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analyse

Le rapport Mueller, une victoire pour Donald Trump

Le président américain fait un signe de pouce levé aux médias.
C’est une victoire pour Donald Trump, qui, depuis le début, déclare qu’il est victime d’une chasse aux sorcières, estime Christian Latreille. Photo: Reuters / Carlos Barria
Christian Latreille

Si Donald Trump cherchait un nouveau souffle en vue de sa campagne présidentielle de 2020, c'est ironiquement le procureur spécial qui le lui aura donné. Robert Mueller est incapable de dire que Trump et son entourage ont comploté avec les Russes et ne peut non plus conclure fermement que le président a fait entrave la justice.

Le résumé de quatre pages rendu public dimanche est une très bonne nouvelle pour le président américain.

Après 665 jours d’enquête, 2800 assignations à comparaître, 500 mandats de perquisition, 500 témoins, 19 avocats et 40 agents du FBI qui ont travaillé sous les ordres du procureur spécial, le président des États-Unis se sort drôlement bien de ce duel. C’est une victoire pour Donald Trump, qui, depuis le début, déclare qu’il est victime d’une chasse aux sorcières.

Le président américain pourra toujours affirmer aux électeurs : « Je vous l’avais bien dit. » Les quatre pages rendues publiques dimanche par le procureur général William Barr, qui résument les 21 mois d’investigation, sont assez claires : les Russes ont voulu influencer l’élection de 2016, mais aucune preuve ne confirme qu’ils l’ont fait en collaboration avec l’équipe du candidat républicain. Mueller ne peut conclure que le chef de la Maison-Blanche avait une intention criminelle d’entraver la justice.

Cette enquête spéciale a été lancée à la suite de multiples révélations concernant des proches de Donald Trump qui ont eu des contacts avec les Russes durant ou dans les mois précédant la campagne présidentielle. De plus, les nombreuses fleurs lancées par le président américain à Vladimir Poutine et son incapacité à critiquer celui-ci ont soulevé plusieurs questions et laissé planer le doute sur les liens entre les deux leaders.

La lettre de quatre pages. Au bas de la dernière est apposée la signature de William Barr.Le procureur général des États-Unis, William Barr, a résumé les conclusions du rapport Mueller dans une lettre de quatre pages remise aux membres du Congrès. Photo : Reuters / Jim Bourg

Les démocrates exigent de voir le rapport « complet »

Pour leur part, les démocrates réclament le rapport au complet et rejettent le résumé du procureur général William Barr, nommé par Donald Trump. Barr, qui a lui-même critiqué l’enquête Mueller avant d’être nommé à la tête du département de la Justice.

Tout est dans les détails, c’est vrai. Les démocrates vont peut-être découvrir dans le rapport Mueller d’autres éléments qui pourraient nuire au président, mais l’option de la destitution devient de moins en moins crédible et plausible.

Il est juste de mentionner que plusieurs autres enquêtes et actions en justice sont en cours contre le président, surtout concernant ses finances et ses affaires personnelles. Les problèmes de Donald Trump ne sont pas encore terminés. Certaines commissions de la Chambre dirigées par les démocrates vont fouiller jusqu’à la lie pour chercher des noises au chef de la Maison-Blanche.

Cependant, cette insistance pourrait être interprétée comme de l’acharnement et devenir dommageable pour les démocrates en train de se choisir un candidat pour l’élection de 2020. Les Américains en ont assez d’entendre parler de la Russie et des frasques de Trump. L’opinion publique semble désensibilisée à tout ce bruit qui meuble le quotidien du pays depuis novembre 2016.

Les républicains en mode attaque

Les conclusions contenues dans ce résumé sont de la musique aux oreilles des républicains et de l’administration Trump. Kellyanne Conway, une conseillère du président, déclarait dimanche qu’il venait de gagner pour une deuxième fois l’élection présidentielle. C’est en effet un très gros nuage qui se dissipe tranquillement au-dessus de la tête du milliardaire.

Les républicains passent donc en mode attaque. Ils ne se priveront pas de citer jusqu’à plus soif les conclusions de Robert Mueller. Ce dernier et William Barr seront certainement appelés à témoigner devant le Congrès. On sera alors en mesure de voir si leurs versions des faits concordent ou si Barr a embelli la réalité en faveur de son nouveau patron. Le cas échéant, c’est la crédibilité du département de la Justice qui serait entachée.

Donald Trump, président des États-Unis

Chose certaine, les démocrates perdent une arme redoutable contre le président. Eux qui avaient beaucoup misé sur des conclusions négatives ne pourront maintenant invoquer le rapport du procureur spécial sans déclencher de cinglantes ripostes des républicains, qui ne manqueront pas de souligner la mauvaise foi de leurs adversaires.

Le résumé présenté ce dimanche ne signifie pas que les soupçons soulevés par l’entourage de Trump durant la campagne étaient dénués de fondement. Par contre, le chef de la Maison-Blanche vient de remporter une première manche, et cette victoire ne fait que renforcer sa réputation d’homme politique téflon.

Les scandales passent, les tempêtes soufflent et Donald Trump résiste, à peine décoiffé.

Christian Latreille est correspondant pour Radio-Canada à Washington.

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