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Risques des lancements de fusée en Nouvelle-Écosse : le promoteur cherche à rassurer

Lancement d'une fusée ukrainienne Cyclone-4M sur une capture d'écran d'une simulation vidéo.

Sur cette capture d'écran d'une simulation vidéo de Maritime Launch Services, on voit une représentation artistique du lancement d'une fusée ukrainienne Cyclone-4M.

Photo : Maritime Launch Services

Radio-Canada

Le promoteur qui souhaite construire à Canso, en Nouvelle-Écosse, le premier spatioport commercial au Canada affirme que l'échec d'un lancement de fusée aurait des impacts minimes sur le public et l'environnement.

Les carburants toxiques qui propulsent les fusées inquiètent les observateurs.

Le projet de spatioport

Maritime Launch Services (MLS) veut construire une base spatiale de 110 millions $ afin de lancer en orbite des satellites commerciaux. Les engins qui décolleraient de cette base n’auraient pas de passagers. La compagnie vise huit lancements par an, et un premier en 2021.

En août dernier, la ministre de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse, Margaret Miller, disait qu’elle ne pouvait, à la lumière d’une étude d'impact environnemental de 362 pages présentée par l’entreprise, prendre une décision au sujet du spatioport, car elle avait besoin de plus d’informations pour mieux en comprendre les risques.

Maritime Launch Services vient de remettre le 11 mars un rapport ciblé de 475 pages. Ce document présente des scénarios d’accidents et de mauvais fonctionnement, aborde la question des produits chimiques utilisés dans le lancement des fusées, et évoque les répercussions potentielles sur l’air, l’eau, le sol, les humains et la faune.

Steve Matier, président de Maritime Launch Services, explique le projet de spatioport le 11 décembre 2017 à Dartmouth.

Steve Matier, président de Maritime Launch Services, explique le projet de spatioport le 11 décembre 2017 à Dartmouth.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Le risque d’échec n’est pas égal à zéro, reconnaît Steve Matier, le président de Maritime Launch Services, mais les nombreuses recherches et les progrès techniques visent à les éviter, dit-il.

Des produits hautement toxiques qui inquiètent

L’une des préoccupations majeures du ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse est l’emploi d’hydrazines, des produits hautement toxiques qui font partie du système propulsif des fusées, et sont considérés comme cancérigènes.

Plusieurs spatioports dans le monde emploient des hydrazines, ainsi que certaines centrales de production d’énergie au Canada. La NASA est à la recherche d’alternatives aux hydrazines (Nouvelle fenêtre).

L’exposition aux vapeurs à des concentrations élevées peut causer des convulsions et la mort, note le rapport de Maritime Launch Services, tandis que l’exposition continue à des concentrations plus basses peut entraîner des dommages au foie et aux reins.

Les déversements, incendies ou explosions d’ergols liquides peuvent relâcher des matières contaminantes dans l’air, mais Maritime Launch Services écrit que, selon la NASA, les produits chimiques sont dilués à des niveaux non dangereux à des distances raisonnablement courtes.

Maritime Launch Services soutient que l'échec d'un lancement de fusée n'aurait pas de conséquence à long terme pour l’environnement, car tout propulseur résiduel se décomposerait en quelques heures ou quelques jours, selon l’entreprise.

D’après le rapport, l’un de ces produits chimiques, le diméthylhydrazine asymétrique ou UDMH, se dégraderait de moitié en une heure ou deux dans l’océan. Dans le sol, des concentrations faibles d’hydrazines se décomposeraient entièrement en 10 jours, et des concentrations élevées en 60 jours.

Cependant, ces concentrations détruiraient une quantité importante de micro-organismes présents dans le sol.

Des cratères de 10 mètres de profondeur

Steve Matier souligne qu’une défaillance en vol se produirait probablement au-dessus de l'océan. La compagnie convoite la région de Canso, sur la rive est de la Nouvelle-Écosse, parce qu’elle est moins peuplée. Il n’y aurait aucun habitant à moins de 3 kilomètres du site de lancement.

Nous avons choisi un endroit où il n'y a pas d'espèces menacées. C'est un gros morceau de granit qui ne contient pas grand-chose, soutient M. Matier. Toute l'analyse technique montre que toute catastrophe sera contenue sur le site même. Aucune conséquence environnementale à long terme ne se produira.

Comment se déroulerait un lancement?

Lors d’un lancement, le premier étage d’une fusée (qui est sa partie inférieure) et la coiffe du deuxième étage sont largués et coulent au fond de l’océan. Il est prévu qu’ils tombent à environ 2000 kilomètres au sud de la base de lancement. C’est le deuxième étage (partie supérieure de la fusée) qui va se placer en orbite.

Le rapport indique que si une explosion survenait sur la rampe de lancement dans les 70 premières secondes, le lanceur retomberait au sol en un morceau, créant un cratère d’environ 10 mètres de profondeur, au maximum. Certains arbres et le sol dans la région immédiate seraient également brûlés.

Si les moteurs cessent de fonctionner de 70 à 140 secondes après le décollage, le premier et le deuxième étage de la fusée s’écraseraient séparément, risquant de causer des cratères de 7 mètres de profondeur.

Si le lanceur tombe à l’eau dans les 70 premières secondes suivant le décollage, les ergols causeraient une explosion en se mélangeant, tuant les poissons dans un rayon de 200 mètres.

La compagnie dit que si un problème survient dans la première étape du lancement, il y a 99,7 % de chances que le lanceur tombe dans l’océan Atlantique, au sud du site.

La trajectoire au-dessus de l'océan Atlantique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La trajectoire au-dessus de l'océan Atlantique. L'éventuel site de lancement en Nouvelle-Écosse est à la gauche de la carte.

Photo : Maritime Launch Services

La compagnie n’a pas encore soumis de plan expliquant comment elle compte assurer la protection de l’environnement, ni son plan de contingence en cas de déversement.

Le public a jusqu’au 19 avril pour émettre ses commentaires sur le rapport ciblé. Après cela, le ministère de l’Environnement aura 25 jours pour émettre sa recommandation à la ministre Miller.

D’après un reportage de Frances Willick de CBC, avec des informations de La Presse canadienne

Nouvelle-Écosse

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