sur une possible entrave à la justice. Ils réclament donc l’ensemble du rapport et les documents qui ont permis à Robert Mueller de parvenir à ses conclusions.

Le procureur général des États-Unis, William Barr, sera aussi appelé à témoigner devant le Congrès.

Forts de leur majorité à la Chambre des représentants, les démocrates ont récemment lancé d’autres enquêtes à propos du président et de son entourage.

Mais, en multipliant leurs efforts, pourraient-ils se faire accuser du même acharnement qu’eux-mêmes reprochaient aux républicains dans les années 1990?

Le contexte et la nature des enquêtes sont évidemment différents, comme le souligne à Radio-Canada Jeffrey Engel, du Centre sur l’histoire présidentielle, à Dallas.

À l’époque, le rapport très détaillé, d’environ 450 pages, de Kenneth Starr sur les agissements de Bill Clinton avait été rendu public. Depuis, la loi qui régit ce genre d’enquête a changé et, dans le cas présent, le Congrès ne dispose pour l’instant que d’un résumé de quatre pages rédigé par le procureur général, nommé par le président.

Jeffrey Engel, qui croit que les démocrates ont raison de vouloir obtenir plus de détails sur le rapport Mueller, estime qu’aborder un processus de destitution pourrait toutefois leur faire perdre des plumes auprès de l’électorat. La semaine dernière, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a affirmé que le président Trump ne valait pas la peine d’être destitué.

Ils [les démocrates] se feront de toute façon accuser d’acharnement. Je pense que pour le grand public, tant qu’ils ne tenteront pas d’aller plus loin avec l’information qui est disponible en ce moment, ça ira.

Jeffrey Engel, Centre sur l’histoire présidentielle

Dans le camp républicain, les attaques à l’endroit des démocrates sont déjà lancées. La porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders, qui se dit ouverte à la publication du rapport Mueller, accuse les adversaires du président de ne pas se satisfaire des résultats d’une enquête qui a coûté des millions de dollars.

Ce n’est jamais assez pour les démocrates. C’est scandaleux.

Sarah Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche

Pour limiter la portée de ce genre d’attaques, certains démocrates croient qu’il faut mettre l’accent sur d’autres questions.

« L’élection de 2018 n’avait rien à voir avec le rapport Mueller », a par exemple noté sur Twitter Jen Psaki, ancienne directrice des communications de Barack Obama, soulignant que c’est en parlant notamment de santé que les démocrates ont réussi à faire des gains lors des élections de mi-mandat.

« Nous pouvons marcher et mâcher de la gomme en même temps », répond le représentant Ro Khanna. L’élu californien croit qu’il est à la fois possible d’aborder les enjeux chers aux électeurs, tout en assurant un rôle de contrepoids politique à l’administration Trump.

Quelle est la stratégie législative à adopter d’ici le prochain scrutin présidentiel? Chez les démocrates, le débat est lancé.

Donald Trump, président des États-Unis

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