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Médias traditionnels inutiles, selon Doug Ford : vive réaction du milieu journalistique

Un homme avec un veston et une cravate.
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford Photo: La Presse canadienne / Frank Gunn
Martin Robert

Des journalistes et des universitaires décrient les propos de Doug Ford, tenus samedi à Ottawa, à l'effet que les médias traditionnels seraient rendus inutiles.

Le premier ministre ontarien s'est entre autres réjoui que les médias sociaux lui permettent de contourner les journalistes en s'adressant directement aux électeurs.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), qui possède une section locale en Outaouais, voit dans ces propos un danger pour la démocratie. Elle appelle à la vigilance de ses membres.

Ça revient à dire : ''Ne vous fiez à personne sauf à ceux qui pensent comme moi''. C'est très dangereux, ce genre de populisme là. Ce n'est pas réservé à l'Ontario. On le voit aux États-Unis et dans certains pays d'Europe. Et M. Ford ne rend pas service à la démocratie quand il tient des propos comme ça, a commenté Stéphane Giroux, président de la FPJQ.

Le président de la FPJQ, Stéphane Giroux.Le président de la FPJQ, Stéphane Giroux, croit que la police doit être mieux éduquée sur les pratiques journalistiques. Photo : Radio-Canada

Selon la FPJQ, le premier ministre de l'Ontario oublie que le rôle des journalistes est notamment de s'assurer que les politiciens disent la vérité et ne mettent pas de côté certaines informations d'intérêt public. Bref, les professionnels de l'information doivent jouer un rôle de contre-pouvoir qui, par nature, risque de déplaire au pouvoir politique.

Des professeurs d'université nuancés

Alain Saulnier, professeur invité au département de communication de l'Université de Montréal, admet d'emblée que Doug Ford n'a pas tort sur toute la ligne. Il serait vrai d'affirmer en 2019 que les politiciens n'ont plus besoin des journalistes comme courroie de transmission de leur message. Voilà pourquoi les journalistes sont plus utiles que jamais, selon lui, mais ils doivent redéfinir leur rôle.

Dorénavant, les journalistes doivent miser davantage sur l'enquête et contrer les fausses informations, dites fake news en anglais, a jugé M. Saulnier.

Il est assis derrière un micro.Alain Saulnier, communicateur et ancien directeur général de l'information des services français de Radio-Canada Photo : Radio-Canada / Étienne Côté-Paluck

Le professeur de journalisme à l'Université d'Ottawa Marc-François Bernier reconnaît également les conséquences des moyens de communication directs et peu coûteux comme Facebook et Twitter.

Doug Ford peut passer son message à son électorat et ses supporters. Mais c'est un message qu'il veut contrôler via Ford Nation Live, qui est un organe de propagande digne des régimes autoritaires qu'on a connu dans le passé, a déploré Marc-François Bernier.

Si les journalistes sont essentiels, selon l'universitaire, il demeure malgré tout critique des médias traditionnels et les appelle à un examen de conscience.

Toute la notion de cadrage, de simplification de l'information, du manque de contexte aussi, ce sont des éléments notés par la recherche scientifique, a estimé M. Bernier.

Il faudrait arrêter les petits clips de 8 à 12 secondes. La nouvelle aura peut-être moins d'impact, mais elle sera plus juste.

Marc-François Bernier, professeur de journalisme à l'Université d'Ottawa

Reste que, de façon générale, les propos de Doug Ford sont abusifs et populistes, selon le professeur de journalisme d'Ottawa. Ils contribuent à nuire à un dispositif important de la vie démocratique.

Un élu à la tête d'un État a l'obligation d'être plus rationnel et de ne pas semer la division et alimenter l'hostilité, a-t-il conclu.

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale