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L'insécurité linguistique chez les Acadiens vue par Isabelle Violette, sociolinguiste

Une jeune Acadienne qui témoigne de son accent.
Rad, le laboratoire de journalisme de Radio-Canada, a interviewé cinq jeunes Acadiens à propos des réactions par rapport à leur accent et de l'insécurité linguistique qu'elle peut engendrer. Ci-dessus: Lisa Savoie-Ferron de la Péninsule acadienne. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Une équipe de Rad, le laboratoire de journalisme de Radio-Canada, a recueilli les réflexions de cinq jeunes Acadiens de différents horizons au sujet de leur parler et de leur accent, souvent stigmatisés dans le reste de la francophonie canadienne. Ces jeunes expriment un certain agacement, tout en assumant pleinement leur différence. Karine Godin, du Téléjournal Acadie, a recueilli à ce sujet les commentaires d'Isabelle Violette, sociolinguiste à l'Université de Moncton.

Isabelle Violette, vous touchez à cette notion d’insécurité linguistique dans vos cours à l’université… Qu’est-ce que vous avez pensé de la capsule?

La capsule est assez frappante, d’une part du fait que les jeunes apparaissent décomplexés. Il y a vraiment une très forte affirmation chez ces jeunes de leur droit à la différence [...]. Ils refusent aussi beaucoup de se conformer. On peut se poser la question d’ailleurs : « Pourquoi, qu’est-ce qui fait que ces jeunes arrivent à contester? »

Est-ce que vous avez la réponse?

Ils sont dans des positions qu’on peut dire privilégiées. Ce qui est frappant, dans la capsule, c’est qu’ils ont une maîtrise du français standardisé. Ce qui ne les empêche pas, d’ailleurs, d’employer des termes familiers, des termes plus vernaculaires, régionaux, un peu de grossièreté. Mais en même temps, dans leur discours, il y a une maîtrise, un certain contrôle, une assurance aussi qui se dégage.

Est-ce que ça représente bien l’insécurité linguistique des Acadiens, selon vous, cette capsule-là?

Je pense que ça représente l’insécurité linguistique d’une partie des Acadiens qui ont une trajectoire sociale particulière.

En fait, l’insécurité linguistique, c’est un sentiment qui est rattaché chez une population qui monte dans l’échelle sociale, parce que c’est une population qui va être plus mobile, qui va être en contact avec des communautés à l’extérieur de la sienne et qui aussi poursuit souvent des études universitaires.

Donc il y a des formes de prises de conscience parce que l’insécurité linguistique, c’est quoi? C’est la prise de conscience que sa façon de parler n'est pas conforme, ne correspond pas à ce qui est socialement attendu et valorisé.

Et c’est par rapport à l’autre aussi…

C’est par rapport à l’autre qui peut incarner, justement, cette bonne façon de parler et donc, plus on est en contact avec les institutions du pouvoir que sont l’école, l’université, les médias, le gouvernement, plus on peut prendre conscience, plus on peut avoir cette conscience aiguë, mais en même temps, chez les jeunes qui participent à cette capsule-là, ce qui me frappe aussi c’est qu’ils ont les outils intellectuels pour comprendre l’insécurité linguistique.

Et c’est à partir de ces outils intellectuels – ils parlent de légitimité, d’aliénation – [qu'] ils montrent qu’ils comprennent, finalement, comment le système fonctionne. Il me semble que c’est une forme d’émancipation, parce que du moment qu’on peut mettre des mots [...] sur ce qu’on vit personnellement, on arrête de subir les effets de cette insécurité, parce qu’on la comprend, on peut l’expliquer. Et parce qu’on la comprend et qu’on peut l’expliquer, on peut réagir, on peut mieux la contester. Le savoir, c’est le pouvoir aussi...

Isabelle Violette, professeure au département d'études françaises de l'Université de Moncton.Interview de Karine Godin, du Téléjournal Acadie, avec Isabelle Violette, professeure au département d'études françaises de l'Université de Moncton. Photo : Radio-Canada

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