•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De Douala, au Cameroun, à Thompson, au Manitoba

Priscille Kanouo, son conjoint, Jean Marc Ngosso, et leurs deux enfants.
Priscille Kanouo, son conjoint, Jean Marc Ngosso, et leurs deux enfants. Photo: Famille Ngosso
Abdoulaye Cissoko

Question à 1 000 points : quel est le lien entre la ville camerounaise de Douala et la petite ville manitobaine de Thompson? A priori aucun. Pourtant, en cherchant bien, on trouve : la famille Ngosso, qui vit dans cette contrée éloignée du Nord du Manitoba depuis maintenant quelques mois, soit à environ 11 000 km de son pays d'origine.

Priscille Kanouo et son conjoint, Jean Marc Ngosso, enseignent tous les deux à l'école communautaire La Voie du Nord de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM).

C’est en janvier 2012 que tous les deux émigrent au Québec, à cinq jours d'intervalle. Le hasard fait qu'ils se rencontrent dans des organismes d'accueil pour nouveaux arrivants, quelques semaines seulement après leur arrivée. Ils deviennent par la suite un couple.

Après des formations en procédés chimiques pour Priscille Kanouo et en mécanique d’engins de chantiers pour Jean Marc Ngosso, les deux trouvent du travail, mais ils ne sont pas épanouis professionnellement.

Priscille Kanouo, Jean Marc Ngosso et leurs deux filles âgées de 19 mois et 5 ans.Priscille Kanouo et Jean Marc Ngosso se sont rencontrés pour la première fois dans un organisme qui accueille des nouveaux arrivants au Québec. Photo : Famille Ngosso

C’est ainsi que le couple décide de tout plaquer pour tenter une carrière en enseignement. Au terme de deux ans de formation à la faculté en éducation de l'Université d'Ottawa, Priscille Kanouo et Jean Marc Ngosso obtiennent leurs diplômes en juin dernier.

Pendant leur stage, ils font une rencontre inattendue. « Il y avait un salon de l'emploi à l'université auquel participait un responsable de la Division scolaire franco-manitobaine », se souvient Priscille Kanouo.

L’échange se termine par une proposition d’emploi dans le nord du Manitoba. « Je lui ai dit oui sans même savoir où c'était. On ne connaissait rien du Manitoba », explique Priscille Kanouo.

Quand j'entendais parler du Nord, je pensais au froid extrême, à la neige et aux loups et aux ours.

Priscille Kanouo

Quelque temps après, le couple est contacté par Daniel Couture, le directeur de l'École communautaire La Voie du Nord, qui les recrute comme enseignants.

« On a accepté parce qu'on était en famille. On était content, mais il y avait quand même la peur de l'inconnue. Pour moi, c'est comme si on immigrait de nouveau », note Priscille Kanouo. Commence alors le voyage vers une terre inconnue.

Une vraie odyssée

Pour se rendre à Thompson, Jean Marc Ngosso emprunte la route au volant d’un camion chargé de bagages.

Quant à Priscille Kanouo, accompagnée de ses deux petites filles, de 20 mois et de 5 ans, et de sa mère, qui était venue leur rendre visite au Canada, elle s'envole pour Winnipeg avant de poursuivre le voyage par autocar.

Priscille Kanouo et Jean Marc Ngosso, un couple de Camerounais qui vit à Thompson .C'est en janvier 2012 que Priscille Kanouo et Jean Marc Ngosso sont arrivés au Canada à quelques jours d'intervalle. Photo : Famille Ngosso

Une odyssée en pleine nuit dont elle garde en tête les moindres détails. « Ce n'était pas un voyage facile. Après 10 heures de route, sans même aucune maison sur le chemin, nous voilà subitement dans un coin perdu. J'étais choquée, car je ne m'attendais pas à ça », dit-elle.

À Thompson, la famille est chaleureusement accueillie par le directeur Daniel Couture et sa femme, Julia Couture.

Ils nous proposaient des activités à faire, nous invitaient chez eux, et ils le font encore. Ce qui fait qu'on se sent moins isolés.

Priscille Kanouo

Jean Marc Ngosso est même devenu, depuis, un mordu de motoneige et du ski, qu'il pratique chaque fois qu’il en a l’occasion avec Daniel Couture. Il dit apprécier aussi Thompson pour sa nature magnifique. « Tout est aussi très proche. Je suis quasiment à une minute de mon lieu de travail », note-t-il.

La famille fait aussi ses propres activités comme des sorties au restaurant, à l'église ou à la neige avec les enfants.

Le choix d'émigrer au Canada

C’est en 2011 que Priscille Kanouo a commencé sa procédure d’immigration pour le Canada. « J'étais tannée. Avec ma maîtrise en biochimie, je ne trouvais pas de travail », dit-elle.

Le 18 janvier 2012, elle débarque au Québec. Cinq jours plus tard, c'est au tour de Jean Marc Ngosso de fouler le sol canadien. Au Cameroun, il travaillait dans une entreprise immobilière. Au Québec, le couple vit de petits boulots : Priscille Kanouo travaille dans un centre d'appels, et Jean Marc, dans des entrepôts.

Jean Marc Ngosso portant un casque est assis sur une motoneige pendant qu'un homme avec une cagoule se tient debout devant sa motoneige.Jean Marc Ngosso fait de la motoneige Photo : Famille Ngosso

Pour améliorer leur quotidien, ils décident tous les deux de retourner sur les bancs de l'école. Priscille Kanouo s'inscrit au Cégep de Maisonneuve où elle obtient un diplôme d'études collégiales en procédé chimique, puis un travail dans une compagnie pharmaceutique.

Quant à Jean Marc Ngosso, il décroche un diplôme en mécanique d'engins de chantiers et un emploi, qu’il finit par abandonner parce qu’il était très physique.

« Mon conjoint n'était pas satisfait de notre quotidien. Il trouvait qu'on versait dans des domaines qui ne nous convenaient pas vraiment. Il a toujours voulu enseigner, moi aussi. Alors, il m'a convaincue de m'inscrire au programme d'éducation », se souvient Priscille Kanouo.

Aujourd'hui, Priscille Kanouo et Jean Marc Ngosso se disent épanouis à Thompson. Pour combien temps encore? Ils affirment l'ignorer. « Tout est possible », répondent-ils.

Manitoba

Francophonie