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La Nouvelle-Zélande interdit les fusils d'assaut et continue d'inhumer les victimes des mosquées

La première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern s'adresse aux médias.

La première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern avait promis immédiatement après le carnage un durcissement d'une législation qui avait permis au tueur d'acheter en toute légalité l'arsenal ayant servi à l'attaque.

Photo : Reuters / Edgar Su

Agence France-Presse

La première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a annoncé jeudi l'interdiction des armes semi-automatiques et des fusils d'assaut alors qu'étaient inhumées de nouvelles victimes du tueur des mosquées, dont un adolescent qui rêvait d'être gardien de but à Manchester United.

Cinquante fidèles ont été abattus il y a près d'une semaine dans deux mosquées de la plus grande ville de l'île du Sud, Christchurch. Le suprémaciste blanc Brenton Tarrant est accusé de ces meurtres.

La police a annoncé que toutes les victimes étaient désormais identifiées. Cela permet de soulager la frustration des familles puisque la coutume musulmane veut que les morts soient enterrés le plus rapidement possible, généralement dans les 24 heures suivant le décès.

Jacinda Ardern avait promis immédiatement après le carnage un durcissement d'une législation qui avait permis au tueur d'acheter en toute légalité l'arsenal ayant servi à l'attaque, y compris des armes semi-automatiques.

« Toutes les armes semi-automatiques utilisées dans l'attaque terroriste de vendredi seront interdites dans ce pays », a déclaré la chef du gouvernement en détaillant toute une panoplie de mesures qui concrétisent sa promesse.

Les chargeurs à grande capacité et autres dispositifs qui permettent des tirs plus rapides seront également hors la loi.

Interdiction de facto

La réforme de la législation sera présentée au Parlement début avril. Mais dans l'intervalle, des mesures provisoires empêcheront toute ruée sur les armes, ce qui signifie qu'une interdiction de facto est déjà en vigueur.

« C'est une bonne chose, pourquoi aurions-nous besoin de telles armes dans nos maisons », a déclaré à l'AFP Kawthar Abulaban, 54 ans, qui a survécu à l'attaque contre la mosquée Al Noor, la première visée par l'extrémiste australien de 28 ans.

« Pourquoi est-ce qu'on aurait chez soi des armes semi-automatiques? Ce n'est pas bien. »

L'attaque a provoqué de nombreux débats, tant en Nouvelle-Zélande qu'à l'étranger, sur l'accès aux armes et l'utilisation des réseaux sociaux par les extrémistes.

Le bannissement par Wellington des armes de type militaire ne devrait pas manquer d'alimenter la controverse. Sur Twitter, des internautes américains rendaient hommage à la réaction rapide de Mme Ardern tandis que d'autres montaient au créneau pour défendre leur droit constitutionnel à s'armer.

« C'est à ça que ressemblent de vraies mesures pour arrêter la violence due aux armes, a dit le sénateur américain Bernie Sanders, candidat démocrate à la présidentielle américaine. Il faut suivre l'exemple néo-zélandais, confronter la NRA (National Rifle Association) et interdire la vente et la distribution des armes d'assaut aux États-Unis. »

Des adieux

Plusieurs hommes portent sur leurs épaules le cercueil de Hussein Mohamed Khalil Moustafa, une victime du massacre de Christchurch.

Des proches de Hussein Mohamed Khalil Moustafa, un homme de 70 ans tué dans les attaques des mosquées de Christchurch, porte son cercueil en direction du cimetière Memorial Park.

Photo : Reuters / Edgar Su

Pour la deuxième journée de suite, des centaines de personnes se sont rassemblées sous un ciel gris pour faire leurs adieux à de nouvelles victimes du tueur, y compris une habitante de Christchurch convertie à l'islam et un homme âgé mort en tentant de saluer celui qui allait le tuer.

Parmi les personnes rassemblées, il y avait des musulmans, des non-musulmans, des écoliers et même des membres de groupes de motards.

Des élèves pleuraient en accompagnant Sayyad Milne, 14 ans, et Tariq Omar, 24 ans, à leur dernière demeure.

Le père de Sayyad, John Milne, a déclaré que son fils avait été abattu pendant qu'il priait à la mosquée Al Noor.

M. Milne avait expliqué à l'AFP que son fils, « son tout petit », voulait un jour jouer pour le club du nord de l'Angleterre.

Parmi les présents, beaucoup sont scolarisés au collège Cashmere, l'établissement que fréquentait Sayyad, mais aussi Hamza Mustafa, un réfugié syrien enterré la veille.

Un « Allah Akbar » retransmis par haut-parleur a donné le signal du départ de la cérémonie. Après des prières, les victimes ont été inhumées.

Un moment difficile

Tariq Omar entraînait des équipes de soccer junior à la Christchurch United Academy. D'après la presse locale, sa mère l'avait déposé à la mosquée Al Noor le jour du massacre. Elle a survécu, car elle cherchait une place de stationnement pour se garer.

« C'était ce genre de personne que tout le monde connaissait », a raconté Bailey Jordan, 15 ans, élève à Cashmere. Ces funérailles « serrent le coeur, c'est un moment difficile pour tout le monde ».

Colin Williamson, directeur de la United Academy, a décrit Omar comme « un être humain magnifique, avec un coeur gigantesque et un grand amour pour le mentorat ».

Une voisine de la famille Milne se désole en regardant le nombre de tombes fraîches synonymes des inhumations à venir.

« Ce qui m'a frappé, c'est toutes ces tombes qui attendent, et la place qu'elles prennent », a déclaré cette femme à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Dans un « manifeste » sur le « grand remplacement », théorie complotiste populaire dans les milieux d'extrême droite qui considère que les populations blanches européennes sont remplacées par des populations immigrées, le tueur avait dit vouloir attiser le conflit entre l'islam et l'occident.

Mais à Christchurch, les fidèles de toutes les religions se sont réunis pour témoigner de leur solidarité, la ville étant recouverte de gerbes de fleurs et de messages d'unité.

Attentats dans deux mosquées de la Nouvelle-Zélande

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