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Chestermere-Strathmore : concilier les intérêts de la banlieue et de la campagne

À gauche, l'enseigne de bienvenue de Chestermere et à droite, l'enseigne de bienvenue de Strathmore.
Les municipalités de Chestermere et de Strathmore sont situées à 20 minutes l'une de l'autre, le long de la route Transcanadienne, à l'est de Calgary. Photo: Radio-Canada / Audrey Neveu
Audrey Neveu

À peine ses frontières redessinées, la nouvelle circonscription de Chestermere-Strathmore, à l'est de Calgary, causait la controverse. Non seulement ce redécoupage électoral force-t-il l'affrontement entre deux poids lourds du mouvement conservateur dans le sud de la province, mais il regroupe aussi deux villes aux profils divergents.

Située tout juste à l’extérieur de Calgary, la municipalité de Chestermere a toutes les allures d’une banlieue bouillonnante. Par un vendredi midi ensoleillé, les voitures sillonnent en grand nombre les rues entourant le centre commercial de la ville, alors que les autobus scolaires déposent les enfants à la maison pour le dîner. Autour, de grandes maisons de banlieue identiques bloquent le bruit émanant de l'autoroute Transcanadienne.

Une carte qui montre les nouvelles frontières de cette circonscription.La nouvelle circonscription de Chestermere-Strathmore englobe l'ancienne circonscription de Chestermere-Rocky View et une partie de celle de Strathmore-Brooks. Photo : Radio-Canada

Pour Leela Aheer, Chestermere, c’est exactement cela : un mélange énergique de jeunes familles et de petites entreprises. La députée conservatrice de l’ancienne circonscription de Chestermere-Rocky View y vit depuis 42 ans. Celle qui y a fondé un studio de musique a vu la municipalité accueillir de plus en plus de jeunes familles au fil des ans. Elle l’a vue se diversifier et s’enrichir, mais aussi souffrir.

« Beaucoup de personnes nous parlent de leur perte d’emploi et du ralentissement économique. Ça me brise le coeur », raconte Leela Aheer, rencontrée dans sa spacieuse maison de Chestermere.

Leela Aheer en entrevue dans l'atrium de sa maison, avec vue sur un lac.Leela Aheer dit comprendre que ses électeurs se sont sentis délaissés par le gouvernement provincial depuis plusieurs élections. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

La députée du Parti Wildrose, devenu le Parti conservateur uni en 2017, garde aussi en tête les nombreux agriculteurs qui entourent la municipalité, durement touchés par la décision de la Chine de bloquer leurs exportations de canola. Elle croit que l’une de leurs plus grandes préoccupations est le crime en milieu rural. « Cette combinaison est difficile à vivre pour ces personnes », dit-elle. « C’est surtout de cela qu’on parle lorsqu’on fait du porte-à-porte. »

Leela Aheer réfute l’idée que Chestermere et Strathmore soient en compétition. Selon elle, les deux municipalités se ressemblent beaucoup et elle s'engage à se mettre à leur service de façon égale si elle est élue, grâce à ses racines profondes dans les deux communautés. Elle rappelle que, adolescente, elle jouait au basket-ball contre l'équipe de Strathmore.

Je connais tellement de gens à Strathmore. C’est comme une prolongation de ma famille.

Leela Aheer, candidate du Parti conservateur uni dans la circonscription de Chestermere-Strathmore
Vue sur le lac Chestermere enneigé, avec un petit abri et quelques arbres au bord de la rive.La communauté de Chestermere est bâtie autour d'un lac, une attraction populaire en été. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Strathmore, le coeur industriel

À 20 minutes à l’est de là, Strathmore est plus tranquille. Les automobilistes qui passent par la rue principale font gronder leur moteur avec enthousiasme à la vue d’une journaliste. Entourée de champs, la ville est un moteur industriel important de la région.

Le député de l’ancienne circonscription de Strathmore-Brooks, Derek Fildebrandt, n'hésite pas à placer Strathmore et Chestermere en opposition.

C’est n’est pas un conservatisme de cols blancs, comme on en retrouve dans les bureaux du centre-ville de Calgary. C’est plutôt un conservatisme de cols bleus.

Derek Fildebrandt, candidat du Parti conservateur libre de l'Alberta dans la circonscription de Chestermere-Strathmore

Derek Fildebrandt croit avoir de bonnes chances d'être élu. « Les électeurs de la région ont prouvé qu’ils votent toujours pour le candidat le plus conservateur sur leur bulletin de vote », explique-t-il, installé dans la boulangerie Rocky, restée ouverte spécialement pour l’entrevue.

