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Petit guide de survie pour s'initier à la poésie

Dans une illustration, une jeune femme aux cheveux noirs cache la moitié de son visage derrière un grand livre.

Lire de la poésie peut s'avérer une expérience très enrichissante

Photo : getty images/istockphoto / marzacz

Cecile Gladel

Lire de la poésie vous effraie? Vous n'avez aucune idée par où commencer? Vous pensez que vous ne comprendrez jamais le sens des vers, la verve de Jean-Paul Daoust ou le spleen de Nelligan? Voici un petit guide de la poésie 101 pour les nuls.

Soirées de poésie, vidéos de poètes qui récitent leurs vers, Instagram (#instapoet #poésie), suggestions de recueils; les idées sont nombreuses pour aborder ce style littéraire qui effraie de nombreux lecteurs. Six poètes offrent leurs conseils pour voyager plus aisément au cœur de cette littérature.

Portrait en couleur de l'auteur David Goudreault

L'auteur David Goudreault

Photo : Jocelyn Riendeau

On peut aussi assister aux spectacles de l’écrivain-slameur David Goudreault. Par exemple, il interprète L’albatros, un poème de Charles Baudelaire, un classique, et il avoue que des jeunes s’y reconnaissent. « Ma mission est de semer le doute, de montrer que la poésie peut être trippante. Quand on se donne la peine de fouiller, on risque de trouver des choses intéressantes », pense-t-il.

La peur de ne pas comprendre

Pourquoi la poésie fait-elle peur aux gens? Émilie Turmel, la directrice générale du Festival Frye à Moncton, pense plutôt que la poésie est méconnue. « C’est l'inconnu qui fait peur aux gens, pas la poésie. Pour mieux connaître la poésie, il faut se risquer et y goûter. Il existe plusieurs manières de le faire. »

Elle sourit à la caméra.

La poète Émilie Turmel

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Souvent, les gens ont des réserves envers la poésie, car ils ont peur de ne pas comprendre le sens des vers. Mais il ne faut pas chercher de réponses ni à tout comprendre.

Il faut partir de ses tripes, ce n’est ni une charade ni une énigme. N’oublions pas que Nelligan était en psychose quand il écrivait.

David Goudreault

« C’est le lecteur qui a la clef du poème. On est tellement habitué au langage de communication, que lorsqu’on est devant un poème, on a peur de se tromper. La réalité est qu’on décide de le comprendre comme on veut. C’est notre interprétation », souligne la poète et professeure Louise Dupré.

Évidemment, chaque poète a voulu transmettre une certaine émotion en écrivant. Est-il arrivé à Louise Dupré qu’un lecteur lui offre une interprétation à des années-lumière de la sienne? « Oui, et c’est magnifique, car ça nous ouvre des pistes d’interprétation complémentaires, rarement contradictoires. Ça enrichit ma vision », explique-t-elle.

De la poésie en livres audio :

La poésie, un style très abordable

Pour David Goudreault, l’élément le plus important est que la poésie est le genre littéraire le plus libre et le plus éclaté. « Il y a un poème, quelque part, qui vous attend et vous fera vibrer », soutient-il.

Il y a de la poésie pour tous les goûts. Ce genre littéraire n’est pas homogène. « La poésie est multiforme. On peut trouver ce qui nous convient », affirme aussi Louise Dupré.

Son Excellence et la très honorable Julie Payette, Gouverneure générale du Canada, a remis le Prix littéraire du Gouverneur général 2017 dans la catégorie Poésie à Louise Dupré lors d'une cérémonie à Rideau Hall le 29 novembre 2017.

Louise Dupré et la Gouverneure générale du Canada, Julie Payette

Photo : Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall © BSGG, 2017

Cependant, David Goudreault émet un avertissement.

Le piège est de s’en remettre aux tendances et aux suggestions. C’est le genre le plus viscéral et le plus personnel. Il faut chercher le ou la poète qui s’adresse à nous, qui a un style qui nous parle.

David Goudreault

Mais la poésie se prête facilement à la découverte, il ne faut donc pas hésiter à plonger. « La poésie, comparée au roman, a l’avantage de se présenter rapidement. La poésie contemporaine est souvent plus accessible que la poésie classique : ses images sont poignantes et ses propos sont souvent actuels », ajoute Rachel Arsenault, coordonnatrice du programme en français de l’organisme Voix de la poésie.

Apprivoiser la poésie

On est décidé. On veut lire de la poésie. Par où commencer?

L’un des conseils de Louise Dupré est d’aller dans une bibliothèque publique, de prendre au hasard plusieurs recueils dans la section poésie et d’en lire quelques strophes.

