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Il faut plus d'efforts pour oublier que pour se souvenir, affirme une étude

Mosaïque de photos de voyages
Les souvenirs ont la vie dure, soutiennent des chercheurs. Photo: getty images/istockphoto / scyther5
La Presse canadienne

Le fait de souhaiter activement oublier certains souvenirs contribuerait paradoxalement à les conserver longtemps en mémoire, révèle une nouvelle étude réalisée par des chercheurs du Texas.

Vous gardez probablement un souvenir impérissable de cette fête d'anniversaire que vos amis vous ont organisée il y a quelques années. C'est tout à fait normal.

Vous ne vous vous souvenez probablement pas de ce que vous avez mangé pour dîner au bureau, il y a trois jours. Ça aussi, c'est tout à fait normal.

Plus un souvenir est « activé », pour reprendre le terme utilisé par les experts, plus il est ancré solidement dans notre mémoire, et plus il faudra ensuite d'efforts à notre cerveau pour l'oublier.

Même si cela semble paradoxal, expliquent dans une nouvelle étude des chercheurs de l'Université du Texas à Austin, il faut accorder plus d'attention au souvenir dont on souhaite se débarrasser, chercher à se concentrer sur celui-ci, et non lui accorder le moins d'attention possible.

On sait qu'on peut intentionnellement diminuer la probabilité de rappel de quelque chose. C'est important de ne pas dire qu'on peut intentionnellement oublier quelque chose. Je ne pourrais pas, avec la seule force de ma pensée, décider d'oublier toute l'année 1986 par exemple, encore moins oublier un accident de voiture que j'aurais eu.

Isabelle Blanchette dirige le Groupe de recherche Cognition neurosciences affect comportement à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Les chercheurs américains ont présenté des scènes et des visages à des adultes en santé, en leur demandant d'essayer de s'en souvenir ou de les oublier.

En mesurant leur activité cérébrale, ils ont constaté que l'effort intentionnel d'oublier nécessitait des « niveaux modérés » d'activité des zones perceptuelles et sensorielles du cerveau.

Mme Blanchette note d'ailleurs que les stimuli utilisés lors de cette étude étaient neutres, et qu'il n'y avait pas d'images particulièrement négatives ou traumatiques.

« Il faut vraiment circonscrire les conclusions de cette étude-là à des stimuli qui sont neutres, donc pas nécessairement des souvenirs comme des agressions sexuelles ou des accidents de voiture », prévient-elle.

On sait [...] que c'est plus difficile d'oublier des stimuli négatifs. Si je vous présente une scène visuelle d'un accident ou d'un incendie ou d'un animal qui montre les crocs par exemple, et que je vous demande ensuite de l'oublier, ça va être plus difficile de le faire, on sera moins efficaces pour volontairement oublier des choses négatives que des choses qui sont neutres.

Isabelle Blanchette

On doit donc faire preuve de prudence avant d'extrapoler les résultats de cette étude à de vrais souvenirs négatifs personnels liés à des événements complexes, puisque ces souvenirs seront d'emblée beaucoup plus « activés ».

« L'étude dit que la probabilité qu'on puisse volontairement diminuer le rappel d'un souvenir va dépendre de son niveau d'activation au départ, a expliqué Mme Blanchette, qui enseigne au Département de psychologie de l'UQTR. Donc, si c'est modéré, c'est là que les chances seront les meilleures. Si un souvenir est très activé, on aura moins de chances de pouvoir volontairement le diminuer. »

L'oubli, un effort du cerveau

L'étude démontre que notre mémoire agit non seulement pour construire les souvenirs, mais qu'elle s'active également à les faire disparaître, poursuit-elle. Ce n'est donc pas un processus passif : on n'oublie pas parce que le temps passe ou qu'il ne se passe rien. Le processus d'oubli est aussi un effort de notre cerveau, en quelque sorte.

« On sait qu'il y a une fenêtre temporelle d'instabilité du souvenir, a-t-elle dit. Et leur étude dit que si on veut oublier quelque chose immédiatement après, c'est en y accordant de l'attention qu'on va l'oublier paradoxalement, mais [...] tout ça dépend du niveau d'activation de base. »

La nouvelle étude pourrait avoir des applications en psychothérapie, en aidant les patients à gérer l'impact de leurs expériences antérieures.

Elle pourrait aussi avoir des répercussions sur le traitement de démences comme la maladie d'Alzheimer, puisque « si on sait comment augmenter l'oubli, on sait aussi comment le diminuer. »

Comprendre comment la mémoire fonctionne nous aide aussi à aider les gens à mieux utiliser la mémoire qui leur reste.

Isabelle Blanchette

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical JNeurosci.

Recherche médicale

Science