Derek Fildebrandt discute avec trois personnes attablées dans la boulangerie.Plusieurs supporteurs de Derek Fildebrandt sont venus le rencontrer à la boulangerie Rocky, sur la rue principale de Strathmore. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Une partie de sa circonscription actuelle de Strathmore-Brooks se retrouve maintenant fusionnée avec celle de Chestermere-Rocky View, préparant ainsi le terrain à un grand affrontement politique. En 2017, Derek Fildebrandt a été exclu du Parti conservateur uni, puis a fondé le Parti conservateur libre de l’Alberta. Il fait maintenant face à son ancienne collègue Leela Aheer.

Derek Fildebrandt croit que le problème le plus pressant de sa nouvelle circonscription est le manque d’infrastructures. « L’autoroute Transcanadienne est dangereuse, avec toutes ses intersections, mais il n’est pas réaliste de construire un passage supérieur à chaque intersection », explique Derek Fildebrandt. Selon lui, la région a été trop longtemps négligée.

L’économie est toutefois l’enjeu le plus fréquemment cité par les habitants. « Il n’y a pas beaucoup d’emplois ici », note Nathalie Hilton-O’Brien, qui s'est installée à Strathmore il y a trois ans et y a fondé le Hob's Hobbies, un café spécialisé dans les jeux de société. « Il faut développer l’économie pour créer des emplois et faire venir des gens ici pour ouvrir des entreprises. »

Nathalie donne une entrevue attablée à la boulangerie Rocky.Nathalie Hilton-O'Brien déplore le fait que bien des entreprises de Strathmore engagent surtout des employés à temps partiel, faute de moyens financiers. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Elle ajoute qu’il manque d’emplois bien payés à temps plein. « Même si c’était juste 15 $ l’heure, ça ne dérangerait pas parce qu’on aurait assez d’argent pour survivre », croit-elle.

Rocky Bloken, propriétaire de la boulangerie Rocky, est d’accord, mais il a trouvé difficile de vivre avec l’imposition d’un salaire minimum à 15 $ l’heure au mois d'octobre 2018. « Ça a fait mal. C’était très difficile », raconte le sexagénaire. Il voit d’un mauvais oeil la taxe sur le carbone que le gouvernement néo-démocrate a mise en place et que Derek Fildebrandt et le PCU promettent tous deux d’annuler.

Langdon, l’oubliée

Coincée entre Chestermere et Strathmore, la petite ville de Langdon ne cesse de croître. Ses écoles sont bondées. Mais, malgré ses 5000 habitants, elle est l’une des seules villes albertaines de cette taille à ne pas avoir d'école secondaire. Les parents doivent conduire leurs enfants à celle de Chestermere ou leur faire l’école à la maison.

C’est trop peuplé. Les parents essaient de fournir la meilleure éducation à leurs enfants, mais les enfants perdent leur sens de la communauté.

Chrissy Craig, habitante de Langdon
Crissy Craig donne une entrevue devant le site de construction de l'école, où se trouve déjà de la machinerie lourde.Chrissy Craig voudrait que les adolescents de Langdon aient leur propre école secondaire, pour continuer d'aller à l'école avec leurs amis d'enfance. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Chrissy Craig, une mère de trois enfants, a travaillé d’arrache-pied avec la Municipalité pour obtenir une école secondaire. Langdon est très investie dans le projet : un terrain a déjà été sélectionné et préparé, au point où les panneaux de signalisation de zone scolaire sont déjà installés.

Une grue est stationnée en bordure d'une route et d'un champ enneigé.La municipalité de Langdon a déjà commencé la préparation du site qu'elle a choisi pour une école secondaire. Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Chrissy Craig a l’impression que le fait que la circonscription qui englobe Langdon vote depuis des années pour un parti d’opposition lui a nui. Même si Langdon a d’énormes besoins d’infrastructures, elle ne réussit pas à obtenir les fonds provinciaux pour une école secondaire ou un centre récréatif. « Ça me met extrêmement en colère, car nous devrions avoir une école », déplore-t-elle. « Ça ne devrait pas être un enjeu politique. »

Sans dévoiler pour qui elle votera, elle souhaite que la circonscription de Chestermere-Strathmore vote « du côté du gouvernement ». Elle garde espoir, car Leela Aheer l’a fortement appuyée dans son projet et que le Parti conservateur uni est favori dans les sondages.

« Nous devons seulement continuer et nous assurer que les personnes qui sont au pouvoir nous entendent », conclut-elle.

Alberta

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