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Une centaine de maisons menacées par l'érosion des rives du lac Érié

Vue aérienne du lac Érié en juin 2017 alors que les berges sont englouties par les eaux.
La zone littorale du lac Érié et l'érosion des berges. Photo: Jérôme Marty
Floriane Bonneville

Plus d'une centaine de maisons dans Windsor-Essex et Chatham-Kent sont en danger imminent d'être englouties par le lac Érié, dont le rivage s'érode d'environ 100 à 150 centimètres chaque année, selon le professeur en géographie de l'Université de Guelph Robin Davidson-Arnott.

Steve Withers est familier avec cette situation critique. Le résident de Wheatley en Ontario possède une maison à côté du lac Érié depuis 2016 et depuis ce temps, il a vu la berge s’approcher de sa demeure, rognant depuis une dizaine de mètres sur son terrain.

Un homme porte une veste d'une équipe de football d'une université américaine, des lunettes soleil, il est assez agé et a une barbe blanche. Il pointe du doigt la rive du lac Érié qui s'agrandi, à un mètre environ de sa maison. Steve Withers craint que sa maison ne soit engloutie par le lac Érié, dont la berge s'érode un peu plus tous les ans. Photo : Radio-Canada / Dale Molnar/CBC

Cela commence à menacer ma maison, dit-il. L’homme explique toutefois que sa propriété est voisine d'un parc provincial et que l’Ontario ne peut pas intervenir dans le cours normal des choses.

Je ne peux rien faire, affirme M. Withers, mis à part embaucher des ingénieurs qui me diront qu’en effet, la berge s’érode.

La situation que vit présentement l’Ontarien, six propriétaires de maisons l’ont vécue près du parc Marentette, quand leurs maisons ont été détruites par le Grand Lac en avril 2018, selon Tim Byrne, le directeur de la gestion des bassins versants de l’Office de protection de la nature de la région d'Essex (ERCA).

L’île Pelée est elle aussi à la merci de l’érosion, soutient le directeur, parce qu’il serait extrêmement dispendieux de consolider le sol qui s’érode, particulièrement au niveau de la partie ouest de l’île.

Le coût des réparations temporaires est évalué entre 12 et 15 millions de dollars, selon l’expert.

Les causes de l’érosion

Si le sol s’érode sur une portion de 25 à 30 kilomètres du rivage du lac Érié, c’est en partie à cause des changements climatiques, de la montée du niveau des eaux, de la pollution et de l’inclinaison de l’axe de la terre qui change, souligne M. Byrne.

Un homme habillé en noir par à la caméra sur le bord de l'eau d'un canal. Tim Byrne, de l'Office de protection de la nature de Windsor-Essex, est inquiet pour le secteur du canal Little River. Photo : Radio-Canada / Chris Ensing/CBC

Habituellement, explique le directeur de l'ERCA, les périodes où le niveau de l’eau est haut durent deux ans, et celle que nous vivons présentement dure depuis les quatre dernières années.

Le niveau de l’eau est de 200 à 275 millimètres plus haut qu'à l'habitude sur le lac Érié et St.Clair.

Tim Byrne, de l'Office de protection de la nature de Windsor-Essex

Le professeur Robin Davidson-Arnott abonde dans le même sens de M. Byrne, les glaces ont diminué depuis le 30 à 40 dernières années, quand on pouvait s’attendre à avoir de la glace sur le lac trois mois par année, dit-il. Selon lui, ce phénomène est causé par le réchauffement climatique et contribuerait au recul de la rive.

Le scientifique a participé à l’écriture d’une étude, en collaboration avec l’Université de Chicago, examinant les effets des changements climatiques sur les Grands Lacs.

L’érosion est un résultat direct du réchauffement climatique, parce que moins il y a de glace, plus l’eau érode la berge, dit-il. Cela s’appelle le mouvement des vagues, explique M. Davidson-Arnott.

Le taux d’érosion augmentera de 15 à 20 %, comparativement aux dernières années. Réparer les dommages causés engendrerait des coûts de plusieurs millions de dollars par kilomètre, affirme le professeur de l’Université de Guelph.

Les solutions

Selon le scientifique, les propriétaires doivent accepter qu’ils perdront de l’argent et les acheteurs potentiels doivent savoir à quoi ils font face.

Les gens devraient simplement accepter le fait que ces maisons, dans 20, 30 ou 50 ans, n’existeront plus, dit-il, ils doivent savoir que cela ne vaut pas la peine de payer pour une telle propriété.

Vue aérienne du lac Érié en juin 2017 alors que les berges sont englouties par les eaux. La zone littorale du lac Érié et l'érosion des berges. Photo : Jérôme Marty

M. Davidson-Arnott ajoute que même les municipalités doivent se résoudre à ne pas réparer les routes endommagées par l’érosion et choisir d'en bâtir d'autres en retrait.

Même son de cloche pour le propriétaire de Zuzek Inc., Peter Zuzek, qui travaille à la recherche de solutions pour aider les communautés vivant près des Grands Lacs à s'adapter à l’érosion.

Pour lui, l’érosion du lac Érié crée des désagréments pour les humains, mais dans le cas des plages, de la Pointe-Pelée et du parc Rondeau, l’érosion de la berge du lac est bénéfique.

Le scientifique ajoute que si la récession des berges est un procédé qui est naturel, il est certes accéléré par le changement climatique.

Pour moi, ce qui est important, c’est de voir la problématique dans son ensemble et de travailler avec les gens pour trouver des solutions durables.

Peter Zuzek, président de Zuzek Inc.

Nous voulons trouver des manières pour les gens de s’adapter et les aider à composer avec les difficultés de la situation, dit-il.

M. Zuzek travaille présentement à l’élaboration d’une étude pour le gouvernement canadien sur les conditions prévisibles de la couverture de glace sur le lac Érié et le lac St. Clair. Cette étude amorcée en juillet sera publiée en mai 2019.

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