Est-ce que vous aimez le traitement du vers? Si ça ne vous plaît pas, vous le remettez sur l’étagère et vous en choisissez un autre. On ne lit pas de la poésie pour un examen, on doit choisir des livres qu’on aime.

Louise Dupré

On peut aussi assister à des lectures de poésie ou participer à des ateliers. « Entendre un poète réciter son propre texte est une expérience extraordinaire. Pour la personne qui n'est pas habituée à lire de la poésie, ça permet d'entendre le rythme et d'avoir directement accès à l'émotion de l'auteur; ça permet aussi de découvrir plusieurs styles et d'ainsi mieux cerner ses préférences personnelles », souligne Émilie Turmel.

La poésie peut aussi s’apprivoiser par la chanson. « Plusieurs personnes rendent la poésie plus accessible, comme Léo Ferré ou Chloé Sainte-Marie. Les choix que ces artistes présentent dans leurs albums sont une bonne porte d’entrée », conseille David Goudreault.


Des suggestions de lecture

Une autre manière de découvrir la poésie est de lire des périodiques ou des anthologies pour avoir une sélection variée de ce qui se fait en poésie, tant du côté contemporain que du côté classique. « Les revues Estuaire et Exit sont de bons points de départ. Les revues en ligne Filles missiles (Nouvelle fenêtre) ou Ancrages (Nouvelle fenêtre) et le numéro spécial sur la poésie de Françoise Stéréo (Nouvelle fenêtre) sont également de bons exemples. On peut même s'abonner au fil Instagram de lectrices et de lecteurs de poésie : ceux-ci photographient parfois les pages des livres qu'ils lisent et les commentent », suggère Émilie Turmel.

Gabrielle Boulianne-Tremblay

Gabrielle Boulianne-Tremblay

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

La poète et écrivaine Gabrielle Boulianne-Tremblay avait 21 ans quand elle a commencé à s’intéresser à la poésie. « J'avais cette pression d'aimer les grands classiques et de devoir aimer ce que les gens aiment. Ça m'irritait. C'est quand j'ai lu des recueils de mes contemporains que j'ai pu vraiment me laisser porter par toute l'immensité de la poésie. Pour ma part, une poésie qui nécessite trop souvent d'ouvrir son dictionnaire est quelque peu décourageante, j'opterais pour un langage qui résonne avec vous, un langage que vous comprenez. »


Des poètes

  • Louise Dupré souligne qu'il y a des classiques intéressants, comme ce poète français du Moyen-Âge, Rutebeuf, ou le poète martiniquais Aimé Césaire.
  • Des auteurs d'ici plus classiques conseillés par David Goudreault : Patrice Desbiens, Hélène Dorion, Marie Uguay, Joséphine Bacon et Gérald Godin.
  • Il conseille aussi de jeunes artistes émergents et intéressants : Jocelyn Thouin, Charlotte L’Orage, Gabriel Robichaud et Émilie Turmel.
  • Gabrielle Boulianne-Tremblay suggère de lire Sylvia Plath (surtout Ariel et Le colosse), Jean-Christophe Réhel et Marie Uguay.

Des recueils

Les suggestions de Rachel Arsenault

  • Rapport de stage en milieu humain, de Bertrand Laverdure
  • L’avion est un réflexe court, de Catherine Cormier-Larose
  • La forme du jour, d’Élise Turcotte
  • Du haut de mon arbre, de Serge Patrice Thibodeau
  • Là où il fait si clair en moi, de Tanella Boni

10 suggestions du poète Jean-Paul Daoust

Le poète rit de bon coeur.

Jean-Paul Daoust, notre rayon de soleil en résidence.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

  • Boîte d'images, de Denise Boucher
  • Habiter est une blessure, de François Godin
  • Uiesh/Quelque part, de Joséphine Bacon
  • La douleur du verre d'eau, de Jean-Christophe Réhel
  • Des longueurs dans le Styx, de Jean-Sébastien Larouche
  • Poupée de rouille, de David Ménard
  • Fourrer le feu, de Marjolaine Beauchamp
  • Toutou tango, de Baron Marc-André Lévesque
  • Grand fanal, de Pierre Morency
  • La main hantée, de Louise Dupré

Des maisons d’édition spécialisées en poésie

Éditions du Noroît, Poète de brousse, Éditions du passage, Les Herbes rouges, Les Écrits des Forges, Les Éditions de l'Hexagone, les Éditions de l'Écrou, L'Oie de Cravan, Prise de parole et Mémoires d’encrier


Des sites pour lire de la poésie

Prix de poésie : Inscrivez-vous du 1er avril au 31 mai

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