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La stratégie d'économie de l'eau potable de Québec n'a pas de cadre financier

Un robinet avec une goutte.
Le gouvernement du Québec lance une stratégie d'économie de l'eau potable Photo: Radio-Canada/Simon-Marc Charron
Anne Marie Lecomte

Dans le but de mieux utiliser l'eau potable au Québec, le gouvernement de François Legault entend limiter le nombre de fuites et ainsi réduire de 20 % la quantité d'eau distribuée par personne d'ici 2025. Le gouvernement caquiste se refuse toutefois à chiffrer combien il en coûtera pour aider les municipalités à rajeunir leurs infrastructures et leurs conduites d'eau.

« Le système de réseaux d'aqueducs est assez désuet au Québec », reconnaît la ministre des Affaires municipales et de l'Habitation, Andrée Laforest, qui lançait vendredi la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable 2019-2025.

Cette stratégie est destinée à améliorer le bilan des municipalités à l'égard de la distribution et de la consommation d'eau potable.

Mais le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) affirme qu'il est impossible à l'heure actuelle d'évaluer combien il lui faudra investir pour aider les municipalités dans la réfection de leurs infrastructures et de leurs conduites d'eau.

« On est en mode investissement pour la réfection des conduites et on veut corriger toutes les fuites », dit néanmoins la ministre Laforest.

La ministre des Affaires municipales compte sur la collaboration des municipalités « pour protéger ce qu'il y a de plus précieux au Québec : l'eau ». D'ailleurs, elle était accompagnée en conférence de presse des représentants de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), de la Ville de Montréal et de la Ville de Québec.

Daniel Côté, de l'UMQ, a fait valoir que Québec doit fournir « un cadre financier » pour soutenir sa stratégie de Québec en matière d'eau potable. « Nous allons accélérer la réfection de nos réseaux d’aqueduc et de nos réseaux d’égouts, a déclaré M. Côté. Par contre, ce travail souterrain impose de fortes pressions sur les budgets municipaux. »

Il n'y aura de succès que si le gouvernement du Québec y va « d’un engagement accru et important », a souligné M. Côté.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités du Québec, salue la volonté commune du gouvernement provincial et des municipalités de s'attaquer au gaspillage d'eau potable. Il rappelle que la précédente stratégie provinciale avait donné de bons résultats. La quantité d'eau distribuée à chaque citoyen a en effet été réduite de 26 %, par rapport à 2001.

Au Québec, on consomme 573 litres d'eau par personne, par jour. « C'est énorme et c'est deux fois plus que l'ensemble du Canada et l'Ontario », dit la ministre Laforest.

Deux fontaines dans un établissement surmontées d'un panonceau indiquant que l'eau n'est pas potableDes municipalités du Québec n'ont pas d'eau potable, certaines depuis des années. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Robillard

Longs délais, longue attente

Une trentaine de municipalités ont des problèmes de qualité d'eau potable au Québec. Une compilation faite par Radio-Canada a établi qu'environ 12 000 Québécois ne peuvent pas boire l'eau de leur robinet, certains depuis plus de 10 ans.

Par exemple, en Gaspésie, les résidents de La Martre doivent faire bouillir l'eau depuis 18 ans. À Warden, en Montérégie, des gens vivent avec un avis d’ébullition de l’eau depuis 11 ans.

Certes, un programme en deux volets, PRIMEAU, a été établi pour aider les municipalités à rajeunir leurs infrastructures et leurs conduites d'eau. Il est doté d'un budget de 670 millions de dollars.

Mais l'évaluation des demandes provenant des municipalités nécessite du temps, explique Andrée Laforest, parce que le gouvernement doit tenir compte des questions de zonage et d'environnement. L'expertise de firmes d'ingénierie est aussi nécessaire.

Au final, la décision appartient aux municipalités, insiste la ministre. « Nous, on n'est pas là pour décider si elle [la municipalité] doit refaire son réseau d'aqueducs ou pas ».

Pour Jacques Demers, président de la FQM, ces délais administratifs compromettent la qualité de vie des citoyens : « C'est du monde qui, aujourd'hui, ne peut pas ouvrir le robinet et dire : “on prend un bon verre d'eau” ».

On parle d'années avant de régler ces problèmes-là et des fois, des décennies. Des villages complets doivent faire bouillir leur eau pour avoir de l'eau potable. La plupart des maires et mairesses me disent dans ces dossiers-là : “c'est souvent administratif”.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités du Québec

Colmater les fuites

Réduire les fuites d'eau est l'un des objectifs du gouvernement de François Legault. Cela s'impose, dit la ministre Laforest : « Ça n’a aucun sens, ce qui se passe au niveau des fuites au Québec ».

Il en coûte 5 milliards de dollars pour traiter l'eau au Québec, chaque année. « C’est non acceptable et c’est considérable », affirme-t-elle.

On ne veut pas arriver à des catastrophes et on est à la limite, là.

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l'Habitation du Québec

La ministre croit qu'avec les programmes existants, Québec parviendra à corriger les fuites d'eau.

Une question de santé publique

À la Fondation Rivières, qui veille notamment à la préservation et à la restauration de la qualité de l’eau, on est consterné du « peu d'empressement du gouvernement à accompagner les municipalités pour trouver des solutions aux problèmes d'approvisionnement en eau potable ».

La Fondation Rivières plaide que les solutions techniques existent et recommande que Québec désigne sur-le-champ des experts pour régler ce qu'elle qualifie de « question de santé publique ».

Avec les informations de Jean-Philippe Robillard

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