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Mobilisation à l'île d'Orléans pour prévenir le suicide chez les agriculteurs

Le pont de l'île d'Orléans en hiver

De nombreux agriculteurs souffrent de détresse psychologique à un moment de leur carrière.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Jonathan Lavoie

« Encore un. » Ébranlée, c'est la réaction instantanée qu'a eue l'agricultrice Marjolaine Turcotte quand elle a appris qu'un producteur de l'île d'Orléans dans la fleur de l'âge a mis fin à ses jours en février.

« On a été vraiment attristés de cette perte-là, et fâché parce que ça arrive trop souvent. Il y a eu plusieurs suicides », raconte la productrice maraîchère, déterminée à s’attaquer au problème de détresse psychologique qui afflige de nombreux cultivateurs.

Marjolaine Turcotte, copropriétaire de la Ferme Poulin-Turcotte

Marjolaine Turcotte, copropriétaire de la Ferme Poulin-Turcotte

Photo : Radio-Canada

Dans les semaines qui ont suivi, une rencontre a été organisée avec l’organisme d’aide À cœur d’homme. Une cinquantaine de résidents de l’île, dont de nombreux producteurs, y ont participé.

« [Ça] m'a permis de réaliser que sur l'île, les producteurs agricoles, on est une méchante gang à être endeuillés par le suicide d'un proche, d'un ami. C'est beaucoup plus commun qu'on peut le penser. »

Marjolaine Turcotte, qui a elle-même vécu le suicide d’un proche il y a quelques années, a entrepris de former un comité pour « essayer de faire en sorte que ça n’arrive plus ou du moins que ça arrive moins ».

Au Québec, il est très difficile d'évaluer précisément le taux de suicide chez les agricultures puisque les coroners, dans leurs rapports, ne mentionnent pas nécessairement la profession d'une personne décédée.

La recherche a toutefois démontré que près de la moitié des producteurs souffrent de détresse psychologique sévère à un moment dans leur carrière.

« Briser l’isolement »

L’un des principaux objectifs du comité récemment formé sera « d’essayer de briser l’isolement », notamment avec la création d’événements sociaux pour que les cultivateurs aient l’occasion de discuter entre eux et de « décrocher un peu de la ferme ».

Marjolaine Turcotte, qui est aussi responsable des enjeux de santé mentale et physique pour la section locale de l’Union des producteurs agricoles (UPA), souhaite également que davantage de sentinelles soient formées sur l’île d’Orléans.

Les sentinelles sont des professionnels qui œuvrent auprès des producteurs agricoles, des vétérinaires par exemple, formées pour détecter les signes de détresse psychologique.

« Les sentinelles, ça ne règle pas tout, ce n'est pas des intervenants complets, admet Marjolaine Turcotte, mais ça fait pousser des antennes pour être plus alerte pour essayer que les gens qui sont en détresse soient repérés plus facilement. »

Dans tous les milieux, de parler de détresse psychologique, ce n'est pas facile. C'est sûr que dans un milieu encore à prévalence masculine, c'est encore plus marqué.

Marjolaine Turcotte, copropriétaire de la Ferme Poulin-Turcotte

Centre de prévention du suicide de Québec : 1 866 277-3553

Nombreux facteurs de stress

Selon Philippe Roy, professeur associé de travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi, de nombreux facteurs peuvent expliquer le niveau de stress élevé des producteurs.

Il mentionne entre autres les longues heures de travail, l’isolement et les politiques économiques qui influencent les prix des denrées et sur lesquels les agriculteurs n’ont aucun contrôle.

« Un peu comme les agriculteurs font appel à plein d'experts dans plusieurs aspects de leur vie, la dimension humaine, c'est au coeur de l'agriculture alors c'est important de normaliser la demande d'aide », plaide le professeur.

Philippe Roy, professeur de travail social à l'Université du Québec à Chicoutimi

Philippe Roy, professeur de travail social à l'Université du Québec à Chicoutimi

Photo : Radio-Canada

Parmi les solutions, Philippe Roy cite en exemple les travailleurs de rang et les sentinelles qui, ces dernières années, ont aidé à briser certains tabous face à la détresse psychologique.

« On voit que les agriculteurs sont plus sensibles à cette dimension-là, ils en parlent un peu plus, ils sont plus ouverts. On voit clairement une amélioration depuis quelques années et c’est encourageant. »

Selon lui, le grand public a aussi un rôle à jouer dans la valorisation du métier d'agriculteur, notamment en étant « plus sensible à la dimension humaine de l'agriculture », qui a parfois mauvaise presse.

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