•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Survivre à l'enfer des troubles alimentaires

Une femme et un pèse-personne.
Environ 275 000 Canadiennes souffriront de boulimie au cours de leur vie. Photo: Getty Images / Tero Vesalainen
Mélyssa Gagnon

À la Polyvalente Jean-Dolbeau, le nombre d'élèves souffrant de troubles alimentaires a augmenté au cours des dernières années.

Dans le cadre du mois de la nutrition, une enseignante de la région établie à Montréal, Valérie Tremblay, a visité son alma mater pour parler de son expérience, de la détresse que lui ont fait vivre l’anorexie et la boulimie et, surtout, de sa guérison.

Il y a deux ans, la Dolmissoise a touché le fond du baril. Lorsqu’une de ses étudiantes est venue lui parler de ses propres troubles alimentaires, l’enseignante au secondaire a compris qu’elle devait demander de l’aide.

C’était tellement contradictoire. J’étais là à lui donner des conseils, mais je n’étais même pas capable de mettre ces conseils en pratique. À la même période, j’ai eu un malaise pendant que j’enseignais. C’était la fin de l’année scolaire. Je suis partie en suivi intensif, raconte Valérie Tremblay, qui enseigne les arts à Laval.

Valérie Tremblay devant une oeuvre d'art. Valérie Tremblay a souffert d'anorexie et de boulimie pendant une quinzaine d'années. L'enseignante de 34 ans originaire de Dolbeau-Mistassini s'estime guérie depuis deux ans. Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Tout a commencé à l’école secondaire. Timide, elle voulait plaire aux autres.

Je n’étais jamais assez "correcte" à mes yeux. Je n’étais vraiment pas grosse, mais je me suis dit que je pourrais perdre quelques livres. Je ne mangeais plus sur l’heure du dîner. Après un cinq livres, je me disais que je pouvais en perdre un autre. Dans ma tête, je n’avais pas de problème, raconte Valérie Tremblay.

Un parcours sinueux

Devant un groupe d’adolescents de la Polyvalente Jean-Dolbeau, lundi, elle a fait état d’un parcours ponctué de hauts et de bas qui s’est échelonné sur 15 ans.

Il y a des années où ça allait mieux, mais aussitôt que quelque chose arrivait ou que ça n’allait pas bien, je reprenais mes mauvaises habitudes.

Valérie Tremblay, enseignante et conférencière

Ces habitudes allaient de la privation alimentaire aux rages incontrôlées suivies d’épisodes de purgation. Des vomissements au surentraînement, les moyens de purge sont le propre de la boulimie, un trouble qui touche de 3 % à 4 % des adolescentes.

L’anorexie et la boulimie dont était prisonnière la Jeannoise l’ont souvent forcée à s’isoler. Le plaisir de manger est devenu inexistant et le fait de s’alimenter entraînait de la culpabilité.

Valérie Tremblay et des élèves penchés sur une table à dessin. Des facteurs de valorisation comme le théâtre, la peinture et l'écriture, couplés à son rôle d'enseignante et de conférencière, ont aidé Valérie Tremblay à se sortir de l'enfer des troubles alimentaires. Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Je cherchais la perfection dans tout. Il fallait toujours que je sois une coche de plus. Je mentais à tout le monde. Je mentais pour me protéger, moi et les autres, poursuit-elle.

Au cégep, une amie a jugé que c’en était trop.

En plein milieu d’un cours, elle m’a prise par le bras et m’a dit : "C’est assez, on s’en va à l’hôpital".

Valérie Tremblay, enseignante et conférencière

Au bord du gouffre, l’enseignante s’est tournée vers une clinique de Québec il y a deux ans pour un suivi intensif. Valérie se considère aujourd’hui comme guérie.

Hausse des cas

À Jean-Dolbeau, l’infirmière France Desgagné constate que les modèles de beauté féminins véhiculés à la télévision et dans les magazines ont une influence sans précédent chez les jeunes filles.

De plus en plus d’interventions sont nécessaires de la part de l’équipe multidisciplinaire de la polyvalente pour aider ces adolescentes et éviter qu’elles ne s’enlisent dans les dédales des troubles alimentaires.

Le comité santé s'est penché sur cette problématique-là. On a vu Valérie comme ressource et on a trouvé ça pertinent de la faire venir pour notre école, explique France Desgagné, qui dirige les jeunes aux prises avec des troubles alimentaires vers des ressources en psychologie et en nutrition.

Le passage de Valérie Tremblay entre les murs de l’établissement secondaire qu’elle a fréquenté au cours d’une période trouble de sa vie l’a émue. Replongée dans ses souvenirs, elle a fait part de son vécu avec candeur.

Une étudiante remuée

Une étudiante de cinquième secondaire, dont nous devons taire l’identité, est demeurée pendue aux lèvres de la conférencière. Depuis quelques mois, la jeune fille se considère comme guérie de l’anorexie, qui lui a empoisonné la vie pendant deux ans.

Ça m’a fait quelque chose et j’ai pleuré. Pour moi, ça n’a pas été facile. Je mangeais seulement un fruit ou une barre tendre par jour. Je suis descendue à 75 livres. Je n’allais vraiment pas bien, dit-elle.

France Desgagné l’a accompagnée pendant deux ans. Le chemin a été parsemé d’embûches, mais l’infirmière se réjouit de voir que la jeune fille a repris de saines habitudes de vie.

Cette quête du corps parfait est exacerbée par les réseaux sociaux, croit Valérie Tremblay. Elle rappelle l’importance de « briser le mur du silence ».

Près de la moitié des adolescents sont insatisfaits de leur image corporelle. Physiologiquement, les modèles de beauté unique ne correspondent pas à la réalité.

Valérie Tremblay, enseignante et conférencière

Le théâtre, la peinture, l’écriture et son nouveau rôle de conférencière ont contribué à sauver Valérie Tremblay, autant de facteurs de valorisation qui lui permettent de dire avec assurance qu’elle est aujourd’hui « à 100 % guérie ».

Une légère hausse des cas

  • Selon des données fournies par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 200 élèves ont déclaré avoir reçu un diagnostic médical de trouble de l'alimentation en 2017, soit 1,8 % de la population étudiante.
  • Il s'agit d'une légère hausse par rapport à 2011 (1,4 %). Le CIUSSS estime toutefois que la proportion d'élèves qui souffrent d'anorexie ou de boulimie est probablement sous-estimée, puisque les statistiques se limitent à ceux ayant reçu un diagnostic.

Saguenay–Lac-St-Jean

Troubles alimentaires