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La France veut juger une Québécoise pour la mort de son fils

Jean-Patrick Géraud
Jean-Patrick Géraud Photo: Courtoisie
Pasquale Turbide

Une Québécoise est au coeur d'une bataille juridique entre la France et le Québec. Marie-Christine Bujold, 58 ans, fait l'objet d'un mandat d'arrêt français pour le meurtre de son fils qui aurait eu lieu à Montréal en 2002.

Au matin du 8 novembre 2002, le petit Jean-Patrick Géraud, 3 ans et demi, est retrouvé mort dans son lit par sa mère qui habite seule avec lui.

Pourtant, il ne souffrait d’aucune maladie.

La cause du décès n’est pas immédiatement apparente, mais plusieurs indices, dont une serviette mouillée retrouvée à côté de l’enfant, pointent vers une noyade dans le bain.

Dans son rapport, le coroner considère le décès « pour le moins nébuleux ». Or, il ne peut en déterminer la cause avec certitude. La pathologiste qui a réalisé l’autopsie non plus.

Le père, Julien Géraud, était en visite au Québec au moment de la tragédie. Son ex-conjointe ne l’a pas averti de la mort de leur fils. C’est la psychologue avec qui il avait rendez-vous qui le lui apprend, trois jours plus tard.

« J’ai des nouvelles, elles sont mauvaises. Jean-Patrick est mort », lui a-t-elle dit, se souvient Julien Géraud. « Je me suis senti changer de couleur. » Sa vie venait de basculer.

Relation toxique

L’enquête policière de l’époque révèle le caractère toxique des relations entre les parents, qui sont séparés. Une experte mandatée par la cour avait détecté un contexte d’aliénation parentale chez la mère.

La mère voulait accaparer l’enfant, « comme s’il n’avait jamais existé de père », explique Florence Rault, l’avocate du père de l’enfant.

Le père, Julien Géraud, habitait Paris, mais visitait régulièrement son fils au Québec. Il avait demandé la garde complète de l’enfant quelques mois auparavant.

« Avant cet acte fatal, il y a eu un certain nombre d’actes judiciaires qui démontrent que la mère avait tout entrepris pour éradiquer le père de la vie de l’enfant », souligne Me Rault, en entrevue avec Radio-Canada.

Puisque les causes du décès n’ont pu être déterminées, les policiers ont dû fermer le dossier. Aucune accusation n’a été portée.

Mort par asphyxie?

Commence alors une véritable odyssée pour le père, qui tente de convaincre la justice française de lancer sa propre enquête au nom de son fils, qui est aussi citoyen français.

« C’était le premier enfant de M. Géraud », explique son avocate, Me Rault. « Il s’est battu pour lui et il considère qu’il a encore à se battre pour lui. »

En 2016, après 13 ans de procédures, une ordonnance accusant Marie-Christine Bujold d’homicide volontaire est délivrée par la Cour d’assises de Paris.

Le rapport de deux pathologistes françaises mandatées par le tribunal aurait changé la donne. Leur diagnostic est formel : Jean-Patrick Géraud est mort noyé.

Elles en arrivent à ces conclusions après avoir trouvé des signes d’asphyxie dans les cellules de poumon du garçon, qui ne pourrait s’expliquer que par la noyade, toutes les autres causes ayant été éliminées. Ces allégations n’ont pas été testées devant un tribunal.

Jointe au téléphone, Marie-Christine Bujold affirme ne pas avoir été mise au courant des accusations françaises, qu’elle refuse de commenter. « Le dossier est fermé, il n’y a rien du tout. Si j’avais été accusée, ça aurait été au Québec. Mon fils est mort à Lachine », ajoute-t-elle.

Procédures d’extradition complexes

L’avocate du père, Florence Rault, s’interroge sur le sérieux de l’enquête faite au Québec. « La justice québécoise n’a pas complètement fait son travail [...] Ce qui s’est fait dans le pays d’origine n’est non seulement pas complet, mais n’est pas explicable parce qu'évidemment une enquête aurait dû être menée, plus sérieusement que ça. »

Me Rault et son client attendent de connaître les dates de procès devant la Cour d’assises de Paris depuis deux ans et demi.

Le procès aurait probablement lieu en l’absence de la principale intéressée, car pour le moment, les procédures d’extradition n’ont pas encore été entamées. Et elles risquent d’être complexes.

« Il y a déjà eu une enquête au Canada avec des témoins canadiens, un corps policier canadien, sur le sol canadien et une décision a été prise de ne pas poursuivre », explique l’avocate criminaliste Rose-Mélanie Drivod. Ces facteurs, selon elle, peuvent rendre le processus d’extradition plus difficile.

Avec la collaboration de Marc-Antoine Lavoie

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