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Trump isolé dans sa volonté de céder le Golan à Israël

Le récit de Sébastien Desrosiers
Radio-Canada

Les ennemis et les alliés des États-Unis rejettent à l'unanimité la volonté du président américain de reconnaître la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, un territoire syrien que l'État hébreu a conquis en 1967 et annexé en 1981.

L’intention de Donald Trump, annoncée jeudi sur Twitter, est mal accueillie non seulement par la Syrie, l’Iran et la Russie, mais aussi par l’Union européenne (UE), la Turquie et l’Égypte.

Les déclarations de Donald Trump « confirment une nouvelle fois le parti pris aveugle des États-Unis en faveur de l'occupation sioniste et leur soutien à cette attitude agressive » des Israéliens, a commenté le ministère des Affaires étrangères de la Syrie, qui demeure techniquement en guerre avec Israël. Elles ne « changeront rien au fait que le Golan est et restera arabe et syrien ».

La position américaine sur la partie occupée du Golan syrien reflète clairement le mépris des États-Unis pour les règles internationales et leur violation flagrante du droit international.

Ministère des Affaires étrangères de la Syrie, cité par l'agence Sana

Cette déclaration a trouvé un écho à Téhéran, grand allié de Damas. « Cette reconnaissance illégale et inacceptable ne change rien au fait qu'il (le Golan) appartient à la Syrie », a déclaré un porte-parole de la diplomatie iranienne, cité par la télévision nationale.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Russie, pays qui a appuyé le régime syrien de tout son poids dans la guerre civile des dernières années, a aussi déclaré que tout changement de statut du Golan représenterait une violation flagrante des résolutions des Nations unies, selon l’agence RIA.

De tels appels peuvent déstabiliser considérablement la situation [...] au Proche Orient. Pour l'instant, ce n'est qu'un appel. Espérons que cela le restera.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

Le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine, le négociateur Saeb Erekat, a aussi dénoncé les intentions du président Trump. « De quoi demain sera-t-il fait? De déstabilisation et de bain de sang dans la région », a-t-il prédit sur Twitter.

Une touriste prend en photo un panneau de signalisation installé sur le plateau du Golan.Un panneau de signalisation installé sur le plateau du Golan indique la distance à parcourir pour parvenir à Washington, Jérusalem et Damas, entre autres. Photo : Getty Images / JALAA MAREY

Washington n'a pas l'appui de ses alliés

L’Égypte, qui a fait la paix avec Israël et qui reçoit une importante aide militaire américaine, ainsi que la Turquie, alliée des États-Unis au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, ont aussi fait savoir qu’elles désapprouvent la déclaration de Donald Trump.

« Le Golan syrien est un territoire arabe occupé », et son annexion, « nulle et non avenue » au regard du droit international, indique Le Caire dans une déclaration soulignant la nécessité de respecter les résolutions de l'ONU.

« Il ne faut pas permettre de légitimer l'occupation des hauteurs du Golan », a pour sa part déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan, selon qui les propos du président américain ont placé la région au bord d'une nouvelle crise.

Ankara « soutient l'intégrité territoriale de la Syrie », a commenté sur Twitter son ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, ajoutant que les tentatives de Washington pour « légitimer les actes illicites d'Israël ne feraient qu'engendrer de nouvelles violences dans la région ».

L'Union européenne, conformément au droit international, ne reconnaît pas la souveraineté d'Israël sur les territoires occupés par Israël depuis juin 1967, parmi lesquels les hauteurs du Golan, et ne considère pas qu'ils font partie du territoire israélien.

Porte-parole de l'Union européenne à Reuters

« Cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité, en particulier la résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations unies », a commenté le ministère français des Affaires étrangères. « La reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, territoire occupé, serait contraire au droit international, en particulier l’obligation pour les États de ne pas reconnaître une situation illégale. »

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est réjoui de la décision du président Trump, qui lui offre une victoire diplomatique, à moins de trois semaines des élections législatives dans son pays. Le premier ministre israélien est d'ailleurs attendu à Washington la semaine prochaine.

« Alors que l'Iran cherche à se servir de la Syrie comme d'une plateforme pour détruire Israël, le président Trump reconnaît courageusement la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Merci, président Trump », a-t-il écrit sur Twitter.

Poignée de mains devant des drapeaux américain et israélien.Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo serre la main du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, après une déclaration commune, mercredi, à Jérusalem. Photo : Getty Images / JIM YOUNG

Des résolutions sans équivoque de l'ONU

Après la conquête du plateau du Golan lors de la guerre des Six Jours, les Nations unies ont exigé par l’entremise de la résolution 242, en novembre 1967, qu’Israël se retire « des territoires occupés » lors du conflit, qui comprenaient non seulement les territoires palestiniens, mais aussi le Golan.

La résolution 497, adoptée en décembre 1981, stipule pour sa part que « la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ».

En novembre dernier, Washington avait cependant voté pour une première fois contre une résolution annuelle non contraignante de l'ONU considérant l'annexion « nulle et non avenue ». Il était le seul pays, outre Israël, à avoir voté contre; 151 pays ont appuyé la résolution.

Un rapport du département d'État publié il y a 10 jours évoquait par ailleurs les territoires « contrôlés » par Israël – plutôt qu'« occupés », terme traditionnellement préconisé par la diplomatie américaine – pour désigner le Golan, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Le territoire du Golan, qui s’étend sur environ 1200 kilomètres carrés, revêt une importance stratégique certaine puisqu’il surplombe le territoire israélien. Il comprend en outre d'importantes sources d'eau.

Ce n'est pas la première fois que le président Trump rompt avec l'orthodoxie américaine dans la région. En décembre 2017, il avait annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, au grand dam des Palestiniens, qui veulent faire de sa partie est leur capitale.

Cette décision avait été suivie d'importantes manifestations dans la bande de Gaza. Selon une commission de l'ONU, la riposte israélienne a fait 189 morts et 6100 blessés.

Avec les informations de Reuters et d'AFP

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