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chronique

Diversités : les redouter ou les apprivoiser?

L'une de nombreuses prestation lors du Festival Afro Latinx Live Music à Edmonton, le 2 mars 2019.
L'une de nombreuses prestation lors du Festival Afro Latinx Live Music à Edmonton, le 2 mars 2019. Photo: Radio-Canada / Jean-Marie Yambayamba
Jean-Marie Yambayamba

La question des diversités culturelles et raciales n'est pas nouvelle. Mais j'ai eu envie de la revisiter à la lumière de la tragédie récente en Nouvelle-Zélande et des initiatives locales pour combattre le racisme et l'exclusion. Je suis bousculé par le contraste entre les peurs qui portent certaines personnes à la méfiance, voire à la violence, et les audaces qui poussent d'autres personnes à franchir les « frontières », voire à embarquer dans une mobilisation audacieuse.

Le 2 mars, j'ai assisté à un spectacle culturel qui m'a à la fois ému et réconforté. Le groupe multiculturel « La Connexion Afro Latina », aussi appelé « La Connexional », a donné un concert tropical engagé au « The Starline Room », en plein centre-ville d'Edmonton. Le Festival de musique Afro Latinx a convié au même endroit des couleurs, des chorégraphies et des sons des cultures latines, africaines et caribéennes. Le public qui reflétait la diversité démographique et culturelle d'Edmonton était au rendez-vous.

Pendant des heures se sont succédé: Jhoni The Voice, Sangea Academy, Saint & The Full 100 Band, Manny V. Y. Su Esquina Latina, MelAfrique, Soji Joseph & Friends, Kongo Biz, Lexipaz, Cvzy Series, Nasra Adem, Vivian, SocaFit. Difficile de résister au magnétisme de ces artistes qui donnaient leurs 100 pour cent sur la plateforme. La spacieuse salle du bar permettait à chacun de se déhancher dans une ambiance « métissée » et « serrée », au rythme des musiques d'horizons divers.

L'audace contre la peur

Cette fièvre tropicale « annulait littéralement l'hiver » pour une soirée, comme l'on pouvait le lire sur l'affiche annonçant l'événement : « Winter cancelled ». Le festival témoignait aussi de l'audace des organisateurs à briser les barrières pour entraîner leurs concitoyens à la célébration. David Shepherd, député provincial d'Edmonton-Centre jusqu'à très récemment, était du nombre. Il a profité de cette occasion pour rappeler les engagements de la province afin de renforcer la coexistence harmonieuse des Albertains dans leur diversité.

David Shepherd, député provincial sortant d'Edmonton-Centre, lors du Festival de musique afro latinx, le 2 mars 2019.David Shepherd, député provincial sortant d'Edmonton-Centre, lors du Festival de musique Afro Latinx, le 2 mars 2019. Photo : Radio-Canada / Jean-Marie Yambayamba

À la fin-février, la province a, en effet, lancé son tout premier conseil aviseur contre le racisme. Le groupe placé sous la direction du ministre de l'Éducation regroupe 24 membres sélectionnés parmi 300 candidats représentant notamment les communautés autochtones, africaines, musulmanes, juives, sud-asiatiques, etc. Dans un communiqué, le gouvernement indique que le conseil l'aidera à développer des stratégies pour mettre fin au racisme et à la discrimination dans cette province dont le tiers de la population vient de l'extérieur du Canada.

Des initiatives pertinentes

Le Festival de musique Afro Latinx et le nouveau conseil aviseur provincial ne peuvent que prendre davantage de relief devant une actualité qui rappelle que certains continuent de redouter la diversité installée dans nos sociétés. J'ai senti ce relief après la tuerie de masse à l'intérieur du Centre culturel islamique de Québec, le 29 janvier 2017. Je l'ai aussi senti après qu'un suprémaciste blanc ait ouvert le feu dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, le 15 mars dernier, faisant une cinquantaine de morts.

Selon le Réseau canadien des droits des migrants, ce genre d'incidents en ajoutent à l'urgence de demander des actions contre la xénophobie. C'est d'ailleurs ce que cette coalition a fait à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination du racisme qui est célébrée le 21 mars. Aux décideurs, les membres demandent notamment un statut de résident permanent, un travail décent, des protections professionnelles et l'accès aux services sociaux pour tous les immigrants. Ils veulent aussi une vraie justice pour les genres et les races, le respect de l'autodétermination des Autochtones, etc.

Le public a répondu en grand nombre au Festival Afro Latinx Live Music, le 2 mars au « The Starline Room », centre-ville d'Edmonton.Le public a répondu en grand nombre au Festival Afro Latinx Live Music, le 2 mars au « The Starline Room », centre-ville d'Edmonton. Photo : Radio-Canada / Jean-Marie Yambayamba

Mais les actions devraient aussi venir des initiatives de personnes qui mettent leur audace à l'épreuve. Le Festival de musique Afro Latinx fait, à mon humble avis, partie de cette catégorie. Je lève mon chapeau aux organisateurs bénévoles qui, en plus de pouvoir mobiliser des groupes variés, n'ont pas hésité à se mettre eux-mêmes en scène pour entraîner ceux qui, comme moi, étaient au début tentés de se replier dans le « confortable » rôle du spectateur. Je crois, dans tous les cas, que notre rôle social se joue dans le choix entre la peur qui porte à marginaliser l'autre et l'audace qui permet de « l'apprivoiser », pour reprendre le mot d'Antoine de Saint-Exupéry.

Alberta

Musique