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Le film Grâce à Dieu pour libérer la parole des hommes

François Ozon est souriant.
Le réalisateur français François Ozon Photo: Getty Images / Pascal Le Segretain
Kevin Sweet

Le controversé film Grâce à Dieu de François Ozon, qui relate une histoire de pédophilie au sein de l'Église catholique en France, sera projeté au Festival du film de l'Outaouais samedi soir. Le cinéaste français fait d'ailleurs une visite éclair dans la région pour l'occasion.

Son film est à peine sorti en France et François Ozon est déjà en mesure de quantifier le succès de Grâce à Dieu. Il y a d'abord les records au box-office, quelque 800 000 entrées en quelques semaines seulement.

Mais pour le réalisateur, le succès le plus important du film ne se chiffre pas. Depuis la première projection du long-métrage, de nouvelles victimes présumées du père Preynat, le prêtre pédophile au coeur du film, ont osé s’exprimer sur la place publique.

« C’est une conséquence positive », dit le réalisateur, avouant ne pas avoir voulu faire un film « politique ».

J’ai voulu faire un film citoyen qui raconte une histoire que je trouvais très belle et émouvante. Après, les conséquences, je suis en train de les découvrir aujourd’hui.

François Ozon, réalisateur

Un imbroglio judiciaire

« Le cinéma fait peur », constate François Ozon.

L’avocat du père Preynat, le prêtre mis en cause pour des actes de pédophilie de 1986 à 1991, a tenté d'interdire sa sortie en salles. Les producteurs de Grâce à Dieu se sont donc retrouvés dans un « calendrier judiciaire par rapport à la sortie du film qui n’était pas du tout prévu », poursuit M. Ozon.

Au final, la justice française a donné raison à l’équipe de production jugeant le film « d’utilité publique » soutenant du même coup l’importance de « la liberté de création en France ».

« On avait quand même une épée de Damoclès sur la tête. On se disait : "Est-ce que le film va sortir ou pas?" Mais la justice a permis la sortie du film et donc ça a été une victoire pour nous. Mais surtout une victoire pour toutes les victimes », explique François Ozon.

Le succès du film est galvanisé par le mouvement #MoiAussi, selon le réalisateur. Il y a vingt ans, il ne serait pas parvenu à « financer ce film pour le produire et c’est possible que la justice n’ait pas permis la sortie du film », réfléchit-il à haute voix.

La justice d’aujourd’hui est en phase avec la société d’aujourd’hui qui demande une libération de la parole.

François Ozon, réalisateur

Parole aux victimes masculines

Le réalisateur français, qui a l’habitude de donner la parole à des personnages féminins forts, comme dans Jeune et jolie, a voulu faire un film sur des hommes, « des hommes qui expriment leurs émotions et leurs sentiments », explique-t-il.

C’est par hasard qu’il est tombé sur le site de La parole libérée, une association créée en 2016 par des hommes tous victimes d’abus sexuels par le même prêtre, le père Bernard Preynat.

« J’ai lu les témoignages sur le site et j’ai été extrêmement bouleversé par toutes ces histoires », dit François Ozon.

Son film retrace la création de ce groupe et révèle les joueurs clés dans l'entourage du père Preynat, dont le cardinal Barbarin, qui ont voulu faire taire l’histoire.

Le réalisateur a mené une « enquête journalistique » et a rencontré les victimes et les membres de leurs entourages pour recueillir leurs témoignages. La matière s’est avérée d’une richesse « scénaristique » et « humaine ».

J’ai découvert, dans la réalité, des choses tellement incroyables. Je me suis dit qu’il n’y a pas besoin de scénariser. La réalité est déjà une bonne scénariste et j’ai donc respecté véritablement ce qui s’était passé.

François Ozon, réalisateur

Toujours devant les tribunaux

Le 7 mars dernier, le procès du cardinal français Philippe Barbarin, le supérieur du père Preynat, s’est soldé par un verdict de culpabilité avec six mois de prison avec sursis pour la non-dénonciation d’actes sexuels envers des mineurs.

Le cardinal s’est rendu au Vatican pour présenter sa démission, ce que le pape François a choisi de refuser. C’est pourtant contradictoire à la politique tolérance zéro adoptée par le Vatican lors d’un sommet au mois de février.

« J’ai vraiment de la matière pour faire un Grâce à Dieu 2 tellement il se passe des choses », lance le réalisateur à la blague.

Le problème de l’Église, c’est qu’elle a longtemps considéré la pédophilie comme un péché au même titre que l’homosexualité, que l’adultère et l’avortement. Un péché comme un autre. Il suffisait de pardonner, déplacer le prêtre et tout était réglé.

François Ozon, réalisateur

« Aujourd’hui, la société réclame autre chose », dit François Ozon. « L’Église est en train de le comprendre, mais c’est très, très long », conclut-il.

Le film Grâce à Dieu sortira au Québec le 5 avril prochain.

Le procès du père Bernard Preynat lui, est prévu à la fin de 2019.

Ottawa-Gatineau

Cinéma