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Québec a « tabletté » des solutions pour réduire l'impact des pesticides

Un tracteur épand des pesticides. Photo: iStock
Thomas Gerbet

Le ministère de l'Agriculture détient depuis plus de deux ans, sans y avoir donné suite, une liste de solutions concrètes de rechange aux pesticides pour réduire leur impact sur la santé et l'environnement. Le document, obtenu par Radio-Canada, n'a jamais été rendu public et prend tout son sens à la veille de la commission parlementaire sur les pesticides. Le ministre André Lamontagne, qui dit qu'il vient d'en apprendre l'existence, promet d'en prendre connaissance.

« Il y a lieu d'agir rapidement et avec vigueur », indique le préambule du document, daté de novembre 2016. L’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) alerte alors le ministère sur l'urgence « d'inverser la tendance » en ce qui concerne l'utilisation des pesticides.

L'IRDA est financé en majorité par le ministère. Sa mission est de favoriser une agriculture durable au Québec.

« Malgré les efforts déployés au cours des dernières années, la vente et l'utilisation des pesticides ne cessent de croître », peut-on lire dans le document qu'une source anonyme nous a fait parvenir.

L'initiative proposée par l'IRDA se veut d'envergure. Une action-choc.

Extrait du document remis au ministère

Dans le document, l'Institut propose 11 projets novateurs à mener de front, en synergie, pour un investissement total de près de 5 millions de dollars. Le ministère devait en financer une part de 80 %.

Le Québec était encouragé à augmenter le recours aux biopesticides, à changer les modes de culture ou à utiliser de la machinerie mieux conçue. Une dizaine de contributeurs du secteur de la recherche agricole ont été mobilisés durant six mois pour produire cette « proposition spontanée ».

Le ministère était au courant des problèmes et des solutions

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) était bien au fait de l'initiative, puisqu’il a participé à des rencontres préparatoires aux travaux.

À l'époque, en juin 2016, le commissaire au développement durable avait conclu que « les mesures mises en place par le MAPAQ [étaient] insuffisantes pour amener les agriculteurs à adopter des pratiques agricoles favorables au développement durable et pour faire contrepoids à l'industrie agrochimique qui influence le marché ».

L'IRDA regrette aujourd'hui que ses « pistes de solution novatrices » et sa « proposition structurante » aient été écartées.

Notre organisation n'a pas reçu de suite concernant cette proposition, et les motifs derrière cette décision ne nous ont pas été transmis par le MAPAQ.

Mathieu Bilodeau, porte-parole de l'IRDA
Entrevue avec Lionel Levac, spécialiste des questions agricoles.

Le document a été soumis au sous-ministre adjoint Bernard Verret. Interrogé par Radio-Canada, le MAPAQ nous a répondu, en substance, que l'Institut n'avait qu'à réaliser lui-même les projets.

« La direction de l’IRDA a l’autonomie et la marge de manœuvre nécessaires pour prioriser les projets et ainsi réaliser les projets et approches qu’elle juge le plus pertinents », écrit le ministère dans un courriel.

« Une proposition structurante d'une telle ampleur financière [...] ne pouvait pas être réalisée à même les programmes de financement usuels du MAPAQ », affirme plutôt l’IRDA.

La proposition de l’IRDA a été reçue et analysée après son dépôt en 2016. Le sujet de l’utilisation des pesticides et la réduction des impacts sur l’environnement et sur la santé de la population étaient et demeurent une préoccupation importante pour le MAPAQ.

Courriel transmis par le ministère de l'Agriculture à Radio-Canada

Ironiquement, le mandat proposé en novembre 2016 par l'IRDA ressemble beaucoup à celui de la commission parlementaire sur les pesticides, acceptée par la CAQ à la fin mars, dans la foulée de l'affaire du lanceur d'alerte congédié Louis Robert.

Le mandat de la commission parlementaire est le suivant : « Examiner les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, et ce, en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois. »

Le document produit par l'IRDA fait 47 pages.Le document produit par l'IRDA fait 47 pages. Photo : Radio-Canada

Les solutions proposées

La proposition de l'IRDA prévoyait la « mise en commun du savoir, des infrastructures et du personnel des nombreux partenaires [afin d']avoir un effet multiplicateur ». Chercheurs universitaires, centres de recherche et producteurs de machineries, entre autres, devaient être mobilisés.

Les 11 projets avaient pour but d'offrir aux producteurs agricoles « un choix de pratiques, de produits, d'outils et d'équipements qui leur permettront de réduire leur utilisation de pesticides ». En voici quelques exemples :

  • Augmenter le recours aux produits biologiques de remplacement, les biopesticides, par exemple ceux issus de la biomasse forestière;
  • Changer les modes de culture (rotation, intercalaire, contrôle du drainage, meilleure irrigation) pour éviter d'avoir recours aux herbicides;
  • Développer ou importer au Québec des équipements agricoles performants et mieux conçus pour neutraliser les insectes et les mauvaises herbes;
  • Améliorer l'efficacité des pulvérisateurs actuellement utilisés pour limiter les pertes dans l’environnement;
  • Parfaire les connaissances pour réduire les applications non justifiées de fongicides alors que la présence des maladies n'est pas scientifiquement établie;
  • Bonifier et développer des outils pour permettre aux agriculteurs de choisir le moment propice à l'utilisation d'un pesticide, l'étendue où épandre et la fréquence de traitement.
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Le ministre préoccupé

Le ministre de l'Agriculture, André LamontagneLe ministre de l'Agriculture, André Lamontagne Photo : Radio-Canada

Le ministre de l'Agriculture du Québec André Lamontagne affirme ne pas avoir eu connaissance de ce document avant la diffusion de ce reportage.

« Ça me préoccupe et je suis fâché de connaître cette situation-là », a-t-il réagi.

Il a demandé à son équipe de le lui remettre.

Il y a des gens qui étaient en place, le gouvernement libéral, qui auraient pu prendre action sur ce rapport-là et qui ne l'ont pas fait.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture du Québec.

C'est le libéral Pierre Paradis qui était ministre au moment de la remise du document. Lui a succédé Laurent Lessard, en janvier 2017.

« Il faut aller de l'avant et corriger ce qui n'a pas été corrigé par le passé », a réagi le chef de l'opposition libérale Pierre Arcand.

De son côté, la porte-parole de Québec solidaire en matière d'agriculture, Émilise Lessard-Therrien, veut savoir « pourquoi le MAPAQ a mis le couvercle sur la marmite ».

QS tient à rappeler que le ministre Lamontagne est en poste depuis six mois et que l'enjeu des pesticides fait les manchettes depuis plusieurs semaines. « Il faut que monsieur Lamontagne arrête de faire l'autruche », a ajouté la députée.

Le ministre de l'Agriculture assure qu'un suivi sera fait. Il a demandé à son équipe de lui préparer un briefing complet.

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