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Cri du cœur pour sauver la vache patrimoniale du Québec

On voit une vache de face, en gros plan. Plus loin dans le champ se trouvent d'autres vaches.
Les vaches canadiennes ont souffert de la concurrence des vaches laitières importées qui produisent davantage de lait. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Il reste à peine 200 vaches de race canadienne « pur-sang » au Québec sur environ 1000 toujours vivantes sur la planète et la moitié de ce cheptel ancestral pourrait aboutir à l'abattoir au cours des prochains jours. Depuis l'adoption de la loi sur les races animales du patrimoine agricole du Québec il y a 20 ans, la situation de la vache canadienne – seule race laitière à s'être autodéveloppée sur le continent nord-américain – n'a jamais été aussi critique.

Un texte de Brigitte Lévesque

Le cri d’alarme vient de la Fédération de producteurs des races patrimoniales du Québec (FPRPQ), un organisme à but non lucratif qui se consacre à la sauvegarde de la vache canadienne, du cheval canadien et de la poule Chantecler, trois races reconnues dans la loi provinciale, mais menacées de disparaître, la vache étant celle « qui est la plus en danger sur les trois », souligne sa secrétaire-trésorière, Mélanie Gagné, dans une vidéo publiée sur la page Facebook de la FPRPQ.

Agenouillée aux côtés d'un nouveau-né « pur sang », l’éleveuse peine à se réjouir de sa présence, puisqu'elle raconte avoir appris au même moment qu’« environ 100 sujets, répartis sur deux différents troupeaux, allaient prendre le chemin de l’encan, d’ici la mi-avril, parce que leurs propriétaires éprouvent des ennuis de santé pour l’un et des soucis financiers pour l’autre ».

Perdre plus de la moitié du cheptel “pur sang” de la race canadienne, ce serait assurément donner le coup de grâce à cette race-là, qui est déjà dans une situation extrêmement précaire.

Mélanie Gagné, éleveuse

La Fédération a donc lancé un appel d’aide urgente sur les réseaux sociaux pour obtenir les fonds nécessaires afin d’acquérir rapidement ces animaux, « parce qu’on sait très bien que, pour la majorité d’entre eux, ils ressortiront de l’encan dans le camion qui les mènera directement à l’abattoir », du fait que les vaches sont moins productives, soutient Mélanie Gagné dans sa vidéo.

En entrevue à l'émission RDI week-end, dimanche, Mélanie Gagné a précisé qu’un élan de solidarité a suivi la publication de sa vidéo, au point où toutes les vaches rescapées pourraient trouver refuge dans des fermes d’accueil. Mais encore faut-il avoir les fonds pour les acheter. Et le temps presse, puisqu’un premier lot d’une douzaine de vaches patrimoniales doit partir à l’encan dès mardi.

Une campagne de sociofinancement a été mise en ligne avec un objectif de 150 000 $. À ce sujet, Mélanie Gagné dit avoir été en communication avec le cabinet du ministre québécois de l’Agriculture, André Lamontagne.

« On m’a dit que le message a été entendu, que normalement on aurait des réponses en début de semaine », a ajouté la porte-parole de la FPRPQ.

Une loi reconnaissante qui ne protège pas

Le bovin canadien est le descendant des races françaises qui faisaient partie des paysages normand et breton du 16e siècle, tout comme le cheval canadien, la première race chevaline à s’être développée en Amérique du Nord au siècle suivant.

Ils ont été essentiels à la survie des habitants de la Nouvelle-France qui ont bâti le Québec en devenir.

La loi québécoise promulguée en 1999 reconnaît que ces races animales sont étroitement associées aux origines historiques et aux traditions agricoles du Québec.

Elle encourage une amélioration constante de leurs qualités pour qu’elles soient encore mieux connues et appréciées. Mais elle ne vient avec aucune mesure de sauvegarde.

« Cette loi a des lacunes », a déclaré Mélanie Gagné sur les ondes de RDI. « On est très heureux de l’avoir, elle reconnaît nos animaux, mais elle n’engage personne à rien », estime-t-elle.

Une vache moins productive, mais pas moins rentable

Les vaches canadiennes ont notamment souffert de la concurrence des vaches laitières importées, qui sont plus productives en termes de quantité.

Mais pour leurs défenseurs, elles n’en sont pas moins rentables, en raison notamment de leur grande rusticité : elles sont robustes, vivent longtemps, mangent peu et sont appréciées pour leur facilité de vêlage.

Par ailleurs, depuis 2016, les fromages de vache canadienne profitent d’une appellation réservée au Québec, au même titre que le vin de glace, par exemple.

Selon l’éleveuse Mélanie Gagné, les races patrimoniales « nous appartiennent à tous. Elles font partie intégrante de l’histoire québécoise. Il s’agit d’un bien culturel inestimable que l’on se doit de protéger, ensemble ».

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