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Les aînés au centre d’un budget sans grandes surprises à Québec

Le reportage de Véronique Prince
Julien McEvoy

Pour le premier budget de sa jeune histoire, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait la chance de baigner dans les surplus. Le gouvernement Legault ne s'est pas privé d'en profiter, sans toutefois précipiter ses gestes.

Au total, les nouvelles mesures de la CAQ coûteront 2,3 milliards de dollars à l’État québécois en 2019-2020.

Intitulé Vos priorités, votre budget, le document présenté par le ministre des Finances, Eric Girard, saupoudre un surplus de 2,5 milliards de dollars sur un ensemble de mesures, allant d’un meilleur accompagnement des immigrants à des mesures pour inciter les travailleurs à prolonger leur carrière. Fait à noter, aucune baisse d’impôt ou de la TVQ n’est prévue.

Une des rares surprises concerne la part belle faite aux aînés dans le document. Certes, la santé obtient la part du lion, avec un ajout de 800 millions au budget du ministère. Mais près de la moitié de cette somme ira aux aînés, alors que plus du quart sera investi afin d’ajouter des infirmières et autres professionnels au réseau de la santé.

La CAQ souhaite notamment augmenter de 10 % par année le nombre de personnes âgées qui restent à la maison. C’est pourquoi le gouvernement Legault consacre, dès 2019-2020, 280 millions afin au renforcement des soins et des services à domicile, alors que la somme prévue était de 200 millions.

D’autres sommes sont allouées en vue d’augmenter le nombre de lits et de places d’hébergement en CHSLD, de soutenir les quelque 1,6 million de proches aidants que compte le Québec et de diminuer les frais payés par les adultes hébergés dans les établissements de santé.

Le ministre québécois des Finances Éric Girard explique ses choix.

Pour ce qui est des maisons des aînés, un engagement électoral phare de la CAQ, le gouvernement prévoit toujours en ouvrir 30 d’ici la fin de son premier mandat, sans toutefois investir en ce sens avant 2021-2022.

À la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ), c’est Noël avant le temps. « On se réjouit de notre collaboration avec le gouvernement caquiste, qui a porté ses fruits. Pour une fois, les aînés sont considérés dans un budget. On a quand même 2,5 milliards investis sur cinq ans. On ne peut que se réjouir », a déclaré la directrice adjointe de l’organisme, Lyne Rémillard.

Pour ce qui est de l’éducation, priorité absolue de la CAQ, les investissements sont plus modestes, soit 230 millions pour 2019-2020. La cible du nombre de classes de maternelle 4 ans pour septembre 2019 est établie à 250, avec un investissement de quelque 36 millions de dollars à la clé.

Le ministre Girard a été candide, jeudi, quant à sa connaissance du monde de l’éducation. « Je n’avais jamais entendu parler de l’indice de défavorisation des écoles avant de faire les consultations prébudgétaires, a-t-il avoué. On m’a dit que c’était important. On répond à ça en éducation. »

En effet, son budget bonifie l’enveloppe liée aux indices de défavorisation et en améliore la répartition. Ce souci fait partie d’un ensemble de mesures que le gouvernement affuble du titre « Soutenir la réussite et la persévérance » et qui visent les « clientèles vulnérables » en éducation. On y alloue 25 millions pour 2019-2020.

D’autres mesures font partie des nouveaux investissements de la CAQ en éducation. Le gouvernement alloue notamment 68 millions pour « soutenir et valoriser » les enseignants, ainsi que 44 millions pour bonifier le financement des cégeps et soutenir les universités en région.

La marque de la CAQ

Lorsqu'il s'est fait demander en quoi ce budget était différent de ce qu’auraient fait les libéraux avec le même surplus, le ministre Girard a d’abord vanté ses grandes lignes. « Nous remettons de l’argent dans le portefeuille des Québécois, nous mettons l’emphase sur l’éducation, les aînés se sont imposés, on ajoute de l’argent en santé », a-t-il déclaré.

Mais qu’en est-il de l’empreinte caquiste de ce budget? « Il y a un aspect extrêmement important, c’est l’aspect structurel au niveau économique. On travaille sur l’investissement des entreprises, avec Investissement Québec, et on adresse la rareté de la main-d’œuvre avec une réduction de la charge fiscale des PME et la prolongation de l’incitatif à la carrière », a spécifié cet ancien trésorier de la Banque Nationale.

Toutes des mesures structurelles à long terme, a insisté M. Girard, qui permettront au Québec de rattraper l’économie de ses partenaires.

Pour ce qui est d’Investissement Québec (IQ), la CAQ bonifie son capital-actions et le porte de 4 à 5 milliards. « Cette bonification permettra à Investissement Québec d’intervenir davantage auprès des entreprises à partir de ses fonds propres, notamment sous forme de prêts et de prises de participation », est-il écrit dans le budget.

Les analyses de Martine Biron et Michel David.

Une autre enveloppe de 1 milliard de dollars est allouée à « la croissance des entreprises québécoises et au maintien des sièges sociaux ». Peu de détails ont filtré sur les mesures concrètes associées à cet investissement.

Québec souhaite aussi prolonger la carrière des travailleurs qu’il appelle « expérimentés ». En conséquence, la CAQ abaisse de 61 à 60 ans le plancher afin d’être admissible à ce qui devient le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière.

Le coût total de cette mesure est de 104 millions, ce qui permettra de contrer quelque peu la pénurie de main-d’œuvre en incitant les gens à demeurer plus longtemps sur le marché du travail. Près de 158 000 travailleurs pourront en profiter dès cette année, a souligné le ministre Girard.

Les immigrants ne sont pas en reste dans ce budget, où leur francisation et leur accompagnement en emploi font l’objet d’une attention particulière. Les mesures mises en place coûteront 146 millions par année, et ce, dès 2019-2020.

Le gouvernement a aussi annoncé une hausse de 15 milliards sur 10 ans au Plan québécois des infrastructures (PQI), afin notamment de s’occuper des routes du Québec ainsi que des écoles, dont beaucoup ont besoin d'être rénovées.

Quant à son projet d'uniformiser la taxe scolaire, la CAQ y investit 200 millions en 2019-2020. Le gouvernement a l’intention de mener le projet sur une période de trois ans, pour un coût annuel, à terme, de 800 millions de dollars, soit 100 millions de plus que prévu en campagne.

En somme, les 2,3 milliards d’argent frais injecté dans les affaires de l’État du Québec sont ainsi répartis :
- « remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois » : 271 millions;
- santé et éducation : 1,03 milliard;
- économie : 505 millions;
- environnement : 395 millions;
- « soutenir les collectivités » : 105 millions;
- autres : 15 millions.

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