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Glorification des tueurs de masse : et si on cessait de les nommer?

Un accusé vêtu d'une tunique est accompagné par des policiers.
Le suspect dans la double fusillade survenue en Nouvelle-Zélande lors de sa comparution samedi dernier devant un tribunal. Photo: Reuters
Camille Bourdeau

À la suite des attentats en Nouvelle-Zélande, la première ministre du pays, Jacinda Ardern, a demandé aux médias de ne pas publier le nom ou la photo du tireur accusé. Plusieurs experts appuient cette initiative qui vise à éviter la glorification des tueurs de masse.

Depuis son arrestation, les médias brouillent le visage de l’auteur des attentats en Nouvelle-Zélande afin qu'il ne soit pas connu du public.

Cette prudence journalistique vise à limiter l’effet d'entraînement et la glorification du suspect.

Les « vedettes » du crime

Dans le cas de l’attentat en Nouvelle-Zélande, le tireur avait exprimé son admiration pour d’autres tueurs de masse en inscrivant leurs noms sur ses armes.

Troublante réalité qui pousse plusieurs médias à s'interroger sur la place qu’ils accordent aux criminels.

Lorsqu’on glorifie un tueur de masse, on le transforme en star du crime et il devient un modèle [...] En tant que média, il faut se questionner à savoir si on veut générer un modèle qui pourrait en inspirer d’autres.

Marie-Linda Lord, professeure titulaire en information-communication à l’Université de Moncton.

Il faut qu’il y ait des leaders mondiaux qui donnent le ton, ajoute-t-elle, en précisant que les grands médias ont le pouvoir de transformer le traitement journalistique de ce type de nouvelle.

Le besoin de reconnaissance

Le psychiatre Louis Thériault explique que les tueurs de masse sont généralement des mésadaptés sociaux qui recherchent une forme de compensation à leur sentiment de rejet.

C’est une compensation narcissique pour l’estime de soi de commettre un crime du genre. Ça lui donne une forme de reconnaissance sociale, même si elle n’est pas sous forme d’appui; au moins il n’est plus anonyme.

Dr Louis Thériault, psychiatre

Comme tous les êtres humains, les criminels ont besoin de s’identifier à un modèle.

Il croit que l’attention médiatique accordée à un tueur peut avoir un effet d’entraînement et qu'il serait sage de ne pas médiatiser les massacres inutilement après les faits, pour éviter l'imitation.

Un jeune homme en fauteuil roulant porte les mains à son visage. Des gens sont rassemblés autour de lui.Zaid Mustafa, 13 ans, assiste aux funérailles de son père et de son frère, tués dans l'attaque. Photo : Getty Images / Carl Court

Lorsque l'événement est publicisé et que la personne qui a commis le crime est présente dans les médias, généralement dans les jours ou les mois qui suivent, il y a d’autres événements qui se répètent.

Marie-Andrée Pelland, criminologue

Crime de masse à l’ère du numérique

La criminologue Marie-Andrée Pelland explique que les criminels ont les mêmes aspirations que les autres citoyens dans la société où ils évoluent et que le besoin de représentation de soi sur les réseaux sociaux est aussi important pour eux.

Marie-Andrée Pelland Marie-Andrée Pelland croit que de taire le nom des tueurs empêchera de leur donner la notoriété qu'ils recherchent. Elle constate que la société, de façon générale, éprouve une certaine fascination pour les tueurs en série et le monde criminel. Photo : Image : Université de Moncton

Se représenter sur Facebook, se filmer en action pour le montrer aux autres, c’est une motivation qu’ils ont, comme tout le monde. Sauf que la gravité de l’acte rend ça beaucoup plus horrible.

Marie-Andrée Pelland, criminologue
Une personne tient un cellulaireLa diffusion en direct sur Facebook de la tuerie de Christchurch place l'entreprise américaine en difficulté, estiment des experts. Photo : Associated Press / Karly Domb Sadof

Elle souligne qu’il est important de faire la distinction entre l’adulation d'un tueur et ceux qui cherchent de l’information sur sa méthode. C’est plus une recherche pour savoir comment [il] peut atteindre le succès par rapport au crime planifié.

Les tueurs de masse, précise-t-elle, agissent généralement par rapport à une motivation intrinsèque.

Nouveau-Brunswick

Crimes et délits