•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Avec des millions en plus, le ministre-enseignant saura-t-il changer la donne?

Un mission d'envergure attend le ministre-enseignant
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge Photo: Radio-Canada
Bernard Leduc

Avant Jean-François Roberge, enseignant de carrière, Québec n'avait pas eu depuis longtemps un ministre de l'Éducation aussi au fait de son sujet. Les attentes sont d'autant plus élevées. Mais l'enseignant-ministre a l'appui de son chef : les dépenses en éducation et en enseignement supérieur seront haussées de 5,1 % en 2019-2020, soit 230 millions de dollars additionnels.

La croissance sera ramenée à une moyenne de 3,8 % pour les deux années suivantes, pour atteindre quelque 2,4 milliards d’investissements additionnels sur cinq ans.

Aucune autre mission de l’État n’a plus d’importance que l’éducation. Voici comment le ministre des Finances, Eric Girard, a résumé la philosophie du gouvernement Legault, se félicitant de ce qu’il décrit comme l’une des hausses les plus importantes depuis des décennies.

Car le Québec, après des décennies de compressions et de lutte contre les déficits, mais aussi grâce à une économie somme toute en bonne santé, se révèle plus riche qu’il ne l’avait été depuis bien longtemps. Il était temps, pourrait-on dire, étant donné que le gouvernement caquiste aura fort à faire pour consolider un héritage longtemps négligé, faute de moyens.

On ne compte plus, en effet, les manchettes portant sur ces écoles vétustes, surpeuplées, où la salubrité laisse à désirer.

Environ 20 milliards de dollars provenant du Plan québécois des infrastructures 2019-2029 (PQI) seront en conséquence injectés dans la brique et le béton pour la rénovation, la construction et l’entretien des écoles et des établissements d’enseignement supérieur.

La part du lion va sans surprise au maintien en bon état des infrastructures actuelles. Du plancher au plafond, en passant par la qualité de l’air entre les quatre murs.

Pas moins de 6 écoles préscolaires et primaires sur 10, ainsi que la moitié des écoles secondaires, obtiennent une note de D ou E quant à la qualité de leurs infrastructures, selon le PQI.

Québec prévoit aussi agrandir et construire quelque 80 écoles.

Nous mettrons de belles écoles à la disposition des jeunes Québécois.

Le ministre des Finances, Eric Girard

Maternelles 4 ans : une question de tempo

Le gouvernement de la CAQ invite aussi le milieu de l’éducation à un changement de philosophie avec l’arrivée des maternelles 4 ans. Elles existaient déjà comme projets pilotes lancés sous les libéraux, mais la CAQ voit en elles un réel projet de société. Il y aura donc, comme prévu, création de 250 classes dès septembre de cette année, et les fonds sont au rendez-vous, mais, il faut le noter, à un rythme plus lent qu'espéré.

Le cadre financier de la CAQ présenté en campagne électorale prévoyait en effet, dès la première année, l’injection de 62 millions pour leur mise sur pied en 2018-2019. On parle maintenant de 36 millions, puis 72 l’année suivante, contre les 124 annoncés.

La résistance du milieu au projet peut expliquer cette révision, sinon la difficulté à trouver aussi vite les locaux et le personnel suffisants à cette initiative d’une envergure peu commune depuis la création du système d’éducation moderne au Québec, dans les années 60.

« Le déploiement prévu tient compte des ressources actuelles du réseau scolaire », souligne d’ailleurs le budget.

Bref, on vise le long terme. D’ailleurs, en 2022-2023, on injectera 318 millions dans les maternelles 4 ans, puis 436 l’année suivante, pour un total de 1 milliard sur cinq ans. Le paquebot de l’éducation atteint alors sa vitesse de croisière.

Les maternelles 4 ans ont notamment été présentées par le gouvernement Legault comme une façon d’offrir un meilleur encadrement psychoéducatif aux enfants, une intervention en bas âge auprès des enfants ayant des troubles d’apprentissage étant vue comme la clé de la réussite scolaire.

Il faut donc mentionner que la CAQ a prévu le coup, en amont, avec quelque 48 millions en 2019-2020 qui seront tirés du budget de la santé pour dépister le plus tôt possible les troubles de l’apprentissage chez les 0 à 5 ans grâce au programme Agir tôt. On parle de 340 millions sur cinq ans.

Québec promet sinon qu’un soutien professionnel amélioré sera offert tout au long du parcours scolaire des enfants, financement supplémentaire à l’appui. Le budget 2019-2020 prévoit 47 millions par année pour « assurer un seuil minimal de service aux élèves ».

On peut aussi considérer que la décision du ministre de l’Éducation d’offrir une heure d’activité parascolaire de plus par jour au secondaire relève de cet état d’esprit qui préside à son action : donner à chaque enfant les moyens d’aller au bout de son potentiel (pour parler chiffres, ce sera 455 millions sur cinq ans).

Donner du lustre à une profession ternie

Le ministre-enseignant Roberge promet que son gouvernement soutiendra la réussite et la persévérance de tous les élèves, mais les enseignants ne sont pas en reste. Malmenée, la profession enseignante verra son blason redoré. Des bourses d’excellences seront offertes aux aspirants enseignants présentant un « dossier scolaire relevé », pour un total de 16 millions de dollars.

On ne peut s’empêcher d’y voir un incitatif financier pour attirer les jeunes vers une profession qui séduit de moins en moins.

Car Québec souhaite aussi renverser cette tendance où l'on voit les jeunes enseignants quitter en grand nombre la profession dans les premières années, entre autres en raison de leurs conditions de travail.

On parle notamment ici de mentorat, mais aussi d’une série d’autres mesures pour que ces derniers n’affrontent pas seuls cette tempête que constituent bien souvent les premières années dans la profession. Conclusion : 25 millions sur cinq ans.

À qui appartient le printemps?

Le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Sylvain Mallette, a trouvé sa formule pour résumer les annonces en éducation : « des mesures qui annoncent un redoux, mais le printemps sera tardif ».

D’abord, les mesures. M. Mallette salue l’ajout de 150 classes spécialisées en milieu défavorisé. Il se félicite aussi que le ministre ait tenu bon sur la question des maternelles 4 ans. De plus, le programme de mentorat lance le bon message.

Puis, le printemps qui tarde. Les écoles sont aux prises avec une pénurie de personnel, des taux d’absentéisme et de détresse élevés, et un problème de rétention : quelque 20 % des enseignants partent après cinq ans de pratique. C’est que les conditions de travail sont difficiles, et la réputation de la profession en prend pour son rhume sur bien des tribunes.

Alors, voilà : tout cela dit, c’est intéressant, mais insuffisant. Pas assez, en somme, pour redresser la barre.

Éducation

Politique