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  • Envoyée spéciale
  • La politique thaïlandaise au temps des médias sociaux

    Une personne prend une photo d'un homme politique à l'aide d'un téléphone intelligent.

    Le chef du nouveau parti Future Forward, Thanathorn Juangroongruangkit, est particulièrement populaire auprès des jeunes, grands utilisateurs de médias sociaux.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Anyck Béraud

    Facebook, Twitter et autres Instagram ont servi de champ de bataille pour séduire et rallier massivement les électeurs thaïlandais. En particulier ceux et celles qui votent pour la première fois; ils seraient plus de 7 millions. Et cela semble profiter notamment au tout nouveau parti Future Forward, de mouvance progressiste.

    Pannika Wanish ne boude pas son plaisir, en ce vendredi 22 mars. La responsable média regarde les participants arriver par milliers au dernier rassemblement de campagne, à Bangkok. Et les jeunes sont effectivement nombreux parmi les partisans qui, arborant les couleurs du parti, forment une mer orange.

    Ceux à qui nous parlons nous disent être attirés par les promesses de lutter pour la démocratie, pour la défense des droits, contre les inégalités et contre la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de 2014. Et, surtout, ils veulent du changement.

    Plusieurs centaines de personnes entourent un candidat politique thaïlandais qui parle derrière un lutrin. Une vidéo de lui est diffusée sur un écran géant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Un grand rassemblement politique organisé le 22 mars 2019

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Tout cela a été promis par le fondateur du parti, Thanathorn Juangroongruangkit. À 40 ans, l’ex-homme d’affaires est l’étoile montante de ce scrutin législatif et la coqueluche de bien des milléniaux.

    Les réseaux sociaux nous ont permis de bien faire connaître notre programme, assure Pannika Wanish. « À la radio ou à la télé, les gens ne font que recevoir de l’information. Mais avec les réseaux, ils peuvent répondre, ils peuvent discuter, et même s’impliquer dans la campagne », dit-elle. Le parti aurait ainsi rejoint des millions de personnes.

    Les jeunes s'informent d'abord sur les réseaux sociaux

    Je connaissais le pouvoir de frappe des réseaux, mais le résultat est au-delà de ce que j’espérais.

    Pannika Wanish

    Selon un sondage mené par l’Université de Bangkok un peu plus tôt ce mois-ci, 85 % des jeunes s’informent d'abord sur la campagne électorale en consultant les réseaux sociaux. La télévision et les sites Internet des partis arrivent loin derrière.

    Une jeune femme répond à des questions d'une journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    La responsable des médias du parti Future Forward, Pannika Wanish, ne jure pratiquement que par les réseaux sociaux pour diffuser le message de la formation.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Mme Wanish vante aussi le côté économique des réseaux sociaux, avant d'ajouter que cet aspect est loin d’être négligeable pour un nouveau parti sans grands moyens.

    Thanathorn Juangroongruangkit est pourtant millionnaire. Mais il a assuré qu’il ne puisait pas dans sa fortune personnelle pour financer sa formation, et que l’argent provenait de dons ou encore de la vente de cartes de membres. Quelque 50 000 personnes auraient rejoint le parti, créé il y a tout juste un an.

    Un paysage transformé

    Dans les bureaux de la Thai Broadcasting Company, en banlieue de Bangkok, Noppatjak Attanon, fin observateur des réseaux sociaux, avoue que l’ampleur de la mobilisation de Future Forward l’a tout de même surpris. Du jamais vu en Thaïlande, selon lui.

    M. Attanon compare ainsi ce phénomène à ce que l’on a pu voir par exemple aux États-Unis lors de la campagne qui a mené Barack Obama à la Maison-Blanche en 2008.

    Un homme pointe un écran d'ordinateur portable sur lequel s'affiche la photo électorale d'un candidat.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Certains candidats n'hésitent pas à s'inspirer de l'iconographie des groupes de musique populaire pour rejoindre les jeunes électeurs.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Il nous montre à l’écran de son ordinateur comment d’autres partis rivalisent d’imagination pour attirer les électeurs. Sur le compte Facebook d’une petite formation prodémocrate, par exemple, on voit la photo d’un candidat en train de poser à la façon d’une vedette de K-POP, une musique populaire chez les jeunes. « On dirait une affiche de film », souligne le journaliste.

    Noppatjak Attanon soutient que lors du dernier scrutin législatif en 2011, seuls quelques politiciens utilisaient vraiment leur compte Twitter. Aujourd’hui, plusieurs partis ont produit des capsules spécialement conçues pour les réseaux sociaux, complètement différentes de ce qui est prévu pour la télévision.

    La dictature sur Instagram

    Même le chef de la junte au pouvoir s’y est mis. Le général Prayut Chan-o-cha a notamment ouvert un compte Instagram. Finis les photos en uniforme, l’air austère. Place aux costumes civils, voire aux tenues décontractées. Parfois, le militaire pose même les manches retroussées, souvent souriant, tantôt au milieu d’employés, tantôt prenant le taxi comme monsieur et madame Tout-le-Monde.

    L'heure est également à l'opération charme pour Prayrut, seul candidat de son parti au poste de premier ministre, un poste auquel il a été nommé après le coup d'État de 2014. Ses publications lui ont toutefois valu de nombreuses moqueries. Les critiques contre la junte se sont d’ailleurs multipliées sur les médias sociaux au cours de la campagne électorale.

    L’adoption récente d’une nouvelle loi sur la cybersécurité fait craindre des lendemains qui déchantent dans une partie de la population thaïlandaise. Les autorités pourront désormais fouiller dans les appareils numériques ou les réseaux informatiques, si elles jugent qu’il y a une cybermenace.

    Elles peuvent déjà, depuis 2016, poursuivre toute personne qui à leur avis diffuse sur Internet des informations inexactes ou susceptibles de nuire à l’ordre public.

    Le charismatique leader de Future Forward, Thanathorn, risque d'ailleurs la prison. Car selon un procureur, il aurait propagé de fausses nouvelles au cours d'une diffusion en direct sur Facebook. Ses partisans et des militants des droits de la personne croient qu’on cherche juste à freiner ce politicien qui a le vent en poupe et qui dérange.

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