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Ottawa refuse de bannir officiellement les thérapies de conversion

Un homme porte le drapeau de la Fierté. Derrière, on peut apercevoir la tour centrale du Parlement.

Manifestation contre les thérapies de conversion en février à Ottawa

Photo : Radio-Canada

CBC News

Le gouvernement Trudeau juge qu'il ne peut interdire les thérapies de conversion, bien qu'elles soient « immorales, douloureuses, et qu'elles ne reflètent pas les valeurs de notre gouvernement ou des Canadiens ». C'est la réponse qu'il a apportée mardi à la pétition lancée à l'automne 2018 qui demandait au fédéral de bannir les thérapies de conversion, en particulier lorsque des mineurs sont concernés.

La pétition, déposée à la Chambre des communes le 1er février par la députée néo-démocrate de Saskatoon-Ouest, Sheri Benson, a reçu plus de 18 000 appuis.

Nous sommes déçus de ne pas avoir de législation à ce stade-ci, mais nous allons continuer de prendre la défense de ceux qui n’ont pas de voix.

Devon Hargreaves, instigateur de la pétition

Les thérapies de conversion ou thérapies de réorientation sexuelle sont des interventions psychologiques ou spirituelles censées changer l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne, que ce soit par le biais d'une thérapie par la parole, de médicaments ou d'une combinaison des deux.

En 2012, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une déclaration dans laquelle elle affirmait que ce type de thérapie constituait une « grave menace pour la santé et les droits des personnes touchées ».

La Société canadienne de psychologie s'est fait l'écho de cette position en 2015 en disant : « La conversion ou la thérapie réparatrice peut avoir des conséquences négatives, comme la détresse, l'anxiété, la dépression, une image négative de soi, un sentiment d'échec personnel, de la difficulté à maintenir des relations et un dysfonctionnement sexuel. »

La SCP ajoute « qu'elle s'oppose à toute thérapie visant à réparer ou à convertir l'orientation sexuelle d'une personne, quel que soit son âge. »

Un enjeu provincial et territorial

Le fédéral soutient que la réglementation des thérapies de conversion est surtout un enjeu provincial et territorial, puisque celles-ci sont parfois effectuées par des professionnels du secteur de la santé. Ottawa ajoute toutefois que des parties du Code criminel peuvent régir ces pratiques.

« Certaines infractions au Code criminel peuvent s'appliquer à des situations impliquant une thérapie de conversion, selon les circonstances », indique une déclaration écrite du gouvernement fédéral.

« Des infractions au Code criminel, comme un enlèvement, une séquestration ou une agression, peuvent être constatées dans le cas où une personne est forcée de subir une thérapie de conversion […] Nous continuons de travailler avec les gouvernements provinciaux et territoriaux pour combattre ces pratiques. »

Devon Hargreaves porte un chandail avec le mot-clic #ConversionTherapyBan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Devon Hargreaves, candidat aux élections provinciales en Alberta , veut attirer l'attention sur la pratique de la thérapie de conversion.

Photo : Cody Kapscos

Le jeune militant albertain Devon Hargreaves croit qu’une interdiction venant du fédéral est essentielle, et que les interdictions qui varient d’une province à l’autre sont problématiques.

« S'il n'y a pas d'interdiction fédérale, nous avons de la difficulté à savoir où les thérapies se produisent encore, et elles ne devraient se produire nulle part », dit-il.

Si le Canada ne bannit pas les thérapies de conversion, certaines provinces ont pris position :

En juin dernier, la Ville de Vancouver a aussi adopté une loi interdisant aux entreprises d’offrir de telles thérapies.

Devon Hargreaves travaille avec l’organisme YQueer Society for Change de Lethbridge. Il n’a pas suivi personnellement de thérapie de conversion, mais il affirme qu’il connaît des gens qui en ont subi et qu’il a pu constater les effets qu’elles ont eus sur eux.

La thérapie de conversion se fait surtout de façon informelle dans les églises, sur une base individuelle, plutôt que dans des groupes plus importants et plus organisés, selon Devon Hargreaves, mais l'impact sur les gens est le même, ajoute-t-il.

M. Hargreaves est candidat aux élections provinciales albertaines et compte continuer à faire pression pour qu’une loi soit adoptée.

Un cas vécu

Matt Ashcroft, 29 ans, de Belleville, en Ontario, connaît bien l'impact de ces thérapies.

La première fois qu'il a participé à une retraite de thérapie de conversion, c’était il y a six ans. Il y est allé de son plein gré après avoir révélé son homosexualité à son père, qui l'a rejeté. Bien que sa mère le soutenait, il se sentait poussé à essayer d'être « normal ».

« J'en ai des cicatrices, dit-il. Je n'oublierai jamais ce qui m'est arrivé ce week-end-là, c'est encore très difficile à digérer. »

« J'étais encore en train d'essayer de me comprendre et je voulais tenter la thérapie pour retrouver l'amour de mon père », admet-il.

Il décrit le week-end comme traumatisant. Les activités consistaient à marcher sur un long chemin tout en étant réprimandé par les organisateurs pour son style de vie; il devait simuler de la violence envers son père en frappant un sac avec un bâton de baseball pour « faire sortir ses sentiments ». Il devait regarder les autres reconstituer leurs propres expériences douloureuses d'abus sexuels.

« L'objectif était de "diminuer" autant que possible notre homosexualité, explique-t-il. Parfois le but était de nous changer, parfois c'était juste de nous convaincre de ne pas agir selon nos désirs. »

Ce n'est qu'après avoir quitté la retraite et parlé de son expérience avec d'autres qu'il a compris à quel point elle avait été émotionnellement dommageable. Matt Ashcroft a aujourd’hui accepté son homosexualité, mais il dit qu'il fait encore des cauchemars au sujet de la thérapie.

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