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Venezuela : le bras droit de Guaido arrêté pour « terrorisme »

Robert Marrero applaudit lors d'un d'un rassemblement partisan.
Le bras droit de Juan Guaido, Robert Marrero [au centre], a été arrêté par les services de renseignements vénézuéliens. Photo: Associated Press / Fernando Llano
Agence France-Presse

Le bras droit de l'opposant vénézuélien Juan Guaido, président par intérim autoproclamé, a été arrêté jeudi et accusé de « terrorisme » lors d'un raid nocturne à son domicile vivement condamné à l'étranger.

Le député Roberto Marrero, 49 ans, « chef de cabinet » de Juan Guaido, a été arrêté à son domicile vers 2 h du matin jeudi par les services de renseignement, le Sebin. Le ministre de l'Intérieur, Nestor Reverol, l'a accusé d'être « directement responsable de l'organisation de groupes criminels » qui planifiaient des attaques dans le pays.

De nombreuses armes de guerre et de l'argent en devises ont été saisis lors du raid contre sa résidence.

Le ministre de l'Intérieur, Nestor Reverol

Sans nommer M. Marrero, le président Nicolas Maduro a annoncé la « capture d'un groupe terroriste » qui prévoyait de s'en prendre à des hôpitaux, des stations de métro et des unités militaires avec l'aide de « mercenaires de Colombie et d'Amérique centrale ».

Une manoeuvre « vile » et « grossière »

Pour M. Guaido, qui a reçu le soutien d'une cinquantaine de pays, dont celui des États-Unis, cette manoeuvre « vile » et « grossière » vise à « l'intimider ».

« Ils ont arrêté Roberto Marrero, mon chef de cabinet, en l'accusant de détenir deux fusils et une grenade déposés [intentionnellement] chez lui », avait twitté dès l'aube M. Guaido, engagé dans un bras de fer avec le chef de l'État en exercice Nicolas Maduro depuis deux mois.

Ils veulent m'intimider? Ils veulent venir me prendre? Qu'ils viennent, [mais] ils ne pourront nous dévier de la route que nous sommes en train de tracer.

Juan Guaido, président intérimaire autoproclamé du Venezuela

Pour lui, le gouvernement veut instiller « la peur » dans les rangs de l'opposition, mais expose sa « faiblesse » en agissant ainsi.

Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale dominée par l'opposition, avait lui-même été arrêté par les services de renseignement vénézuéliens le 13 janvier lors d'une opération spectaculaire en pleine autoroute, avant d'être relâché une heure après.

Condamnation et appel à la retenue

L'arrestation de M. Marrero a été condamnée par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. « Nous appelons à sa libération immédiate. Ceux qui le retiennent devront rendre des comptes », a-t-il mis en garde via Twitter.

« Nous ne tolérerons pas l'emprisonnement ou l'intimidation par Maduro du gouvernement légitime du Venezuela », a renchéri le vice-président américain Mike Pence, tandis que John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, fustigeait « une grosse erreur » de Nicolas Maduro.

L'Union européenne a réclamé une « libération immédiate et inconditionnelle » de l'opposant. La France a insisté sur « l'arrêt de la répression contre l'opposition », alors que les organisations de défense des droits de la personne dénoncent les arrestations et détentions sans jugement dans le pays.

L'ONU a cependant invité à « empêcher toute escalade ». « Nous renouvelons notre appel à ce que tous les acteurs au Venezuela prennent des mesures immédiates pour apaiser les tensions », a déclaré un porte-parole à New York.

Juan Guaido parle dans un micro avec un air fâché. Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par l'opposition, s'est autoproclamé président par intérim le 23 janvier en contestant la régularité de la réélection de Nicolas Maduro, entachée de fraudes selon lui. Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Une opération du Sebin

M. Marrero, avocat de profession, a été arrêté lors d'une opération du Sebin à son domicile ainsi qu'à celui, non loin de là, du député d'opposition Sergio Vergara dans le quartier résidentiel de Las Mercedes à Caracas.

Un chauffeur du Parlement, Luis Paez, 24 ans, arrêté en même temps que M. Marrero, fait l'objet des mêmes accusations.

Lors de son arrestation, Roberto Marrero « a crié que [les membres du Sebin] avaient déposé chez lui deux fusils et une grenade. Ils l'ont emmené et je lui ai dit de rester fort », a déclaré M. Vergara à la presse.

Selon le député, une quinzaine d'agents l'ont jeté au sol et ont « visité » sa maison, puis l'ont interrogé sur le domicile de Roberto Marrero. Au cours de cette opération, qui a duré deux heures selon lui, deux procureurs étaient présents, a-t-il ajouté.

Ils ont commencé à enfoncer [l'entrée de] la maison de Roberto Marrero, qui se trouve à quelques mètres de la mienne, jusqu'à ce qu'ils réussissent à entrer.

Le député d'opposition Sergio Vergara

« Depuis, la dictature retient ces deux citoyens », a conclu M. Vergara.

Juan Guaido s'est rendu jeudi matin au domicile de son collaborateur, une maison aux murs blancs. Au niveau de la porte d'entrée, le mur était abîmé et l'intérieur de la maison était sens dessus dessous, a constaté l'AFP.

Une profonde crise politique

Donald Trump lors d'une conférence près de Washington. Donald Trump a réitéré mardi que « toutes les options » étaient examinées pour faire partir Nicolas Maduro du pouvoir. Photo : Reuters / Yuri Gripas

Cette arrestation intervient alors que le Venezuela est plongé dans une profonde crise politique depuis que M. Guaido s'est proclamé président par intérim le 23 janvier, en contestant la régularité de la réélection de M. Maduro, entachée de fraudes selon lui.

M. Guaido a plusieurs fois affirmé qu'il était prêt à autoriser une intervention militaire étrangère.

Le président américain Donald Trump a réitéré mardi que « toutes les options » étaient examinées pour faire partir Nicolas Maduro du pouvoir.

« C'est honteux ce qui se passe au Venezuela - l'endettement et la destruction et la famine », a-t-il ajouté.

Washington impose au Venezuela des sanctions économiques et a décrété un embargo sur le pétrole, exportation cruciale pour l'économie du pays, qui doit entrer en vigueur le 28 avril.

L'ONG de défense des droits de la personne Foro Penal a décompté cette semaine 866 personnes détenues pour des raisons politiques au Venezuela et sans jugement pour la plupart.

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