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L’Angleterre préhistorique se réunissait autour de grands banquets

On voit le monument de pierres dressées de Stonehenge, sous un ciel nuageux.

Image captée au site de Stonehenge lors de l'éclipse solaire du 11 août 1999.

Photo : Reuters

Renaud Manuguerra-Gagné

Il y a 4000 ans, Stonehenge était le site de grandes fêtes. En analysant les ossements des porcs qui y étaient consommés, des chercheurs ont montré que ces événements avaient une ampleur insoupçonnée. Des participants étaient même prêts à parcourir des centaines de kilomètres pour s'y retrouver... et ils amenaient leurs porcs avec eux!

Les lieux touristiques ou les festivals d’une région attirent de nos jours des participants provenant des quatre coins de la planète, mais l’importance qu’on accorde à de grands rassemblements et surtout l’effort qu’on est prêt à faire pour y participer remontent à très loin dans l’histoire humaine.

Selon les travaux de chercheurs britanniques, ceux qui habitaient la Grande-Bretagne il y a plus de 4000 ans parcouraient aussi des distances remarquables pour participer à des banquets dans le sud de l’Angleterre, dans la région où se trouve le mythique Stonehenge.

Bien que cette structure de pierre soit l’une des plus connues de l’époque néolithique, plusieurs autres assemblages de pierre ont été construits dans la région voisine. Et près de chacun de ces sites, des fosses contenant les ossements de centaines de porcs témoignent de l’ampleur des festivités qui y avaient lieu.

Or, une nouvelle étude (Nouvelle fenêtre) a permis de découvrir l’origine des participants grâce à la composition des ossements des porcs qui y étaient consommés. Selon les données obtenues, ces animaux, et donc leurs propriétaires, ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres pour être de la fête, que ce soit en tant qu'invités ou que plats de résistance.

Apportez votre porc

L’idée que de grands banquets avaient lieu en Angleterre lors de la période néolithique est connue depuis longtemps, mais on en sait beaucoup moins sur les personnes qui participaient à ces rassemblements. Puisqu’à l’époque, les habitants de la région pratiquaient la crémation, très peu d’ossements humains ont été retrouvés sur ces sites. Il a donc toujours été difficile de déduire la provenance des convives qui s’y sont retrouvés.

Les porcs qui ont été consommés lors de ces fêtes n’avaient pas droit au même traitement, ce qu'attestent les ossements retrouvés. Mais aucun chercheur n’avait pensé à analyser la provenance des ossements jusqu’à maintenant, probablement parce qu'on tenait pour acquis que ces porcs étaient d'origine locale, puisque transporter ces animaux sur une grande distance n’est pas une tâche facile.

Or, au cours de son existence, tout être vivant absorbe différentes molécules de son environnement et intègre à son corps et à ses os une signature spécifique à la région où il a grandi. En analysant des variantes de certains éléments, qu’on appelle des isotopes, il est possible de recréer une signature spécifique permettant de déduire l’origine d’un être vivant.

Les chercheurs se sont intéressés à quatre sites néolithiques aux environs de Stonehenge, dont les origines remontent à une période allant de l’an 2800 à 2400 avant notre ère. Ils y ont obtenu des os provenant de 131 porcs distincts et ont mesuré le niveau de cinq isotopes différents : le strontium, l’oxygène, le carbone, l’azote et le soufre.

Ces cinq éléments étaient suffisants pour déduire la source de la nourriture absorbée par l’animal, soit des protéines de provenance terrestre, marine, animale ou végétale, et ainsi avoir une meilleure idée de son origine.

Ces signatures isotopiques ont montré que bien peu des bêtes consommées dans la région avaient grandi sur place. La plupart venaient de sites éloignés, parfois de centaines de kilomètres de là. Certains porcs ont même été identifiés comme provenant du pays de Galles ou d’aussi loin que l’Écosse.

Selon les auteurs, il est surprenant que les animaux soient venus d’aussi loin, surtout qu’il est plus difficile de déplacer des porcs que d’autres animaux d’élevage, comme des bœufs, par exemple.

Les auteurs ont évalué la possibilité que les animaux aient été sacrifiés avant le début du voyage, mais puisque des crânes et d’autres segments peu comestibles ont été retrouvés dans les fosses à proximité des banquets, il aurait été surprenant que les voyageurs aient gaspillé de l’énergie à transporter des coupes non destinées à la consommation.

De plus, les méthodes de préservation de l’époque n’auraient pas permis de conserver la viande pour toute la durée du voyage.

Ces observations laissent croire aux chercheurs qu’il devait être très important pour les invités de contribuer au banquet en apportant leurs propres animaux plutôt que de se procurer des spécimens d’élevage une fois sur place.

Ces travaux montrent aussi que ces rassemblements se composaient de participants provenant de toute la Grande-Bretagne, ce qui en faisait un point de contact et d’échange entre les différentes communautés du territoire.

Archéologie

Science