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Profilage ethnique : poursuite de 200 000 $ contre la police de Repentigny

René Saint-Louis

Un jeune homme de Repentigny qui soutient avoir été victime de profilage ethnique a déposé une série de plaintes devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Il réclame 200 000 $ à la Ville et au corps de police en dommages moraux et punitifs. Sa plainte n'est pas la seule qui vise la police de Repentigny.

Représenté par le Centre de recherche-action en relations raciales, Stanley Jossirain poursuit la Ville et la police de Repentigny pour 200 000$. Sur la photo il tient une liasse de contraventions reçues en 2018.Représenté par le Centre de recherche-action en relations raciales, Stanley Jossirain poursuit la Ville et la police de Repentigny pour 200 000$ Photo : Centre de recherche-action en relations raciales

Stanley Jossirain a déposé au total six plaintes pour autant d'incidents survenus en 2018. Le scénario est toujours le même et il dure depuis des années, dit-il : des policiers l'interceptent sans aucune raison et lui demandent de s'identifier.

La situation s'est gâtée lorsqu'après des dizaines d'interpellations, il a refusé de collaborer avec les policiers. Il s'est alors retrouvé avec 1500 $ de contravention pour refus de s'identifier et obstruction au travail d'un agent de la paix.

L'homme âgé de 23 ans a déjà porté plainte en déontologie policière, mais il n'a pas été satisfait du résultat. Il a donc choisi cette fois de se tourner vers la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Il a demandé au Centre de recherche-action en relations raciales, le CRARR, de le représenter.

L'organisme, dont le mandat est de promouvoir l'égalité raciale et de combattre le racisme, a pris le dossier en main et représente maintenant M. Jossirain.

Appel à tous

Le CRARR invite aussi les citoyens de Repentigny qui croient avoir été victimes de profilage à se manifester.

Le directeur général de l'organisme, Fo Niemi, souligne que le cas de Stanley Jossirain n'est pas le premier qui vise la police de Repentigny. Un deuxième dossier est devant le tribunal des droits de la personne et un troisième est à l'étape de la médiation : un autre jeune a approché l'organisme, ces derniers jours, au sujet d'une interpellation qui a eu lieu en novembre dernier.

Pour l'instant, ce sont des plaintes pour des enquêtes individuelles. Mais à un certain moment, il faut que la communauté de toutes les origines à Repentigny se réunisse et revendique une enquête systémique. Il y a des mesures statutaires, légales, qui peuvent être mises en place à cet égard. Commençons avec des cas individuels bien documentés, bien préparés, pour démontrer que ça existe. Mais ce ne sont pas des cas isolés.

Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action en relations raciales

Fo Niemi soutient que la Commission des droits de la personne et le ministère de la Sécurité publique ont le pouvoir d'exiger une enquête systémique sur les allégations de profilage de la police de Repentigny.

Le CRARR, ajoute-t-il, n'hésitera pas à demander une telle enquête.

Plan moyen des trois hommes.François Ducas, à gauche, en compagnie d'Alain Babineau, conseiller au Centre de Recherche-Action sur les relations raciale, et de Fo Niemi, le directeur général de l'organisme. Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Diminution du nombre d'interpellations

Les membres de la communauté haïtienne de Repentigny rencontrés en octobre et novembre, puis contactés de nouveau ce printemps affirment tous que les interpellations policières ont cessé depuis la médiatisation du dossier, l'automne dernier.

La directrice du Service de police de la Ville de Repentigny, Helen Dion, ne veut pas commenter les plaintes qui sont judiciarisées auprès de la Commission, mais dit travailler au rapprochement avec les communautés culturelles depuis un certain temps déjà.

Son service de police a même été proactif, dit-elle, car depuis janvier 2018, un comité composé de membres de la communauté haïtienne et de représentants du corps de police se réunit tous les mois.

Helen Dion explique que le comité a été « mis en branle avant, justement parce qu'on en avait entendu parler ». On voulait éviter des interprétations, ajoute-t-elle.

Que le message soit clair : à Repentigny, tant au service de police qu'au sein de la Ville, la discrimination sous toutes ses formes est non tolérée.

Helen Dion, directrice du Service de police de la Ville de Repentigny
Helen Dion dans son bureau, en uniformeHelen Dion, Directrice du Service de police de Repentigny Photo : Radio-Canada

La Ville a aussi dévoilé en novembre un Plan d'action du Service de police en matière de rapprochement avec les communautés culturelles. Un policier affecté aux communautés culturelles a notamment été nommé.

Repentigny sera la première ville du Québec à offrir à tous ses policiers une formation conçue par la Commission des droits de la personne. Elle aura lieu les 23 avril et 7 mai prochains.

Il y a 8000 Québécois d'origine haïtienne qui vivent à Repentigny sur une population de 84 000 habitants.

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