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« Je n’ai plus peur de lui » - Donald Duguay, victime alléguée d’Éric Salvail

Gros plan de Donald Duguay sur le plateau de l’émission «Tout le monde en parle».
La plainte de Donald Duguay contre Éric Salvail a mené à des accusations contre l’artiste : agression sexuelle, séquestration et de harcèlement criminel. Photo: Radio-Canada
Yannick Donahue

La présumée victime de l'animateur et producteur Éric Salvail, Donald Duguay, est sortie de l'ombre et a pris la parole publiquement dimanche soir sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle.

Parmi les 12 plaintes qui ont été déposées aux autorités contre Éric Salvail, une seule a été retenue : la sienne. La plainte de Donald Duguay a mené à des accusations contre l’artiste, soit agression sexuelle, séquestration et de harcèlement criminel.

L’homme reconnaît que cela constitue une lourde responsabilité à porter. Il a dit ne pas avoir rencontré une seule des autres présumées victimes.

Les faits reprochés se seraient produits sur une période de six mois, en 1993, alors que les deux travaillaient au service du courrier à la Maison de Radio-Canada, à Montréal.

À ce moment, Donald Duguay n’a pas porté plainte à la police pour diverses raisons : il craignait les répercussions de son employeur en raison de son statut de travail précaire, il n’avait pas encore révélé à son entourage qu’il était homosexuel, il était jeune et porter plainte pour une agression sexuelle était difficile à l’époque.

« J’ai pensé aller à la police. J’étais en route pour y aller le lundi suivant, mais la peur, la honte… On ne sait pas si on va être cru. Le trouble intérieur est déjà tellement bien ancré qu’on est déjà déstabilisé au point où, souvent, fermer le couvercle semble la meilleure solution », a-t-il admis.

Un long processus

Il a fallu 25 ans à Donald Duguay avant de s’avouer à lui-même être une victime.

Dans ma tête, j’avais échappé au pire. Ayant échappé au pire, on se dit qu’il n’y a pas de conséquences. […] Accepter de se dire victime, c’est très difficile. On ne se dit même pas survivant, on se dit que c’est arrivé, c’est tout.

Donald Duguay

Le déclic, raconte-t-il, s'est fait lors de la publication d'une enquête dans La Presse qui révélait que l’animateur faisait l’objet d’allégations d'inconduite sexuelle. Une dizaine de personnes alléguaient qu’il aurait commis des gestes à caractère sexuel inappropriés. L’article a rouvert la plaie qu’il essayait de couvrir.

Il existe bel et bien des répercussions à avoir été victime d’agression sexuelle, assure Donald Duguay.

« On pense que cela n'a aucune incidence dans notre vie, alors qu’émotionnellement, psychologiquement, on est comme un avion qui tranquillement se désagrège, on perd les moteurs, les boulons se défont. On plane pendant un certain temps, mais à un moment donné, on n’arrive plus à planer », a-t-il confié.

L’homme a admis avoir souffert de dépression, de tristesse, avoir vécu dans la peur, commis des tentatives de suicide, connu des arrêts de travail, etc.

« La parole des victimes charcutée sur la place publique »

Il a dû demander l’autorisation au Directeur des poursuites criminelles et pénales pour pouvoir accorder des entrevues aux médias. D’ailleurs, on lui a déconseillé de donner des entrevues.

« C’est toujours risqué, parce que tout ce qu’on va dire va être décortiqué par l’avocat de la défense. Chacun des fils va être utilisé contre nous, soit pour miner notre crédibilité ou quoi que ce soit. De toute façon, on l’entend beaucoup, c’est la parole de l’un contre l’autre. Mais c’est rarement vrai. C’est souvent la parole de la victime qu’on va charcuter sur la place publique », a-t-il affirmé.

Malgré le risque, Donald Duguay n’avait plus envie de se cacher et souhaite désormais assumer ce qu’il dit avoir subi.

Je veux faire bas les masques. Pour moi, c’est vraiment une façon de relever la tête. Aujourd’hui, je me rends compte de ce qui a été semé en moi en 1993. Je prends toute cette récolte, qui ne m’appartient pas et qui est complètement pourrie, et je lui redonne.

Donald Duguay

En prenant la parole, il dit ressentir davantage de compréhension de son entourage sur ce qu’il a vécu.

Donald Duguay dit ne plus craindre Éric Salvail.

« Je n’ai plus peur de lui. Je dirais que j’ai passé un an et demi entre le moment où j’ai déposé plainte et la mise en accusation à avoir très peur. J’étais prostré chez moi dans mon choc post-traumatique. Maintenant, je n’ai plus peur, je relève la tête et j’ai hâte au procès », a-t-il déclaré.

De plus, il étudie la possibilité d’intenter une poursuite au civil contre Éric Salvail.

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