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Les messageries personnelles d’Ivanka Trump et de Jared Kushner dans la ligne de mire des démocrates

Ivanka Trump, vue de trois quarts, regarde droit devant elle, avec à ses côtés son mari, Jared Kushher.
Les démocrates enquêtent sur l'utilisation possible par Ivanka Trump et Jared Kushner de leur messagerie personnelle dans le cadre de leurs fonctions à la Maison-Blanche. Photo: Reuters / Kevin Lamarque
Sophie-Hélène Lebeuf

Plusieurs responsables de la Maison-Blanche, dont la fille et le gendre du président, pourraient avoir contrevenu à la loi fédérale sur les documents présidentiels en utilisant des comptes de messagerie privés dans le cadre de leur travail à la Maison-Blanche, selon un élu démocrate à la tête d'une commission de la Chambre des représentants.

Elijah Cummings, qui préside la commission de la Chambre chargée de la surveillance et de la réforme gouvernementale, a affirmé jeudi, dans une lettre de 13 pages envoyée à la Maison-Blanche, avoir obtenu de nouvelles informations en ce sens.

Ces renseignements lui ont été fournis par l'un des avocats personnels du couple Trump-Kushner lors d'une rencontre à huis clos en décembre dernier, indique-t-il.

M. Cummings allègue de plus que Jared Kushner, qui agit comme conseiller auprès de son beau-père, aurait eu recours à l'application de messagerie instantanée WhatsApp pour communiquer avec des dirigeants étrangers.

Me Abbe Lowell a dit ignorer si son client avait communiqué des renseignements classifiés, a indiqué M. Cummings. Si c'était le cas, il s'agirait d'une « brèche majeure en matière de sécurité », a-t-il fait valoir.

En octobre dernier, le réseau CNN avait rapporté que M. Kushner avait utilisé WhatsApp pour entrer en communication avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

L'avocat de Mme Trump aurait de plus admis que sa cliente continuait de recevoir des courriels liés à son travail dans un autre compte que celui à sa disposition à la Maison-Blanche et qu'elle avait effacé certains courriels.

L'ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, ainsi que l'ex-conseillère en sécurité nationale adjointe Kathleen McFarland auraient aussi utilisé des comptes personnels dans la conduite des affaires officielles. Les messages que cette dernière aurait échangés concernaient le transfert de technologies nucléaires américaines à l'Arabie saoudite.

Plusieurs médias, dont le New York Times et le site Politico, ont déjà fait état du recours à des messageries personnelles par des responsables de la Maison-Blanche, identifiant des conseillers de la Maison-Blanche, dont Jared Kushner.

Le Washington Post précisait quant à lui en novembre dernier qu'Ivanka Trump avait utilisé son compte personnel de messagerie une centaine de fois en 2017 pour contacter d'autres responsables de l'administration.

Les courriels d'Hillary

Depuis les toutes premières révélations dans les médias, les démocrates n'ont pas manqué de souligner l'ironie de la situation et accusé les républicains d'hypocrisie.

Pendant la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump avait fait état de l'utilisation d'un serveur privé par sa rivale démocrate Hillary Clinton lorsqu'elle était secrétaire d'État, l'une de ses principales lignes d'attaque, promettant même de nommer un procureur spécial pour étudier la situation. Celle-ci avait notamment dû justifier d'avoir effacé quelque 30 000 courriels.

Au cours de ses rassemblements électoraux, les partisans de Donald Trump scandaient régulièrement « Emprisonnez-là! »

Hillary Clinton, dont les pratiques avaient soulevé des questions sur la sécurité de ses communications diplomatiques, avait fait l'objet d'une enquête du FBI en 2015.

La police fédérale avait relancé l’enquête en octobre 2016, deux semaines avant l’élection présidentielle, puis l’avait fermée deux jours avant le scrutin, disant n’avoir rien trouvé qui justifierait une inculpation.

Les républicains avaient malgré tout continué de taper sur ce clou par la suite.

La Maison-Blanche sommée de collaborer

M. Cummings reproche également à la Maison-Blanche de ne pas s'être conformée à la demande de la commission de lui fournir les documents qu'elle réclame dans ce dossier.

L'enquête menée par la commission, alors contrôlée par les républicains, avait été lancée en mars 2017 dans la foulée des premiers reportages sur le sujet.

Le président de la Chambre chargée de la surveillance et de la réforme gouvernementale accuse la Maison-Blanche de s'être traîné les pieds tout au long de 2017 et 2018 et de n'avoir transmis qu'une minorité des documents qui lui étaient demandés.

Devant le manque de collaboration de l'administration républicaine, l'élu démocrate est revenu à la charge en décembre 2018, après avoir été nommé à la tête de la commission, demandant sans succès que les documents pertinents lui soient remis le 11 janvier.

Il donne maintenant à la Maison-Blanche jusqu'au 28 mars pour indiquer si elle entend se plier à sa requête. En cas de refus, la commission sera contrainte de « considérer d'autres moyens pour obtenir l'information dont elle a besoin pour mener son enquête », prévient-il.

Il fixe en outre au 4 avril la date limite pour lui indiquer le procédé utilisé par la Maison-Blanche et le Conseil de sécurité nationale pour protéger les informations sensibles et classifiées reçues ou envoyées par la Maison-Blanche.

Les avocats de la Maison-Blanche ont indiqué qu'ils étudieraient sa lettre et « donneraient une réponse raisonnable en temps opportun ».

Fin de non-recevoir pour les échanges entre Trump et Poutine

Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors du sommet des dirigeants du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018. Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors du sommet des dirigeants du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018. Photo : Reuters / Marcos Brindicci

L'avocat de la Maison-Blanche, Pat Cipollone, a par ailleurs rejeté la requête des présidents des commissions du renseignement, des affaires étrangères et de la surveillance concernant les communications privées entre le président Trump et son homologue russe, Vladimir Poutine, annonçant un bras de fer entre l'administration Trump et les démocrates de la Chambre.

La Constitution et les tribunaux ont accordé au président une large autorité pour mener la politique étrangère, leur a-t-il répondu par lettre.

Les trois commissions veulent notamment savoir si Donald Trump a « dissimulé » ou « détruit » des comptes rendus de leurs conversations, ce qui serait « en contradiction directe avec les lois fédérales », ont-ils argué.

En janvier dernier, le Washington Post a rapporté qu'il n'existait aucun rapport détaillé des échanges que Donald Trump a eus avec Vladimir Poutine dans cinq endroits au cours des deux dernières années.

Le quotidien affirmait aussi qu'après un entretien avec Poutine à Hambourg, en Allemagne, en 2017, le président américain se serait emparé des notes de son interprète en lui demandant de ne pas partager la teneur de la discussion avec les autres membres de son administration.

En juillet 2018, le président Trump avait stupéfié républicains comme démocrates à l’issue d’une rencontre avec le président Poutine au sommet d’Helsinki, disant qu'il n'y avait aucune raison de croire à l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Il refusait ainsi de se ranger derrière les agences de renseignement américaines.

La puissante commission judiciaire mène de son côté une vaste enquête pour déterminer si le président américain et son administration se sont livrés à des actes de corruption, à des abus de pouvoir ou fait obstruction à la justice.

Chaque assignation pour la production de documents sera au besoin débattue jusqu’en Cour suprême, a prévenu un conseiller de l’équipe juridique du président après la victoire des démocrates à la Chambre des représentants, en novembre 2018.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de New York Times, et CNN

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