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  • Épormyable Claude Gauvreau

    Deux comédiens costumés de la pièce «La charge de l’orignal épormyable».
    Après une déconfiture en 1970, la pièce «La charge de l’orignal épormyable» a été découverte par le public du Théâtre du Nouveau Monde en 1974. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 27 mars marque la Journée mondiale du théâtre. À cette occasion, nous vous proposons de revenir sur une pièce qui, il y a 45 ans, secouait les spectateurs du Théâtre du Nouveau Monde : La charge de l'orignal épormyable.

    La charge de l’orignal épormyable est une œuvre du poète, dramaturge et polémiste québécois Claude Gauvreau.

    Écrite en 1956, la pièce de théâtre est montée pour la première fois en mai 1970 sur la scène du Gesù.

    Elle devra toutefois être interrompue après trois représentations en raison de la défection des rares spectateurs, suivie de celle des comédiens de la troupe du Groupe Zéro.

    C’est dans ce contexte que Claude Gauvreau est interviewé à l’émission Femme d’aujourd’hui du 13 mai 1970.

    Femme d'aujourd'hui, 13 mai 1970

    Questionné par la journaliste Renée Larochelle, le dramaturge Claude Gauvreau refuse de voir cette première présentation de sa pièce comme un échec.

    « Qu’une pièce aussi révolutionnaire que La charge de l’orignal épormyable ait pu être représentée trois fois », déclare-t-il « est une sorte d’exploit. »

    La journaliste souligne qu’il se décrit comme un positif de nature.

    En lisant le manifeste qui accompagnait la pièce, elle a perçu un certain optimisme à travers sa vision du travail.

    Le dramaturge confirme ses impressions.

    Il y a pour moi deux valeurs absolument vitales : l'amour et la création.

    Claude Gauvreau

    Et que signifie ce mot : épormyable?

    Épormyable, selon son auteur, veut dire « formidable et fantastique, dans un sens tout à fait singulier ».

    « Il fait partie de mes convictions de croire qu'on peut inventer des mots pour enrichir la langue », affirme Claude Gauvreau.

    La charge de l’orignal épormyable résonne

    C’est au printemps 1974, au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), que la pièce La charge de l’orignal épormyable trouve véritablement son public.

    Son auteur n’est toutefois plus de ce monde pour assister à ce dénouement.

    Claude Gauvreau est mort tragiquement le 7 juillet 1971, empalé sur une clôture après avoir chuté d’un immeuble.

    Au moment de son décès, Jean-Pierre Ronfard travaillait à la première mise en scène de sa pièce Les oranges sont vertes pour le Théâtre du Nouveau Monde. Elle sera présentée en janvier 1972.

    Du 8 mars 1974 au 7 avril 1974, toujours au TNM, c’est ainsi une seconde création de Claude Gauvreau que le metteur en scène Jean-Pierre Ronfard fait découvrir au public.

    Actualités 24, 25 mars 1974

    Le 25 mars 1974, le magazine d’information Actualités 24 s'intéresse à la pièce à l'affiche au Théâtre du Nouveau Monde.

    Le reportage de Joël Le Bigot présente d’abord des images de La charge de l'orignal épormyable, puis quelques déclarations troublantes faites par Claude Gauvreau sur sa conception.

    Cette pièce-là m’apparaissait comme la dernière œuvre que je pourrais créer.

    Claude Gauvreau

    Le dramaturge décrit le contexte d’écriture de la pièce comme la période « la plus douloureuse » de sa vie. Une période au cours de laquelle il se sentait « dévitalisé » après avoir été « profondément écrasé par les forces sociales en place ».

    Pour bien comprendre le discours de Claude Gauvreau, il peut être pertinent de savoir qu’il a été interné à plusieurs reprises.

    Après avoir vu la pièce au Théâtre du Nouveau Monde, son ami et poète Gérald Godin parle d’une œuvre encore plus déchirante que ce qu’il avait cru comprendre en la lisant. « C'est pire que je pensais comme drame, comme situation », exprime-t-il.

    Gérald Godin exprime son admiration pour l’œuvre de Claude Gauvreau, « un univers en soi, considérable et inconnu ».

    « Il a inventé une nouvelle langue », déclare le poète, « qui prendra des années à être comprise ».

    Le metteur en scène Jean-Pierre Ronfard parle pour sa part d’une pièce très riche aux différentes interprétations.

    Un sentiment qui semble être partagé par le public, cette fois bien au rendez-vous.

    Les spectateurs interviewés à chaud se disent tous fortement ébranlés, sans pour autant être convaincus d’avoir tout saisi de la charge de Claude Gauvreau.

    « Puisse la Charge de l'orignal épormyable guérir à jamais les jeunes artistes hypersensibles du romantisme néfaste – nourri peut-être par le prestige immense (d'ailleurs mérité) de Nelligan ou par toute autre cause – d'avoir l'envie de vivre eux-mêmes l'existence concentrationnaire! », concluait Claude Gauvreau dans le manifeste accompagnant la présentation de sa pièce en 1970.

    Claude Gauvreau

    • Claude Gauvreau naît à Montréal en 1925.
    • Après avoir étudié la philosophie à l'Université de Montréal, il est initié à l'art moderne par son frère, Pierre Gauvreau, qui le présente à Paul-Émile Borduas.
    • Dans les années 1940, le poète s’identifie aux automatistes, un groupe d'artistes inspirés par le surréalisme. Il fait partie de la quinzaine d’artistes signataires du manifeste Refus global qui secoue la société québécoise lors de sa publication le 9 août 1948.
    • À partir de 1952, après le suicide de la comédienne Muriel Guilbault, « sa muse incomparable », Claude Gauvreau connaît des troubles de santé mentale. Ces problèmes ne l'empêcheront pas d'inventer un langage poétique nouveau et de produire une importante œuvre théâtrale.
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